28/07/2010

Singapour-Genève : les mêmes effets néfastes d’une croissance externe

Singapour et Genève ont de nombreux points communs : propres, cosmopolites, centres névralgiques de la banque privée et de la fraude fiscale mondiale. Mais elles ont un autre point en commun : une croissance économique externe qui vise à attirer l’activité économique des pays tiers. Les mêmes multinationales implantent leur siège asiatique à Singapour et leur siège européen à Genève. Dans un cas comme dans l’autre pour échapper totalement ou partiellement au paiement de l’impôt sur les sociétés. Ces multinationales accroissent ainsi leur rentabilité en s’affranchissement du paiement du coût des services publics qui leur permettent de faire des affaires dans les états du monde.

Il se trouve que j’ai travaillé à Singapour et y ai gardé de nombreux amis Singapouriens. La description qu’ils me font de la vie à Singapour ressemble étrangement à ce qu’on observe à Genève : Une inflation continue et exubérante des prix de l’immobilier causée par une pénurie de logements, une main d’œuvre étrangère qui représente le tiers des actifs, un pouvoir d’achat raboté par l’inflation que crée l’afflux de main d’œuvre à haut niveau de vie - il faut y ajouter la concurrence de la main d’œuvre chinoise qui n’a pas grand-chose à voir avec la concurrence frontalière que dénonce le MCG.

La croissance économique de Singapour sera très élevée – le Gouvernement prévoit une croissance de 13% à 15%. Mais la qualité de vie des Singapouriens continue de se dégrader : pouvoir d’achat en baisse rapide et nuisances croissantes causées par une croissance démographique hors de contrôle. Singapour s’apprête à accueillir encore 100 000 travailleurs supplémentaires cette année, le Genevois franco-suisse 10 000 ce qui est à peu près comparable sachant que Singapour est environ 10 fois plus grand que le Genevois franco suisse. « Tu ne reconnaitrai pas Singapour » me dit cette amie Singapourienne.

A Singapour, les vieux Singapouriens sont aussi protégés de la hausse de l’immobilier : 95% sont propriétaires. Comme à Genève les locataires sont protégés des hausses des loyers par un statut de quasi-propriétaires. Mais faute de logements abordables la jeunesse n’a pas plus d’avenir à Singapour qu’à Genève.

A quoi sert la croissance économique ? Pour Singapour comme pour Genève, la croissance économique a pour objet d’accroitre les revenus de l’Etat à court terme au détriment de la qualité de vie des habitants – en oubliant que la croissance démographique engendrera des coûts d’infrastructure bien supérieurs aux excédents fiscaux.

Il me semble au contraire que la croissance économique doit avoir pour objet de permettre à chacun d’avoir un travail qui lui permette de vivre. L’économie au service de l’homme et pas l’homme au service de l’économie. Cela suppose de créer des emplois qui correspondent aux qualifications. Cela suppose d’avoir une politique économique interne qui crée des emplois plutôt que seulement une politique fiscale qui permettent d’en importer.

Le Gouvernement Singapourien n’a pas grand chose à craindre. Ce n’est pas une démocratie : la presse n’y est pas libre, les médias sous contrôle, les opposants embastillés et quand vraiment la situation l’exige quelques manipulations des circonscriptions et des votes permettent de contrôler le Parlement. Mais à Singapour aussi les révolutions sont possibles – et les Singapouriens deviennent de plus en plus tendus.

Mais Genève est une démocratie directe. Tôt ou tard, les Genevois mettront un frein à une politique économique externe qui péjore leur qualité de vie pour une politique économique qui au contraire crée des emplois pour les chômeurs genevois. Une nouvelle politique économique qui créera de la valeur sur place plutôt que de l’importer des pays voisins.

22/06/2010

Obligations, actions, economie, emploi

Mes professeurs de finance nous expliquaient que sur le long terme, les actions étaient un investissement toujours plus attractif que les obligations. Une meilleure rémunération doit inciter l’investisseur à courir le risque d’être actionnaire plutôt que seulement prêteur.

 

Pourtant depuis les années 2000, cette règle fondamentale de la finance n’est plus vraie comme le montre une analyse de la performance de deux indices Pictet : l’indice LPP 25 qui a le plus d’obligation et l’indice LPP 60 qui a le plus d’action.

