22/12/2010

Réactions stupéfiantes dans l'AGEFI

Hier dans un article publié dans l'AGEFI - et annoncé en une -, trois chefs d'entreprises réagissent aux interrogations que nous sommes nombreux a exprimer sur la politique économique exogène de Genève.

Avec une éthique professionnelle des plus douteuses, la journaliste Elise Jacqueson caricature la position de ceux qui défendent une croissance durable en prétendant qu'il s'agirait "d'une croissance zéro dans l'arc lémanique"... comme si les entreprises genevoises ne créaient pas de valeur ajoutée mais que la seule création de valeur était dans l'importation d'entreprise. Les faits ont la tête dure, une croissance endogène serait une croissance d'environ 2% à 2,5% contre 4% à 4,5% (rappelons que Genève ne construit que 0,66% de logements par an et que donc la croissance de 2% exige déjà un triplement des efforts d'urbanisation !!!). Elle poursuit son "travail" très approximatif en généralisant un point de vue à partir de trois réactions "les réactions des entreprises ne laisse (sic) pas de place au doute". Un étudiant pourrait faire mieux ! (jamais je n'aurai cru un jour corriger l'orthographe d'un journaliste, mais tout arrive !).

Mais ce qu'il y a de plus stupéfiant ce sont les réactions des personnes interrogées : Marc Bürki CEO de Swissquote, Bernard Rueger, de l'entreprise Rueger et Jean-Claude Biver de Hublot. Pour eux, ce serait un privilège de riche que de douter des bienfaits d'une politique qui rappelons le :

  • expulse la moitié d'une classe d'âge chaque année du canton de Genève (2000 genevois s'installent dans le Genevois français chaque année faute de logement alors qu'il y a 4500 naissances par an),
  • dégrade à vue d'oeil les conditions de circulation dans le Genevois franco-suisse,
  • n'a pas le moindre impact sur le nombre de chômeurs à Genève (le nombre de chômeurs à Genève augmente proportionnellement au nombre d'emplois importés depuis plus de 10 ans),
  • prive Genève des compétences des professions intermédiaires tels que policiers, professeurs, infirmières, maçons dont Genève a pourtant de plus en plus besoin mais qui peuvent de moins en moins se loger,
  • détruit toute collaboration régionale en aggravant les déséquilibres de notre agglomération,
  • réserve aux finances cantonales des lendemains de fête qui déchantent lorsqu'il sera temps de payer la facture de dizaine de milliards des infrastructures rendues nécessaires par ces arrivées massives (CEVA, trams, autre CEVA, bus, ponts, autre CEVA, hôpitaux, crèches, écoles, tunnel de la rade, autre CEVA..).

Il faut un sacré culot de la part de ces privilégiés pour estimer que se poser la question est un privilège de riche ! Dans quelle "bulle d'ivoire" vivent-ils ? Ont-ils la moindre considération pour la société dans laquelle ils vivent, et qui leur permet d'exercer leur activité ? Pensent-ils à leurs enfants ? Ou estiment-ils qu'ils amassent suffisament de revenus pour mettre leurs enfants à l'abri des nuisances sociales qu'une telle politique génère ?

Mais ce qui me frappe le plus dans leurs réactions c'est que ces chefs d'entreprises, pourtant intelligents, ne réalisent même pas que :

  • Ce sont leurs entreprises qui devront payer la facture de dizaine de milliards de CHF des infrastructures rendues nécessaires par ces arrivées massives puisque les multinationales et société de trading ne paient, elles, presque pas d'impôts,
  • Ce sont leurs entreprises qui sont pénalisées dans le coût de leur main d'oeuvre par l'inflation galopante des coûts des logements qui aujourd'hui nuit considérablement à la compétitivité genevoise,
  • Ce sont leurs entreprises qui auront toujours plus de mal à recruter les professions intermédiaires dont elles ont besoin,
  • Ce sont eux-mêmes qui seront bien emmerdés, lorsque retraités, ils n'auront plus assez de policiers, d'infirmières et d'aides malade pour prendre soin d'eux parce que ces individus ne se sont pas préoccupé de la question du logement de ceux qui aurait pu les assiter. Jusqu'à preuve du contraire, même les traders les plus compétents qui occupent les rares logements disponibles, ne seront d'aucune utilité pour arrêter les braqueurs de banque !

 

PS: le seul élément intéressant de l'article est qu'il confirme que Mark Muller lui-même s'interroge sur le modèle économique de Genève. Il est interessant de noter qu'au sein du Conseil d'Etat genevois le Libéral prône une croissance plus modérée et plus durable (plus conforme à son incapacité à construire des logements) pendant que le démocrate chrétien prône une politique économique débridée au détriment des habitants... plutôt paradoxal ! Ce qu'il y a de curieux c'est qu'avec une telle position de Mark Muller, les partisans d'une modération des excès de la politique économique exogène devraient être majoritaires au Conseil d'Etat (Beer, Muller, Kunzler, Hiler)... à moins que Hiler et Beer aient eux aussi perdu leurs valeurs en cours de mandat !