09/07/2008

Les autres otages

Tout le monde peut se réjouir de la libération de 14 des 3000 otages détenus par les FARC. Il en reste encore 2986 en Colombie.

Il est intéressant de nous retourner sur l'emballement médiatique sur Ingrid Bétancourt.

Ingrid Betancourt a été prise en otage lors de sa campagne présidentielle en février 2002. Pendant 3 ans, cette otage n'intéresse pas les médias français.

Florence Aubenas, journaliste à Libération, est prise en otage en Irak le 5 janvier 2005. Les médias français prennent la défense de l'une des leurs. Les habituels décomptent commencent qui égrenne les jours de détention de Florence Aubenas. Un portrait de Florence Aubenas est étendu sur la façade de l'Hôtel de Ville de Paris. Les comités de soutien d'Ingrid Bétancourt soulignent le parallèle entre la situation d'Ingrid Bétancourt et celle de Florence Aubenas... et la différence de traitement. Pris la main dans le panier, de nombreux journalistes se sentant morveux de ne pas traiter sur un pied d'égalité les cas de Florence Aubenas, jouranliste, et d'Ingrid Betancourt font désormais un double décompte. Le portrait d'Ingrid Bétancourt est lui aussi affiché sur la façade de l'Hôtel de Ville de Paris à côté de celui de Florence Aubenas.

Florence Aubenas est libérée en juin 2005. Maintenant qu'on a fait le parallèle, la caste médiatique ne peut décemment pas arrêter de parler du cas d'Ingrid Betancourt, le décompte médiatique continue au rythme des anniversaires, le portrait reste affiché. Parmi les 3000 otages des Farc on ne s'intéresse qu'à celle qui a la nationalité française.

Le cas suscite un large intérêt du Gouvernement. Surtout depuis que Dominique de Villepin son ancien professeur à Sciences Po est devenu premier ministre. Son cas est relayé aussi par son ancien mari et son beau frère qui travaillent au quai d'orsay.

Devenue médiatique, Ingrid Betancourt devient une priorité de Nicolas Sarkozy qui se préoccupe de tout ce qui est médiatique.

Cet effort de mobilisation est sain, mais il est malsain qu'il ne se fasse que pour des journalistes et des personnes qui ont des relations avec le pouvoir.

Aung San Suu Kyi est en résidence surveillée depuis bientôt 20 ans. A tout instant elle peut décider de ne plus être otage si elle quitte le pays. Mais c'est par fidélité aux birmans et à ses valeurs qu'elle continue le combat pour la démocratie en Birmanie au pris de sa liberté et de 20 ans de vie. Elle mérite au moins autant notre attention.

Je pense tout particulièrement à Marc Beltra, jeune étudiant français disparu en Colombie en 2003, mais aussi aux milliers de colombien otages des Farc. Ils ne connaissent pas Villepin, n'ont pas un beau frère au quai d'Orsay, ils n'ont pas la chance d'avoir été mis en avant en même temps de Florence Aubenas. Leurs histoires ne crée pas d'audience mais ils n'en sont pas moins hommes.

Le vrai et l'important ne sont pas toujours des grandes histoires fantastiques. Les mises en scènes des médias ne sont qu'une petite part de la réalité.

 

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