 

En regardant la performance annualisée sur cinq années glissantes, on s’aperçoit que dans les années 90, la règle de base de la finance s’est globalement vérifiée : de 1999 à 2000 il n’y a qu’en 1994 que les fonds obligataires ont été plus performants que les fonds actions sur une période de 5 ans cumulés, les actions ont été plus performantes les 9 autres fois.

 

En revanche cette règle de base ne se vérifie plus depuis les années 2000. De 2000 à 2009, sur une période de 5 ans, les fonds actions n’ont été plus performants que 5 fois, et les fonds obligataires ont été plus performant 5 fois également.

 

Les actions se sont révélées moins attractives que les obligations. Plutôt paradoxal lorsqu’on sait que ce sont précisément au cours de ces années que les actionnaires se sont montré les plus exigeants en terme de rentabilité, de retour sur investissement et de dividendes. Lorsqu’on regarde les indices boursiers sur longue période on s’aperçoit que depuis 2000 les indices boursiers sont plus volatils mais qu’ils ne progressent plus sur le long terme. Un peu comme un automobiliste trop pressé qui roulerait toujours en surrégime, casserait son moteur à plusieurs reprises et serait obligés à des arrêts multiples.

 

Pour certains il ne s’agit que d’un accident de parcours lié à la baisse structurelle des taux d’intérêt et aux krachs boursiers. Curieux accident qui dure toute une décennie.

 

Tout se passe comme si les actionnaires tiraient toute la rentabilité possible des entreprises jusqu'à ce qu’elles s’effondrent… et recommence. Cela rejoint les témoignages des personnes qui travaillent dans ces entreprises. On y observe des décisions aberrantes qui permettent d’afficher de bons résultats trimestriels au détriment de l’avenir de l’entreprise. Il suffit simplement de changer de voiture juste avant qu’elle ne casse.

 

Une telle gestion strictement financière nuit au développement à long terme des entreprises, de l’emploi, de l’économie de nos sociétés aussi bien qu’aux retraites des bénéficiaires des fonds de pension. Il peut sembler étonnant que les actionnaires nuisent autant au développement des entreprises qu’ils possèdent ! Mais la durée moyenne de détention d’une action est maintenant de 6 mois seulement – contre 5 ans recommandés par mes mêmes professeurs de finance. L’enjeu de l’actionnaire n’est plus d’accompagner le développement de l’entreprise sur le long terme par des votes pertinents mais d’acheter au plus bas et de vendre à temps. Un actionnaire peut bénéficier financièrement du déclin d’une entreprise comme Goldman Sachs avec les supprimes. Le management est parfois complice puisque sa rémunération est fondée sur la performance à court terme de l’entreprise plutôt que sur son avenir à long terme – comme Marcel Ospel et l’UBS.

 

Les salariés eux ont de plus en plus de mal à appliquer des stratégies qui reviennent à scier les branches de leur emploi, et parfois même de leur retraite. Leur implication est pourtant nécessaire au développement des entreprises, de l’économie et de l’emploi.

 

La financiarisation excessive de l’économie au cours des années 2000 a conduit à la stagnation que l’on observe. Pour mesurer le gâchis il faut prendre conscience que la récession dont on sort a peine revient à jeter a la poubelle 2 a 3 années de travail de tous les actifs des pays développés.

 

Cette financiarisation excessive est dangereuse pour nos emplois, pour nos économies et pour nos retraites aussi.

 

Des solutions sont possibles : l’incitation financière et fiscale a la détention des actions sur le long terme (comme le fait Air Liquide qui verse des rémunérations complémentaire a ses actionnaires de long terme), la taxation des bénéfices distribues uniquement (comme le font certains pays d’Europe du Nord), la rémunération des dirigeants et des managers sur la performance de l’entreprise a 10 ans (et pas seulement sur la performance annuelle comme pour Marcel Ospel), une plus grande indépendance des conseils d’administration, et une plus grande transparence des rémunérations.

