La FER renonce à appliquer les accords bilatéraux

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Avant même de connaitre le résultat des votations du 17 mai sur l'accord de libre circulation, la FER rend les armes et renonce à les appliquer. Des accords bilatéraux la FER ne défend que les avantages pour la Suisse telles que les accords sur la recherche, sur la formation, sur l'accès aux marchés européens ou encore sur la liberté qu'utilisent de plus en plus de Suisses de pouvoir s'installer dans l'Union... mais pas les contreparties négociées trop efficacement par les diplomates suisses et qui en font l'accord le plus avantageux pour un pays tiers. Le beurre, l'argent du beurre et la crémière ne peuvent plus durer : l'Union Européenne doit désormais défendre les Européens et les marchés européens.

La FER s'est donc plié aux exigences du microparti MCG et incite désormais ses adhérents à recruter en fonction du passeport et de l'adresse plutôt que des compétences et des motivations. On se demande pourquoi la FER se livre à cette provocation puisque d'ores et déjà, une majorité des offres d'emplois à Genève sont discriminatoires en violation des traités Suisse-UE. Jusqu'à présent, la FER se dédouanait en affirmant que c'était une responsabilité des entreprises membres. Désormais, elle recommande une politique ostensiblement discriminatoire et contraire aux traités.

Pourtant cette politique a prouvé son inefficacité à réduire le nombre de pendulaires frontaliers : le nombre de frontaliers augmente et continuera d'augmenter inexorablement, fruit des contradictions genevoises et suisses qui se comparent à New York et Singapour pour l'attractivité économique et veulent garder le Gros de Vaud comme modèle urbain ! Les milieux prétendument libéraux ne sont plus à une contradiction près : avec RFFA et son taux d'imposition parmi les plus faibles au monde, ils ambitionnent d'attirer des entreprises de tous les continents, mais en refusant de construire des logements ils refusent d'assurer les conditions d'accueil pour leurs salariés... avant de continuer à se plaindre de l'augmentation constante du trafic pendulaire induit par leurs propres contradictions. Pourtant, ils ne sont ni débiles ni stupides, c'est juste qu'ils répondent aux attentes contradictoires de leur électorat. Les actionnaires, les professionnels de l'immobilier, les banquiers et les traders qui veulent plus d'entreprises lorsqu'ils regardent leur compte en banque, mais moins d'habitants dans la région lorsqu'ils profitent de leur barbecue l'été dans le jardin de leur villa.

Cette politique a aussi prouvé son inefficacité économique : les témoignages se multiplient sur les conséquences d'un recrutement qui ne se fait plus sur les compétences. La qualité du service est diminué, la motivation aussi. Les coûts de formation explosent. Et apparaissent déjà des témoignages de ces chômeurs recrutés contre leur gré sur des postes auxquels ils n'aspirent pas qui retournent au chômage après avoir coûté des dizaines de milliers de francs de formation dès que leurs droits y sont reconstitués.

Pour les frontaliers la situation est pire qu'avant les accords bilatéraux. Avant il y avait des règles, il y avait des besoins. Aujourd'hui les entreprises et les administrations sont incitées à renoncer à des recrutements plutôt que de recruter des frontaliers. Les fraudes à la résidences se multiplient dans le Genevois (sauf à St Julien où nous veillons aux fraudeurs). Nécessité faisant loi, les contournements à la politique active de discrimination s'organisent : certaines administrations font appel au travail temporaire qui est ensuite pérennisé pour contourner la circulaire de préférence cantonale, certains candidats s'assurent d'avoir une adresse en Suisse juste le temps de leur recherche d'emploi. Tout cela permet au canton de faire quelques nouvelles économies sur le dos de la France en assurance chômage pour des actifs qui ont cotisé en Suisse et en rétrocession de l'impôt à la source.

