Assumer les conséquences d'un taux d'imposition parmi les plus faibles au monde

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Choisir les taux d'imposition les plus faibles au monde c'est bien... mais encore faudrait-il assumer l'hypercroissance du nombre de logements, des investissements, du trafic individuel, des services publics qui doivent aller avec !

Le 19 mai, les Genevois décideront du taux d'imposition des entreprises à compter du 1er janvier 2020. Le taux de 13,99% qui est proposé est parmi les plus faibles au monde. 13,99% c'est presque moitié moins que l'Allemagne et un tiers de moins que le taux réduit mis en place par Donald Trump aux Etats-Unis.

Après quelques années d'incertitude, Genève sera à nouveau extrêmement compétitive. Un tel taux fera repartir l'afflux d'entreprises multinationales.

13,99% ce serait plus d'immigration de masse. Plus d'étrangers à Genève et plus de Genevois dans le Genevois français. Plus de logements à construire au chemin de la Blonde à Vandoeuvre ou aux Grands Esserts à Veyrier. Ce serait plus d'immeuble dans les communes de villa. Mais comme 2500 logements par an ne permettent pas de loger 10 000 actifs supplémentaires par an, cela signifierait aussi environ 7500 pendulaires supplémentaires chaque année en provenance du canton de Vaud et du Genevois français : des milliers de frontaliers supplémentaires seront nécessaires à l'économie genevoise chaque année. Ce serait donc aussi plus de voitures à Soral, Chancy et Certoux et dans toutes les petites douanes du canton. En moyenne sur les 40 dernières années, ce sont 15 voitures supplémentaires par jour qui ont envahi les voiries de notre agglomération.

13,99% ce serait aussi plus d'investissements nécessaires pour accueillir environ 100'000 actifs de plus en 10 ans. Ces investissements pour préparer l'avenir et pour rattraper le passé, nécessiteraient forcément une augmentation de l'endettement, alors même que la dette cantonale est déjà abyssale.

Des dizaines de milliers d'actifs supplémentaires par an nécessiteraient également plus de services publics en terme de sécurité et de justice, de santé et mobilité. Il faudrait considérablement augmenter les fréquences du Léman Express. Il faudrait construire des écoles et recruter des enseignants. Mais faute de recettes des personnes morales il faudrait, comme à Nyon, soit baisser les prestations ou accepter les augmentations d'impôts pour les personnes physiques. Dans tous les cas, les frontaliers, en particulier les Suisses, refuseront de plus en plus de servir de simple variable d'ajustement.

C'est bien de vouloir proposer les conditions les plus attractives au monde, mais encore faut-il que Genève assume totalement ce choix d'hypercroissance. La grenouille ne peut pas devenir aussi grosse que le bœuf. 

Dans tous les cas, avant de voter, il est utile aux Genevois de savoir que la commune de St Julien a pris la décision de ne plus assumer à la place de Genève son choix d'hypercroissance. Le nombre d'autorisations de construire a été réduit de moitié ces 4 dernières années. Les logements que Genève ne réalisent pas ne se feront plus à St Julien, mais plus loin et ne pourront jamais être desservis par des transports en commun. St Julien s'opposera jusqu'au bout à la décision de Genève de refuser les enfants des Genevois installés à St Julien. Nous œuvrons depuis plusieurs années pour que Genève ne conserve plus de manière indue les impôts de 20'000 frontaliers suisses non déclarés pour un manque à gagner de 40 millions d'euros par an.

Quelques soit le choix des Genevois le 19 mai, ils devront tôt ou tard l'assumer.