Performance obligations et actions.JPG

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20/01/2010

Mettre un terme à la martingale des banques

La martingale est une technique permettant d'augmenter les chances de gain dans les jeux de hasard. La plus classique est la règle selon laquelle il suffit de miser le double à chaque fois qu'on perd.. jusqu'à se qu'on gagne. Tôt ou tard, on finit par gagner.. puisqu'on a miser le double, on gagne d'une part le gain de la partie mais on compense aussi les pertes précédentes. Celà permet d'avoir la certitude de gagner à un jeu de hasard. La martingale n'est possible que si on peut jouer sans cesse toujours plus. Cela n'est habituellement pas possible car il y a toujours une limite fixée à ce que l'on peut jouer : limite posée par le règlement du jeu, ou plus simplement par les moyens du joueurs.

C'est exactement pour cette raison que les banques posent des limites aux transactions de leurs traders. Ce sont ces limites qui ont été contournées à la Société Générale par Jérôme Kerviel. Cela a coûté 4,82 milliards d'euro à sa banque.

De la même manière, il y avait des limites similaires pour les banques dans leur faillite. Barings avait été mis en faillite suite aux pertes réalisées par Nick Leeson.

A force de concentration, les banques sont devenues "trop grosses pour faire faillite". Leur chute pourrait placer des états entiers en faillite comme en Islande. Pourtant, si ces banques ne peuvent plus faire faillite alors la concurrence les contraindra petit à petit à jouer à la martingale. Faute d'avoir la menace d'être mises en faillite elles prendront toujours plus de risques. Les risques ne seront alors plus assumés par les actionnaires mais par les états.

Nous devons mettre fin à cette martingale des banques. Pour celà il faut imposer une taille maximale. Les banques européennes sont trop grandes et menacent la souveraineté même des Etats et des peuples auxquels elles imposent leurs dettes. Il est nécessaire de limiter les risques financiers encourus par les banques en les contraignants à payer les risques par avance grâce à des obligations de fonds propres. Les activités risquées de trading doivent être aussi couteuse en capital qu'elles sont profitables.

Il est dangereux pour le Genevois franco suisse de dépendre trop de l'activité économique des activités de trading par essence volatiles et dangeureuses.

18/01/2010

Retrouver la passion dans son travail pour créer plus

La semaine dernière j'ai rencontré une personne passionée par son travail. J'ai soudainement réalisé que cela faisait longtemps que je n'avais pas entendu quelqu'un parler avec passion et enthousiasme de son travail. Beaucoup sont las. Ils s’y investissent moins et n’y trouvent plus beaucoup d’autre sens que celui de survivre.

Des discussions annuels de performances baclés, des responsables qui ne font même plus semblant de s'intéresser à ce que font leurs équipes... et même des commerçants, eux même patrons, qui finissent par se lasser de se faire engueuler sans cesse par des clients toujours plus exigents et rarement reconnaissant du travail accompli. : même les patrons ont des patrons - leurs clients-.

Il y a de multiples causes à cette désaffection :

1) Des exigences de rentabilité excessives des marchés ont conduit les dirigeants à produire du cash à court terme plutôt que d’investir dans leur avenir. Au bout de la chaine les salariés constatent le non sens des décisions qu’ils doivent appliquer. Ils constatent que ces décisions reviennent à scier la branche sur laquelle ils sont assis. Il en va par exemple des décisions d’investissement dictées par des normes comptables ou des mesures internes. Les mécanismes qui ont conduit les banques à acheter des subprimes aux taux élevés mais sans solvabilité sont encore à l’œuvre. Pour afficher 15% de croissance des bénéfices par an dans une économie mondiale dont la croissance dépasse rarement les 4%, il faut réduire les investissements, augmenter les prix et réduire la qualité. Exiger 15% de rentabilité c’est tuer la poule aux œufs d’or des entreprises. Les salariés le constatent et n’ont plus de passion pour leur métier.

2) Des réorganisations constantes qui conduisent à la disparition du management. Un cadre supérieur m’expliquait récemment assez justement : « quand j’ai commencé à travailler un manager avait deux, trois ou quatre personnes qui lui rapportaient. Il savait parfaitement ce qu’elles faisaient. Il pouvait les former, les suivre, les aider et les évaluer. Aujourd’hui non seulement il a une dizaine de personnes qui lui rapportent mais il a aussi un travail à temps plein pour lui. Il ne sait pratiquement pas ce que font ses salariés et n’est plus capable ni de les former ni de les évaluer. » Il continuait en expliquant que les évaluations ne se faisaient plus sur le travail produit mais sur le travail montré. Ce qui conduit aussi à enlever toute passion au travail.

