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  • Sandrine Salerno, Newell Rubbermaid et la fuite en avant du canton de Genève sur l'attraction des multinationales

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    Dans une intéressante note sur son blog Sandrine Salerno, conseillère administrative en Ville de Genève, pose des questions pertinentes sur l'intérêt pour les Genevois d'attirer des multinationales.

    En choisissant le titre "L'invasion des sociétés étrangères se poursuit" pour informer de l'arrivée de la société Newell Rubermaid, la Tribune de Genève nous montre clairement que ses lecteurs sont hostiles à ces arrivées massives qui ont pour seul effet de réduire leur pouvoir d'achat. Les informations livrées dans l'article me semblent assez partielles : l'argumentation marketing des promoteurs de ce modèle de développement absurde jouent sur les mots. On mélange abondamment expatriés et contrat d'expatriés.. ou à l'opposé recrutement fait localement et recrutement d'habitants locaux. Ainsi il n'y aurait que 10% à 15% d'expatriés dans certaines multinationales : si le chiffre est correct si on ne parle que des contrats d'expatriés, ce chiffre passe sous silence les 20% à 30% d'expatriés qui sont en contrat locaux. De la même manière les contrats locaux peuvent être aussi proposés à des Valaisans, des Zurichois, des Vaudois et des Neuchatelois : personnes toutes profondément respectables mais qui ne correspondent pas à la description d'un chômeur genevois et qui par leur venue dans un canton incapable de construire suffisament de logements, contribue eux aussi à la dégradation du pouvoir d'achat des Genevois.

    Même les fournisseurs des multinationales sont des fournisseurs eux même multinationaux : agences événementielles, agences de publicités ou de design internationales. Ils ne bénéficient pas de la fiscalité dérogatoire des multinationales mais aggravent eux aussi la pénurie de logements sans créer d'emplois locaux.

    Puisqu'il semble que mon ami Pierre-François Unger, Conseiller d'Etat en charge de la promotion économique, lit ce blog, je lui propose ici publiquement de venir avec moi un matin à la porte d'entrée de deux ou trois multinationales de son choix et de demander aux personnes qui y travaillent quelle est leur ville d'origine : il pourra constater à quel point les enquêtes déclaratives auprès d'employeurs fiscalement interessés à des réponses biaisées ne correspondent pas à la réalité. Je propose que nous invitions également Olivier Wurlod, journaliste qui a écrit l'article sur l'arrivée de Newell Rubbermaid et qui lui aussi a pris pour argent comptant les réponses des multinationales. Nous devrons tous réviser notre anglais ! Mon expérience est claire : sur la centaine de collègues qui composaient les équipes auxquelles je participais nous étions seulement 3 à être originaires de la région. En effet, depuis mon élection au Conseil Général de Haute-Savoie, j'ai quitté mon emploi chez Procter : cela me permettra de ne plus subir de menaces sur mon emploi de la part de responsables genevois lorsque je décris de l'intérieur une politique dont je constate les effets pervers comme élu local du Genevois français.

    Le fait que les multinationales recrutent des expatriés n'est pas une critique à leur égard. C'est simplement une évidence : on ne gère pas un siège européen de multinationale avec des chômeurs genevois mais principalement avec des cadres internationaux qui ont travaillé dans les filliales supervisées. Les multinationales font leur boulot.. c'est le canton qui doit revoir sa politique économique et influencer le modèle fiscal fédéral qui impose les multinationales à des niveaux 2 à 3 fois plus faibles que les entreprises helvétiques tout comme Federer paie 10 fois plus d'impôts que ses collègues étrangers !

    Lors de mes derniers échanges avec des responsables cantonaux qui défendent ce modèle, ils soulignent que l'argument de la taxation n'est pas le seul argument qui incitent les sociétés à s'installer. Certes.. mais c'est le principal. J'ai fait un tour sur la première page du site de la promotion économique pour comprendre les arguments mis en avant : la faible taxation est en numéro 1. Il est vrai que l'un des autres arguments mis en avant c'est qu'il y a 40% d'étrangers à Genève.. et plus de 50% bientôt si l'on en juge par le Plan Directeur Cantonal qui ne propose de construire que 50 000 logements alors que le canton s'attend à voir venir 300 000 habitants - il faudra donc que 100 000 Genevois de plus fassent leurs valises de leur canton ! Je ne suis pas sûr que les Genevois apprécieront beaucoup la citation du Vice Président et Chief Finance Officer de Cargill, en pleine pénurie de logements : "L'un des avantages principaux de Genève c'est qu'il est facile de faire venir ici des talents étrangers." Un autre argument c'est précisément cette qualité de vie que ce modèle de développement est en train de détruire.

    Oui il s'agit bien d'une fuite en avant. Cette politique économique est extrêmement profitable pour les finances cantonales à court terme.. tant que le canton reporte sur le Genevois français et le canton de Vaud les nuisances urbaines et publiques de ce développement. Mais cette politique est extrêmement néfaste pour les Genevois car sans effet sur le nombre de chômeurs qui augmente proportionnellement au nombre d'emplois importés... et très néfaste pour l'ensemble des Genevois qui voient leur pouvoir d'achat se dégrader à mesure que les multinationales s'implantent et font augmenter les prix.