J'ai été interpellé cette semaine par une habitante, licenciée à 50 ans après avoir travaillé plusieurs dizaines d'années à Genève. Ses charges sociales ont augmenté avec son âge. Elle a été remplacée par des plus jeunes. Elle ne retrouvera plus jamais de travail à Genève et devra sans doute quitter notre région devenue trop chère à mesure que 3500 Genevois par an ont été contraints de s'y loger. Elle a suivi une formation à Pôle Emploi : ils étaient si nombreux à être dans sa situation qu'ils ont du se répartir sur 4 groupes pour travailler. Tous avaient le même âge, tous venaient d'employeurs pourtant renommés à Genève, qui tous jetaient leurs collaborateurs comme des chaussettes usagées à 50 ans.

La France et l'Union Européenne doivent mieux défendre les Européens, les Suisses installés en France et surtout l'économie Européenne qui reste ouverte aux entreprises suisses conformément aux accords de libre circulation. Nous devons désormais refuser les discriminations à l'emploi, les discriminations à la scolarisation, les discriminations sur la tarification des services publics comme à l'hôpital.

Peu importe le résultat du 17 mai : je ne doute pas que les Suisses continuent de vouloir que l'Union applique les accords bilatéraux même si la Suisse en général et Genève en particulier a depuis longtemps cessé de les appliquer. Mais les votations du 17 mai sont sans effets : les accords bilatéraux n'existent plus, à Genève en tout cas.

L'Union Européenne doit désormais prendre des sanctions, refuser d'homologuer les produits suisse : l'emploi européen mérite autant d'être sauvegardé que l'emploi genevois. Le choix de l'autarcie suisse ne peut pas être seulement quand ça l'arrange : l'autarcie doit aussi se faire sur la gestion du système électrique. L'expérimentation des black out électrique dans quelques années sera particulièrement utile pour que le peuple souverain prenne un peu mieux conscience de l'interdépendance du continent européen et de sa nécessaire solidarité. Pour ma part, je pense que l'Union Européenne doit d'ores et déjà étudier les modalités de mise en oeuvre de la clause guillotine d'un traité que la Suisse n'applique manifestement plus à Genève. Les départements de la Haute-Savoie et de l'Ain, et le Pôle Métropolitain doivent lutter beaucoup beaucoup plus efficacement contre la fraude à la résidence pour mettre Genève face à ses politiques contradictoires d’expansion économique et de conservatisme urbain.

A St Julien, nous redoublerons nos efforts contre la fraude à la résidence. Nous avons déjà réduit de moitié la production de logements avec le nouveau Plan Local d'Urbanisme : ce n'est pas suffisant, nous devrons mieux nous protéger des contradictions genevoise en réduisant la production de logements aux seuls besoin des actifs du Genevois et en laissant Genève produire les logements dont elle a besoin pour les actifs qu'elle veut faire venir de toute la planète.

Lien permanent 8 commentaires

Commentaires

  • Les offres d'emplois à Genève sont discriminatoires ...
    En effet, 77 frontaliers de plus par semaine (4000 en 2019)

  • Bonjour Monsieur MCG,

    Si vous savez lire vous aurez lu dans la note qu'effectivement la discrimination active contre les frontaliers est sans effet sur leur augmentation inexorable tant que Genève souhaitera attirer plus de nouveaux emplois qu'elle ne produit de logements. L'augmentation frénétique du nombre de pendulaire est la simple conséquence des choix incohérents des Genevois qui aspirent à faire venir toutes les multinationales du monde avec des taux d'impositions parmi les plus faibles (RFFA), mais refusent de construire les logements correspondants.

    Il n'en demeure pas moins que ces discriminations sont contraires aux accords de libre circulation en plus d'être inefficaces, contre productives, et humiliantes pour les partenaires. La réaction de l'Union Européenne doit être à la mesure de ces politiques. Il n'y a pas d'économie genevoise et pas de développement de l'emploi sans accès aux marchés européens. Il est temps que l'Union Européenne défende l'emploi des Européens et des entreprises européennes avec force face à ces politiques protectionnistes suisses et genevoises.