3) Une relation de confiance qui a été détruite : la nouvelle génération de salariés qui prend de nouvelles responsabilités dans les entreprises ont compris les limites de la relation de confiance entre employeurs et employés. Ils ont vu leurs parents être licenciés à 55 ans. Ils ont vécu la valeur purement vénale du contrat de travail qui se réduit à un échange économique. La destruction de la composante humaine du contrat de travail a conduit à déshumaniser le travail et à lui retirer une partie de la passion nécessaire.

La passion est pourtant nécessaire au travail. Il faut de la passion pour qu’il y ait de la créativité. Il faut de la créativité pour qu’il y ait de l’innovation, de la croissance ou une meilleure efficacité.

Contrairement au slogan simpliste "travailler plus pour gagner plus" qui a berné surtout des électeurs de retraités, gagner plus ne suffira pas pour réintroduire de la passion dans le travail. Il faudra redonner du sens au travail.

Cela passera par une incitation fiscale pour les entreprises à investir dans leur avenir plutôt que de se réduire à l’état de machine à cash. Les salariés devront avoir confiance de travailler à l'avenir de leur entreprise et pas à en faire de simple vache à lait. L’économie sociale et solidaire peut introduire une nouvelle concurrence sur les marchés qui redynamise l’activité économique et lui donne un sens nouveau. Paradoxalement, les carcans du droit du travail en France, considérés jusqu’à présent comme un handicap pour l’économie, pourrait bien devenir un atout pour réinstaurer une meilleure confiance dans les entreprises françaises. Il faudra aussi faire de l’entreprise un lieu de formation continue où l’on apprend constamment les nouveaux métiers qui apparaissent. Alors que les carrières de plusieurs décennies sont de plus en plus l’exception, il faudra imaginer de nouvelles formes de formation continue qui ne soient pas nécessairement organisée par l’employeur mais par la collectivité.

06/08/2009

Bonus des banques et incompétence des Gouvernements

La frénésie des bonus des traders reprend de plus belle. Des montants de bonus pour quelques traders supérieurs aux bénéfices mondiaux réalisés par des banques internationales. Des montants de bonus qui pour quelques banques dépasse le montant de l’aide alimentaires d’urgence des pays membres du G8. Des bonus extravagants même dans des établissements qui accumulent des pertes colossales.

 

Les banques ont-elles tort ? Moralement et politiquement oui, légalement et économiquement non. Elles remplissent leur mission dans le cadre d’un marché que les Gouvernements ne régulent pas. Des traders performant quittent leur employeur qui ne leur a accordé qu’un million de bonus… pour un autre employeur qui lui en garantie trois fois plus ! Faute de lois qui régulent les rémunérations, les banques sont contraintes à la surenchère.

 

Faute de loi, les employeurs les plus vertueux sont pénalisés par le départ de leurs meilleurs collaborateurs au profit des employeurs moins vertueux. L’absence de loi encourage le vice. 

 

Il est immoral de rémunérer autant des traders dont la contribution à l’économie est pour le moins discutable. Mais la loi l’encourage en ne l’interdisant pas. Ces bonus soulignent l’incapacité des dirigeants politiques à imposer des lois qui régulent ces rémunérations. Des lois qui s’imposent à tous les concurrents et pas seulement à ceux qui sont aidés par l’Etat.

 

Il revient à la loi de l’encadrer. Le problème c’est qu’il n’y a aucune institution légitime pour fixer des lois mondiales. Toute régulation des rémunérations des traders dans un pays.. peut être contournée. Il suffit que l’employeur installe ses activités de trading à Genève par exemple… ce que beaucoup sont en train de faire car Genève a les lois et la fiscalité parmi les plus attractives pour les organismes de trading débridés.

 

Plusieurs solutions sont possibles :

 1) fixer par la loi des plafonds de rémunération variable afin que la surenchère sur les bonus entre banques et société de trading s’arrête une bonne fois pour toute. Paradoxalement, ces lois existent en Suisse. Elles interdisent que la rémunération variable soit supérieure à la rémunération fixe. Ces lois ne sont pas appliquées aujourd’hui. Elles doivent l’être.