    Les Genevois que je rencontre se moquent bien de savoir que les finances cantonales se portent bien si le prix à payer de cette politique c'est la baisse de leur pouvoir d'achat et au final leur exil : "Ne me parlez pas de Genève, Monsieur, je HAIS Genève ! Vous n'imaginez pas ce que c'est que d'être chassé de son propre pays !" me disait récemment une Genevoise contrainte de s'installer à St Julien faute de logements dans sa commune.

    Pierre-François Unger et beaucoup d'autres voudraient limiter le problème à la production insuffisante de logements. Oui la production de logements est insuffisante... mais il faut constater qu'au vu des modes de décisions et des procédures genevoises le consensus pro logement est insuffisant pour produire assez de logements par rapport aux flux démographiques. Par ailleurs, beaucoup s'interrogent : construire plus de logements pourrait bien vite permettre d'attirer ENCORE plus de multinationales. Où est la limite de cette fuite en avant ? Il faut certes construire BEAUCOUP plus de logements.. mais aussi poser une limite à ce modèle exogène.

    Un Maire d'une commune genevoise me disait récemment "tu imagines les grêves et les manifestations si la croissance économique ralentit et qu'on doit supprimer des politiques sociales et des postes dans les services publics" ? J'imagine oui... mais j'imagine aussi les conséquences d'une révolte massive de la jeunesse genevoise expulsée, d'une arrivée des frapadingues du MCG au Conseil d'Etat si les déséquilibres actuels se poursuivent (j'attends la plainte fantaisiste de Mauro Poggia !), d'une absence de majorité politique au Grand Conseil après la Ville de Genève et aussi d'un départ massif de toutes ces entreprises qu'on a fait venir le jour où cette fuite en avant devra s'arrêter net parce que ce n'est tout simplement pas tenable à long terme.

    Pour en revenir à Sandrine Salerno, si mes souvenirs sont corrects et sauf erreur de ma part, je crois bien qu'elle est membre du Conseil Stratégique de la Promotion Economique. Un organisme qui selon les termes de la loi genevoise doit évaluer la politique économique sur la base d'une étude faite par un organisme indépendant. Dans leur dernier rapport les personnes qui ont fait cette étude d'évaluation de la politique économique ont souligné que le temps imparti était insuffisant pour établir un rapport objectif sur le côté durable de la politique économique du canton de Genève. Selon les informations dont je dispose, il n'y a guère eu de question ni de débat au sein du Conseil Stratégique de la Promotion Economique suite à la présentation de ce rapport. Par ailleurs, au passage, je m'étonne qu'il n'y ait pas de représentants de l'ARC au sein de ce Conseil Stratégique : Genève impose au Genevois français d'assumer les conséquences urbaines de ses politiques économiques mais pas de contribuer à la réflexion pour que le modèle économique de notre région soit plus pérenne que la fuite en avant actuelle !

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  • Les SCOT doivent interdire l'urbanisation excessive dans les communes rurales

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    Les discussions du Schéma d'Agglomération n°2 achoppent sur la répartition de l'effort de construction de logements. Genève, comme d'habitude depuis maintenant 30 ans, refuse toujours de construire sa part de logements avec pour l'instant un engagement de seulement 50 000 logements alors que nous devons ensemble loger 300 000 habitants d'ici 2030 !

    Il est dans l'intérêt du canton de Vaud (1), du département de l'Ain et de celui de Haute-Savoie de cesser d'accepter cet état de fait et de poser comme condition sine qua non d'un éventuel second projet d'agglomération que Genève assume au minimum la moitié de la croissance démographique qu'elle génère par ses politiques fiscales, ses politiques d'immobilier de bureau et par ses politiques économiques. Il n'y aura pas de second projet d'agglo si Genève n'assume pas 75 000 logements d'ici à 2030 pour loger 150 000 nouveaux habitants sur les 300 000 qu'elle fait venir. Le plan directeur cantonal actuellement en discussion avec ses 50 000 logements ne peut être considéré que comme une première étape pour 2020. Ces nouveaux engagements de construction de logements ne doivent plus rester lettre morte comme dans le premier projet d'agglomération mais s'accompagner d'objectifs quantitatifs chiffrés et datés assortis de sanctions financières dissuasives.

    Mais nous devons nous aussi, côté français, assumer nos responsabilités écrasantes. Nous construisons beaucoup de logements : nous y sommes contraints par l'insuffisance de la construction de logements à Genève. Dans le canton de St Julien il faut construire 3 logements pour loger une famille : les deux autres logements étant occupés par des Genevois qui fuient la pénurie au coeur de notre agglomération. Si nous réduisions, nous ne logerions que les Genevois et nos habitants seraient contraints de s'éloigner à leur tour dans des proportions plus importantes aggravant ainsi les problèmes de transports pour tous.