    Bien cordialement,

    Antoine Vielliard

  • Cher Monsieur,

    Il s’agit de la signature d’une « Charte » de préférence cantonale qui n’a pas valeur de loi. Donc non, la Suisse ne viole en rien les accords bilatéraux comme vous le dites, car dans les faits, ce document n’engage à rien légalement. Par ailleurs, merci d’arrêter de cracher systématiquement sur Genève et la Suisse. Il y a officieusement 11% de gens qui sont à la recherche d’un emploi à Genève. Un peu de modération dans vos propos ferait du bien à tout le monde.

    En tout état de cause, si les accords bilatéraux tombaient toute La région en souffrirait, y compris la France voisine et vous le savez pertinemment.

    Cordialement

    N.

  • Monsieur le maire,

    bien que je comprenne votre coup de gueule, votre plaidoyer anti-suisse montre votre méconnaissance de la Suisse. Associer le comportement genevois à l'ensemble de la Suisse serait du même acabit que de vous assimiler au RN car celui-ci est sorti premier des urnes aux européennes et donc , dans votre cheminement, represente l'ensemble des français.

    Le comportement que vous reprochez sur les seniors est lui par contre, non une genferei, mais un mouvement général dont le reproche, venant de France, est mal placé, sachant qu'en France, ce sont les 45+ qui subissent cette ségrégation.

    N'y voyez pas une réponse d'un suisse mais d'un français, installé depuis 20 ans en Suisse, qui a fait le choix de s'y installer et non d'en profiter comme il est reproché à de nombreux frontaliers dont le comportement de certaines minorités, pensant être en territoire conquis, est la principale entrave aux frontaliers. Oui, quand je vois le comportement de certains de mes compatriotes en Suisse, je n'ai pas de quoi être fier d'être français.

  • Vieilliard chasse le faux-resident avec vigueur. De vieux relents de 1940. C'est un peu notre Adolpho Ramirez a nous. Attention au lendemain du 17 mai, vous risquez de retournez aux calèches pour vous mouvoir.

  • @Nils : une charte discriminatoire est contraire aux accords de libre circulation, surtout si elle est faite à la demande de la collectivité. Les employeurs qui suivent cette charte et multiplient les offres d’emplois discriminatoires s’exposent à des sanctions dans les pays de l’Union. S’agissant su taux de chômage à Genève, bienvenue dans le vrai monde. Les marchés européens ne doivent plus être ouverts à des entreprises d’un pays protectionniste. La fin des accords bilatéraux est maintenant inévitable vu les positions de la FER, ce n’est plus qu’une question de délai. Vu l’absence d’application, la situation ne pourra pas être pire pour le genevois français et au moins nous n’aurons plus à subir les conséquences de cette hypercroissance. Ce n’est pas « cracher » sur Geneve que de dire les faits avec sincérité, cessez de prendre de travers des faits qui vous dérangent. bien cordialement,

  • @Stephane : Genève étant en Suisse, la non application des traités par Genève implique que les traités ne sont pas appliquées partout sur le territoire national suisse. Donc les traités n’étant pas appliqués par la Suisse, ils doivent être dénoncés. Mais effectivement lorsque les autorités européennes souligne ces violations genevoises, les interlocuteurs suisses sont incrédules devant tant de maladresse, d’incompétences et de négligence genevoise alors même que la Suisse a besoin de l’Union et est en pleine négociation. Cordialement

  • @Laurent Lefort : quand on pense que l’office cantonal de la population a longtemps fait des descentes au petit matin pour compter le nombre de brosses à dent chez les étrangers ou le nombre de nuit passées par un couple de part et d’autre de la frontière on se moque un peu de votre commentaire. Pour notre part nous demandons simplement à chacun de respecter les lois... comme je devais aller tous les trois ans à l’office cantonal de la population lorsque je vivais en suisse. Cela semble être au delà de vos capacités de compréhension. Pour le reste, votre commentaire prête à sourire et doit sans doute faire honte à une écrasante majorité de Genevois inquiet des dérives xénophobes ouvertes par la soumission du conseil d’état et du Grand Conseil aux thèses du MCG.

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