 2) Rémunérer seulement la performance durable. Les traders prennent de plus en plus de risques : s’ils gagnent, ils touchent des bonus considérables, en revanche s’ils perdent, ils peuvent éventuellement perdre leur emploi mais pas le bonus de l’année précédente. Une telle rémunération variable doit se faire à la hausse comme à la baisse. Pour cela, elle doit se faire sur une performance durable sur plusieurs années afin de prendre en compte autant les hausses que les baisses.

 3) Enfin, les exigences de ratio de solvabilité des sociétés qui s’engagent dans les activités de trading doivent être considérablement augmentées. Le coût du capital doit être dissuasif. La collectivité ne peut plus prendre aucun risque systémique avec les activités de trading. La régulation du trading doit être telle qu’elle doit limiter les montants échangés à un niveau cohérent avec l’activité économique réelle. Le trading n’a de valeur ajoutée économique que s’il se fait sur des anticipations de l’économie reelle et pas sur des anticipations d’anticipations purement financières. Ces mois-ci la ville de Londres fait l’expérience de l’erreur qu’il y a dépendre d’une activité économique aussi volatile que le trading. Genève elle continue d’augmenter sa dépendance.

 Genève joue un triste jeu dans cette affaire. Seule une harmonisation mondiale peut limiter cette activité qui devient économiquement perverse par une sur-volatilité des marchés. Seule une harmonisation mondiale peut limiter des bonus qui encouragent financièrement quelques uns à faire prendre des risques à l’économie mondiale.

 Aujourd’hui la surenchère mondiale vient du canton de Genève si on en juge par l’arrivée importante de traders et de société de trading dans le canton attirés par les conditions offertes.

Retrouvez la note du jour sur le blog Portevoix

30/04/2009

Comment le G20 a sauvé la Confédération

L'objet du G20 de Londres était de stabiliser l'économie mondiale. Depuis un mois les élus et les médias suisses redoublent de critiques contre l'OCDE et le G20. Ils estiment en avoir été les victimes en raison des mesures qui ont été prises contre le secret bancaire déloyale.

Certains élus irresponsables appellent à un boycott des insitutions internationales comme le FMI. Ces élus irresponsables oublient un peu vite que ce G20 a sauvé la Confédération. En augmentant considérablement les ressources du FMI, le G20 a mis un terme à la chute des monnaies est européennes sur les marchés. D'après les informations que j'ai, les Banques suisses ont 40 milliards d'encours de crédit dans les pays d'Europe de l'Est en Francs suisses. Une poursuite de cette dévalorisation des monnaies aurait transformé ces encours de crédit en actifs pourris.

Parce que les banques sont nécessaires au fonctionnement d'un pays, la Confédération aurait au final dû en payer la facture. 40 milliards qui auraient englouti la Confédération. Il n'est pas sûr que cela soit suffisant pour sauver l'Europe de l'Est et les Banques Suisses avec.

Mais à l'opposé faire de la Suisse une victime du G20 est déplacé. Malgré ses montagnes, la Suisse fait bien parti du monde comme tous les autres pays.

09:55 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : g20, suisse, secret bancaire, modem |  Facebook | | | |

14/03/2009

Les prix du pétrole : l'autre plan de relance

En 2008, la France a importé pour 54 milliards d'euros de pétrole et de gaz. Après un pic à 90 euros le baril en 2008, les prix ont chuté jusqu'à 35 euros le baril.

Cette baisse des prix du baril de pétrole est entrain d'alléger la facture énergétique de la France de 20 milliards d'euros environ sur 2009. Ces 20 milliards d'économies sont des coûts en moins pour les entreprises et des factures d'essence et de fioul moins chères pour les habitants. En moyenne, 800 euros d'économies directes et indirectes par famille francaise... mais seulement 664 euros d'économies pour les familles britanniques dont la monnaie a chuté. 

20 milliards, un montant qui relativise l'impact que peut avoir sur l'économie les 5 milliards nouveaux du plan de relance du Gouvernement. Surtout lorsqu'ils sont mis en perspective des 13 milliards annuels du paquet fiscal voté en juillet 2007.

 

 

Facture energetique de la France.JPGCours des prix du petrole en euros.JPG

13/03/2009

Le paradoxe de la gestion à court terme des fonds de pension

Une part majeure des fonds investits dans les marchés financiers sont destinés à financer les vieux jours des habitants. Sous diverses formes : fonds de pension, assurance vie, épargne personnelle, épargne retraite, épargne d'entreprise...