    Nous devons continuer à construire beaucoup.. mais nous devons le faire de manière mieux répartie. Nous avons fait un effort considérable de densification pour préserver les espaces naturels et agricoles. Dans le canton de St Julien, grâce à l'intercommunalité, les nouveaux logements consomment 4 fois moins d'espaces naturels que les anciens logements.

    Mais notre bilan reste catastrophique en terme de transports. Dans le canton de St Julien près de 7 nouveaux logements sur 10 sont construits loin des réseaux de transport en commun. Les routes sont déjà saturées et pourtant dans l'ensemble du canton ce sont près de 4000 logements qui sont autorisés à la construction et "créeront" près de 6000 automobilistes supplémentaires dans les 3 prochaines années. Faute d'anticipation plus personne ne circulera dans le canton dans trois ans.

    Pour cesser d'aggraver la situation nous devons concentrer l'effort de construction à proximité des réseaux de transport. Ce qui impose de limiter la croissance dans les communes rurales et de l'accélérer dans les communes urbaines.

    Robert Borrel et quelques autres avec lui, estiment que cela est impossible et qu'on ne peut rien imposer aux maires de ces communes. Il a tort. La loi a précisément prévu les Schéma de Cohérence Territoriale : un document d'urbanisme intercommunal qui s'impose aux PLU des communes. Ils sont précisément là pour imposer une volonté intercommunale aux maires minoritaires récalcitrants. Un SCOT adopté à l'unanimité des maires est un SCOT inutile : puisqu'il n'impose rien à aucune commune c'est que les PLU en auraient fait autant. Nous devons sortir de ces intercommunalités où les décisions se "prennent" ou plutôt ne se prennent pas faute de consensus ! Les Présidents de Communautés de Communes et d'Agglo doivent être au service des habitants et pas des maires. Le canton de Genève, l'Etat, les départements et la région devront sans doute à l'avenir plus souvent dire ce qu'ils pensent des SCOT trop permissifs dans le Genevois français.

    Dans ce débat qui s'ouvre avec quelques maires, nous devrons faire face non seulement à ces maires qui ont les yeux rivés sur leurs ressources fiscales proportionnelles aux habitants.. et sur des membres de conseils municipaux, souvent propriétaires terriens par ailleurs. Dans certains conseils, les conseillers municipaux et leurs familles sont propriétaires de 70% des surfaces de la commune : il leur est sans doute difficile de défendre une vision d'intérêt général lorsque leur patrimoine est si directement concerné par les décisions d'urbanisme. Mais nous avons pour allié les habitants de ces communes qui souvent sont opposés aux constructions de trop de logements qui dénaturent les villages. Cet effort de restriction urbaine ne pourra être exigé des communes rurales qu'en contrepartie d'un effort de solidarité pour le maintien des lieux de vie (école, commerce de proximité, vie associative).

    Cela ne suffira pas. La densification c'est bien joli sur le papier.. mais si personne ne veut vivre en ville on n'arrivera à rien. Il faut donc une densification de qualité qui ramène aussi des espaces naturels en ville : avenues arborées, parcs urbains, toits et murs végétalisés. Nos villes ne doivent plus être seulement minérales mais aussi végétales. Les promoteurs immobiliers l'ont bien compris qui sur leurs prospectus font figurer pléthore de fleurs et d'arbres en tout genre. Ces plantes ne doivent pas être que sur les prospectus commerciaux mais dans nos villes aussi.

     

    (1) petit message à l'attention des Vaudois qui lisent : on mesure la responsabilité de Genève dans la pénurie de logements dans le canton de Vaud lorsqu'on sait que sur les 3000 logements construits dans le canton de Vaud chaque année, environ 750 sont occupés par les 1500 Genevois contraints de s'installer dans le canton de Vaud faute de logements à Genève : "Un Vaudois c'est un Genevois qui a trouvé un logement" dit la blague !

    PS : conformément aux principes énoncés ci-dessus, j'ai le plaisir de vous annoncer que le Maire de St Julien s'est vu contraint de retirer le permis d'aménager 5 logements dans le hameau rural de Norcier en faveur de la famille de la présidente de l'association des commerçants durant la campagne électorale de mars 2008. Une décision conforme au projet d'agglomération et rendue légalement obligatoire suite à l'annulation du PLU et aux 3 recours gracieux déposés dont un par l'Etat.

  • Ordre du jour du Conseil Municipal de St Julien en Genevois du jeudi 7 juillet 2011

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    Vous trouverez ci-dessous l'ordre du jour du conseil municipal du jeudi 7 juillet. Le conseil se réunira en séance publique à 20H30 en mairie dans la salle du conseil.

    Le principal point à l'ordre du jour est la prescriptin d'un nouveau PLU.

    Nous nous tenons à votre disposition pour toute question concernant l'ordre du jour.

    CM du 7 juillet 2011-CONVOCATION et PROJETS DES DELIBERATIONS.pdf

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