Lien permanent 7 commentaires

Commentaires

  • Monsieur Vieillard, sachez quand même que 13.99%, c'est plus que ce que la plupart des sociétés multinationales (celles qui ont jusqu'à maintenant généré la croissance supposément excessive que vous dénoncez).
    Voter pour 13.99%, ce n'est pas faire le choix de la croissance, mais celui d'un possible statu-quo, voire à tout le moins d'une non-décroissance. C'est en tout cas la condition pour que Genève n'explose pas en vol...
    Cordialement,

  • Bonjour,

    Effectivement c’est un taux plus élevé pour certaines entreprises... mais 1) qui restera l’un des plus faible au monde donc toujours attractif... et plus attractif que l’incertitude de ces 5 dernières années et 2) il n’y aura plus besoin d’un statut spécial pour en bénéficier. L’afflux sera plus important. Par ailleurs, je vous rejoins l’issue de toutes les fuites en avant c’est la chute... pour la retarder on peut accélérer, mais la chute n’en est que plus violente. Il est aussi possible de changer petit à petit de modèle pour une croissance plus endogène, plus équilibrée, plus modérée et plus assumée. Un taux de 20% resterai parmi les plus faibles au monde et permettrait cette transition. Cordialement,
    Antoine Vielliard

  • Assumer, mais on le fait deja. Les populations assument la folie, le besoin d’être réélus, les délires des politiciens au Pouvoir et on assume des deux coté de la frontière. Si vous, les politiciens ne voulez plus être responsable alors laissez donc la place a d'autres qui eux assumeront. Concernant le logement je constate chaque jour a Genève beaucoup d'habitants de France, de l'UE et d'ailleurs qui se retrouvent trop nombreux dans des petits logements. Et vous seriez vous prêt a vivre avec enfant dans des logements de 14 m2 ? C'est le cas de mes voisins qui ont fuit votre belle UE et votre belle France qui précarisent leurs populations un peu plus chaque jour.

  • Bonjour,
    Il faudrait pour que votre démarche soit efficace , que l'ensemble des communes de "France voisine" adopte cette même démarche, ce qui est loin d'être le cas.
    Pourquoi ne nous donnez-nous pas d'informations sur le nombre d'autorisations de construire au le niveau de la Communautés de Communes du Genevois français, et les autres Communautés de Communes ? On aimerait savoir lesquels adoptent la même (excellente )position que vous.
    Pour info , ces informations n'existent pas sur le site de la CCG.
    Cordialement

  • M. le Maire, il me semble que vous vous occupez d'un problème qui concerne la Suisse et, de ce fait, ne vous concerne pas ! Il me semble que la France à des problèmes plus important mais que vous n'en parlez jamais sur vote blog. Pourquoi ? Seriez-vous envieux des résultats économiques de mon pays alors que le votre est en plein marasme ? Je suis toujours surpris lorsque je constate que, par exemple, les infirmières françaises préfèrent travailler à Genève plutôt qu'à St.-Ju ! Si la seule raison est le salaire alors payez correctement vos compatriotes et ces personnes resteront dans votre pays car on ne fait pas 50 ou 100 km. par plaisir mais pas intérêt financier.

  • Excellent billet, bravo.

  • Bonjour,
    Il est intéressant d’observer que, dans vos propos, nulle référence à votre cher et beau pays. Les comparaisons de taux d’imposition sont allemande et américaine, pas française, et pour cause ! Vous présentez le Canton de Genève comme responsable de tous les maux. Pourtant, si vos compatriotes viennent de partout envahir la zone frontalière pour travailler à Genève, c’est bien qu’ils ont un souci dans leur propre pays, non ? Mais là-dessus, pas un mot non plus. Vous n’épinglez que les Suisses qui s’installent dans votre zone. Pourtant, ce sont des régionaux. À la différence de tous ceux qui affluent de toute la France. Je trouve donc votre argumentation bien partiale.

    Pour autant, je vous rejoins volontiers sur vos constats principaux: l’absence, dans le Grand Genève, d’une politique des transports faisant fi des frontières est en effet catastrophique; le fait que les communes françaises telles que la vôtre deviennent l’exutoire du Canton est en effet inadmissible. Mais, quand on voit le différentiel énorme d’attractivité économique des deux côtés de la frontière, il est difficile d’imaginer que tout puisse se passer sans accrocs...

    Une anecdote finale:

    Avant la Grande Guerre, il y a maintenant plus d’un siècle, un lointain grand oncle italien de la famille de ma femme était frontalier: il habitait Carouge mais travaillait ... à Saint-Julien, car c’est là qu’il y avait du travail.

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