Il y a un contre sens financier majeur entre les besoins financiers à 20 ans de ces fonds, et leurs objectifs financiers trimestriels.

Les pyramides des âges montrent que ces fonds auront pour la plupart besoin de commencer à vendre leurs actifs dans une vingtaine d'années seulement. Pourtant ces actifs sont gérés à très court terme. Les directions financières des entreprises, dans une surenchère de production de cash, sacrifient les investissements à long terme pour se concentrer sur le production de cash trimestre après trimestre. Avec de telles politiques financières, ces entreprises auront fait faillite d'ici 20 ans quand les fonds de pension devront payer les retraites de leurs pensionnaires.

En ces temps de récession, les investissements en communication, en recherche et développement et en formation sont sacrifiés pour favoriser les résultats du trimestre. Ces coupent menacent l'avenir des entreprises. Dans une surenchère déshumanisante malsaine, les réductions de postes sont encore plus drastiques que les réductions de budget. Les exigences de taux de retour bien supérieures à la croissance économique conduisent les directions financières à réduire les achats aux fournisseurs et donc la qualité des produits vendus et l'image de marque à long terme. Elles contribuent aussi à réduire la masse salariale et donc le nombre d'emplois.

Paradoxalement, en demandant des retours sur investissement irréalistes, les fonds de pension contribuent à détruire les emplois présents de leurs pensionnaires futurs. Ils détruisent l'image de marque, la relation client et le savoir faire des entreprises. Ils détruisent leur avenir.

Les fonds de pension font confiance aux directions financières pour une gestion saine et équilibrée sur le long terme. Mais ils oublient que les directeurs financiers sont récompensés et promus selon les performances financières à court terme. Les Marcel Ospel qui comme le patron de l'UBS touchent des bonus gigantesques pour avoir fait croitre les bénéfices quelques années et détruit de la valeur à long terme se trouvent dans la quasi totalité des entreprises côtées. A vrai dire, ils ne font que remplir les objectifs fixés par les Assemblées générales d'actionnaires et les Conseils d'Administration.

Il est urgent de rétablir une rémunération des dirigeants d'entreprise sur les performances réelles à très long terme. Les rémunérations les plus élevées doivent être votées en assemblée générale et pas uniquement par des administrateurs choisis. Les actionnaires doivent être financièrement incités à participer aux décisions de l'entreprise et ne plus être de simple parieurs.

17/02/2009

huit propositions de régulation pour la relance

La relance nécessite la confiance des entrepreneurs, des consommateurs et des investisseurs. Cette confiance se construira lorsque chacun aura la garantie que les excès d’hier ne se renouvelleront pas. Pour cela il faut passer à la phase de régulation.

Les nouvelles régulations des marchés doivent être mise en place rapidement pour créer les conditions de la relance.

Le problème principal de la crise actuelle a été de favoriser le court terme des résultats trimestriels sur la durabilité économique des entreprises. En favorisant la production de cash immédiat au détriment des investissements à long terme, les marchés ont détruit de la valeur en menaçant la pérennité des entreprises. Les sub-primes en sont l’exemple typique : la preuve que le taux élevés à court terme était favorisé sur la solvabilité même des emprunteurs. Le système Madoff montre à quel point les rentabilités à court terme affichées ont été privilégiées sur la viabilité des investissements.

Dans les entreprises on observe ce type de décisions aberrantes quotidiennement : des investissements publicitaires qui sont réduits alors que l’espace publicitaire coûte moins cher pour afficher des résultats trimestrielle au détriment de l’image de marque à long terme, des réductions d’effectifs et des disparitions de pan entiers de compétences pour afficher une masse salariale maitrisée,  la sous traitance hasardeuse de la fonction de R&D, des prix qui sont augmentés sans commune mesure avec la valeur ajoutée apportée… etc..etc..

La régulation doit favoriser l’investissement de long terme. Voilà quelques pistes de régulation.

1)      Favoriser financièrement l’actionnariat de long terme et l’actionnariat actif :

Etre actionnaire ce n’est pas faire un pari ou jouer au loto, mais investir dans une entreprise et participer aux décisions. En cours de finance on apprend qu’il faut acheter une action pour une durée de 5 ans minimum. Aujourd’hui la durée moyenne de détention des actions est de 6 mois. La loi doit contraindre les entreprises à verser des dividendes majorés pour les actionnaires de long terme (à partir de 3 ans par exemple). Elle doit aussi prévoir des dividendes majorés aux actionnaires qui assument leurs responsabilités d’actionnaire en votant effectivement aux assemblées générales. Elle doit faciliter la participation des actionnaires aux assemblées générales.

2)      Rémunérer la réussite durable

Beaucoup de rémunérations de cadres dirigeants sont attribuées sur des résultats de court terme qui permettent d’afficher des résultats cash, mais qui se traduisent par une réduction des investissements à long terme des entreprises. La rémunération de court terme doit être plafonnée afin de favoriser la rémunération des résultats à long terme. Ainsi la rémunération cash maximale doit être plafonnée à 7 fois le SMIC. Au-delà et par palier elle doit être versée lorsque les résultats de l’entreprise sont confirmée sur le long terme à 3, 5 et 10 ans, puis à l’âge de départ en retraite du dirigeant. Les rémunérations importantes sont légitimes lorsqu’elles correspondent à des résultats importants ET durables.

3)      Taxer les dividendes plutôt que les bénéfices

Aussi sûrement que la taxe sur les fenêtres à réduit le nombre de fenêtre en France au début du siècle la base de la fiscalité doit inciter à des comportements socialement responsables. La fiscalité sur les entreprises ne doit plus se faire sur les bénéfices mais sur la partie des bénéfices qui sont distribués. Le niveau de taxe doit être dissuasif lorsque le taux de distribution augmente de manière plus élevée que le chiffre d’affaire : la loi doit mettre fin à l’appropriation de toute la valeur ajoutée économique par les seuls actionnaires au détriment des employés, des fournisseurs et des clients.

4)      La rémunération des 5% des employés les mieux payés doit être approuvé obligatoirement par les actionnaires en Assemblée Générale.

La collusion entre les investisseurs institutionnels et les conseils d’administrations rend opaque et discutable la fixation de la rémunération des dirigeants d’entreprises. Ces rémunérations doivent être plus transparentes. La loi doit rendre obligatoire le vote en Assemblée Générale des rémunérations les plus élevées de l’entreprise –pas forcément uniquement celle des dirigeants-.

En Suisse, les syndicats devraient faire appliquer la loi qui prévoit que la rémunération variable ne peut pas être supérieure à la rémunération fixe – alors que les rémunérations variables sont parfois 10 fois supérieures au fixe dans les activités de négoce.

5)      La traçabilité et la transparence des investissements

La titrisation et l’intermédiation à outrance ont réduit la transparence. Nombre de fonds ont été surpris de constater qu’ils avaient investit dans des titres Madoff. Les porteurs de sub-prime ne connaissaient pas la solvabilité de leurs débiteurs. Un renforcement de la traçabilité qui permet aux investisseurs et aux porteurs finaux d’être en relation directe doit permettre aux investisseurs de suivre de plus près leur investissement.

6)      Interdire l’actionnariat dans plusieurs entreprises d’un même secteur d’activité

Le libéralisme se fonde sur la libre concurrence. Cette libre concurrence est mise à mal lorsque tous les actionnaires de tous les intervenants d’un marché sont les mêmes : des investisseurs institutionnels qui ont pour seule politique industrielle un taux de rendement de 15%. La seule manière pour les dirigeants de répondre à de telles exigences revient à assécher la concurrence. On n’investit que dans les marchés ou l’on est premier ou second. Lorsqu’un concurrent augmente ses prix on les augmente aussi plutôt que de prendre des parts de marchés. Lorsqu’on ne s’entend par directement avec ses concurrents sur les prix. Pour rétablir la libre concurrence au bénéfice des consommateurs, la loi doit interdire l’actionnariat simultané dans plusieurs entreprises d’un même secteur d’activité.

7)      Pénaliser ce qui est immoral

Pour dissuader les meurtriers la loi a prévu des les condamner pénalement à des peines de prison.  Elle a pénalisé ce qui est immoral. La loi doit désormais pénaliser de manière aussi sévère l’immoralité financière. On a du mal à comprendre la différence de traitement entre des criminels de droits commun et Bernard Madoff qui n’est pas encore en prison. Les fraudes de Bernard Madoff ont pourtant déjà causé plusieurs morts. Les ententes illégales sur les prix doivent être sanctionnées pénalement. On a du mal à comprendre que des dirigeants qui ont volé des centaines de millions d’euros aux consommateurs européens puissent encore être dirigeants d’entreprise.

8)      Rendre illégales toutes transactions avec les paradis fiscaux.

Les paradis fiscaux qui offrent des lois clémentes à l’argent du crime et à l’évasion fiscale ne doivent plus aussi bénéficier des retombées économiques du commerce mondiale légale. Les pays démocratiques doivent rendre illégales toutes les transactions avec les paradis fiscaux.

Cette régulation doit intervenir rapidement. Des pays isolés n’auront pas le poids nécessaire pour imposer ces régulations aux marchés financiers mondialisés qui se transféraient vers des pays plus cléments. Seuls les Etats Unis ou l’Europe ont la taille critique nécessaire pour imposer des normes nouvelles aux marchés financiers mondialisés.

Pour cela l’Europe doit être plus démocratique –et pas seulement un lieu de négociation entre gouvernements-. L’Europe doit être plus efficace en votant à la majorité et plus à l’unanimité. L’Europe doit être aussi plus transparente. L’Europe a besoin d’un vrai président de commission qui ne soit pas soumis aux Gouvernements.

 

 

 

02/12/2008

Le pouvoir de la démocratie doit être supérieur au pouvoir de l’argent

La mondialisation de l’économie a donné de nombreux pouvoirs aux actionnaires : le pouvoir de la libéralisation des changes, le pouvoir d’investir et de désinvestir beaucoup plus rapidement que ne le voudrait les règles de bon sens économique, le pouvoir de privilégier l’actionnaire dans la répartition de la valeur ajoutée au détriment des salariés, des fournisseurs et des clients qui contribuent pourtant aussi à l’avenir de l’entreprise.

Dans le même temps, les démocraties ne se sont pas adaptées. Leur mode de décision au niveau des royaumes et duchés du moyen âge ne leur permet pas d’imposer la loi du citoyen face au pouvoir de l’actionnaire. Notre économie s’organise au service exclusif des actionnaires plutôt que d’être au service de l’homme.

L’économie même court à sa perte. Les dirigeants servent les intérêts à court terme d’actionnaires qui n’investissent que pour 6 mois en moyenne, au détriment de l’avenir à long terme de l’entreprise, de ses salariés, de ses fournisseurs et de ses clients. Tout comme les banques ont privilégié les taux d’intérêts élevés à court terme des sub prime au détriment de la solvabilité à long terme de leurs débiteurs.


Pour imposer sa loi, la démocratie doit aussi s’organiser de manière plus large. Seule une Europe mieux organisée, plus transparente, plus efficace peut imposer sa loi face au pouvoir des actionnaires. Elle pourra alors imposer des règles sur la rémunération des dirigeants fondée sur les performances financières et sociales à long terme de l’entreprise. Déjà aujourd’hui ce sont les normes techniques européennes qui sont prises pour référence par tous les industriels du monde : les uns et les autres doivent respecter ces normes pourtant restrictives s’ils veulent avoir accès aux marchés européens. Demain une Union Européenne organisée, démocratique et efficace pourra imposer aussi des normes environnementales et sociales.


L’UMP et le PS sont les uns et les autres divisés sur la question européenne. Ils n’en parlent pas de peur de se diviser un peu plus. UMP et PS sont européens convaincus lorsqu’ils sont au pouvoir et anti européens lorsqu’ils sont dans l’opposition : ce sont des RPR qui ont fait campagne contre Maastricht lorsque Mitterrand était au pouvoir, et ce sont des élus PS qui ont fait campagne contre le traité constitutionnel Européen lorsque Chirac était au pouvoir.


Seul le courant de pensée démocrate et humaniste a toujours contribué à la construction Européenne. Nous devons poursuivre cette construction Européenne pour imposer la loi de la démocratie aux pouvoirs des actionnaires. C’est ce que nous ferons avec nos candidats MODEM lors des élections européennes du 7 juin prochain.