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29/06/2018

Chômage des frontaliers : être juste ou ne pas l'être

Voilà maintenant plusieurs décennies que les frontaliers cotisent à l'assurance chômage suisse... mais sont indemnisés par l'assurance chômage française. Qui a déjà vu quelque part au monde, que quelqu'un qui paie une cotisation d'assurance à une institution soit indemnisé par une autre !?!?! C'était jusque-là la stricte application d'un règlement européen qui a pu avoir du sens il y a quelques décennies lorsque les flux frontaliers étaient moins importants et plus équilibrés entre pays de l'Union. La situation est aujourd'hui intenable, particulièrement à la frontière suisse.

La décision prise par l'Union Européenne de veiller à ce que ce soit le pays qui perçoit les cotisations qui indemnise est une décision de simple bon sens. Même Mauro Poggia le reconnait dans un interview au journal Le Temps vendredi dernier.

L'UDC a raison aussi d'affirmer que ce n'est pas dans l'intérêt immédiat de la Suisse de payer ce qu'elle doit au titre des cotisations perçues. C'est conforme à l'idée blochérienne que les pays n'ont que des intérêts mais pas d'amis. Quand on ne se préoccupe que d'intérêts on ne se préoccupe pas de justice et de bon sens.

Cette question est symbolique des questions qui se posent à la Suisse avec l'UE, et par ailleurs à Genève avec le Grand Genève : "doit-on défendre exclusivement nos intérêts ou aussi des valeurs conformes à la culture nationale?". Si on ne défend que des intérêts alors l'UDC a raison, la Suisse ne doit pas payer pour le chômage des frontaliers, si on estime que des valeurs de justice et d'équité sont importantes pour les Suisses, alors il est normal que la Suisse paie les indemnités pour des cotisations qu'elle perçoit depuis longtemps.

Les pays qui suivent le concept blochérien d'intérêt exclusif finissent par ne plus avoir d'amis. Cependant, dans un monde multipolaire et global tel que celui d'aujourd'hui les pays ont sacrément intérêt à avoir des amis et donc à guider leur action par quelques valeurs élémentaires de justice et d'équité.

Il est donc non seulement juste, mais aussi à moyen terme dans l'intérêt de la Suisse de payer les indemnités chômage d'actifs dont elle perçoit les cotisations.

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26/06/2018

Un marché = une préférence locale

Les discussions en cours sur le Brexit ont très clairement permis de rappeler que l'accès aux marchés européens est indissociable de la libre circulation des personnes. La raison en est simple : si l'on accepte que les biens puissent circuler librement mais pas les personnes, on accepte alors qu'un seul pays s'accapare les richesses de tout un continent. Une telle disparité des richesses, en s'aggravant année après année, décennie après décennie au sein d'un même continent, conduirait inévitablement à la guerre. C'est le contraire du projet européen d'une paix fondée sur une prospérité partagée.

La préférence indigène est incompatible avec la libre circulation des personnes. Elle est incompatible avec la poursuite de la voie bilatérale. La Suisse ne peut pas demander à ce que l'Europe continue de laisser ses marchés ouverts aux entreprises suisses alors même qu'elle ferme son marché de l'emploi aux européens. La multiplication des entraves à la libre circulation est une menace pour la Suisse elle-même. Au fur et à mesure que ces entraves se multiplient, la probabilité d'une activation de la clause guillotine augmente. La clause guillotine est bien plus rude qu'un simple Brexit : elle arriverait en 6 mois au lieu de 2 ans, et sans négociation d'un accord pour l'avenir. Il serait utile que les entreprises qui aujourd'hui discriminent les Européens sous la menace des autorités connaissent mieux les risques de la clause guillotine.

On me demande parfois pourquoi un chômeur suisse accepterait qu'un emploi suisse soit accordé à un européen. Il y a de nombreuses réponses à cela. La Suisse n'a pas le monopole du chômage. Les pays de l'Union connaissent bien, et mieux que la Suisse, la difficulté d'un monde plus concurrentiel. Ce sont des réponses que nous faisons souvent à des chômeurs français lorsque nous expliquons pourquoi des marchés publics de St Julien sont très volontiers confiés à un architecte genevois, à une PME Genevoise, la société Innovatio Média ou encore aux TPG. L'ouverture des marchés augmente le nombre total d'emplois parce qu'il permet une meilleure efficacité économique. La concurrence est plus dure, mais elle génère plus d'emplois. L'exemple de la Suisse est la meilleure preuve de l'efficacité de cette ouverture sur la création d'emplois : elle est passée soudainement de la décroissance et de la stagnation dans les années 90 à la prospérité dès qu'elle a pu accéder aux marchés européens au début des années 2000. Dès lors que la Suisse veut avoir accès aux marchés européens, les emplois qui sont situés en Suisse ne sont plus des emplois Suisses mais bien des emplois européens.

La Suisse est souveraine. Elle peut à tout moment remettre en place les quotas et les discriminations des années 90... mais elle doit pour cela d'abord renoncer à l'accès aux marchés européens et à la prospérité qui va avec : la situation sera alors beaucoup plus difficile pour les chômeurs suisses. Si elle discrimine les européens, alors il faut qu'elle s'attende à ce que l'Europe lui ferme aussi ses marchés en retour. Pour ma part, je suis profondément révolté lorsque je constate qu'une régie publique telle que les TPG profite des bilatérales pour aller candidater à des marchés en France et discrimine ensuite les ressortissants Européens lorsqu'elle se voit attribuer ces mêmes marchés publics.

Pour ma part, je veillerai à ce que chaque entrave à la libre circulation des personnes soit dûment communiquées aux autorité Européennes et Françaises : école, emploi, représentation syndicale... Je veillerai à l'avenir que les cahiers des charges des marchés publics excluent les régies et les entreprises suisses et européennes qui ont des politiques discriminatoires contraires aux accords de libre circulation des personnes.

Enfin, si la Suisse souhaite réduire l'afflux migratoire, alors il lui suffit de moduler sa fiscalité des entreprises, car forcément, + de multinationales = + de multinationaux.

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14/06/2018

La voisine de Cyril Aellen était abasourdie

Hier, je suis allé frapper à la porte de la voisine de Cyril Aellen. Cela faisait quelque temps que j'avais envie de faire sa connaissance et de discuter avec elle. Je lui ai amené une boite de chocolat et elle m'a invité à boire le thé, nous avons discuté.

"Vous trouvez pas que vous exagérez un peu à intervenir sans cesse dans le débat à Genève" a t'elle commencé. Je lui ai répondu qu'il me semblait que c'était Genève qui exagérait à reporter sur le Genevois français toutes les nuisances de sa croissance : construction de logements, développement des services publics, mobilité.

Je l'ai informée que les plus grandes multinationales étrangères à Genève payaient moins de 1% d'imposition des entreprises contre 24% pour les entreprises genevoises. Elle se demandait bien pourquoi son voisin lui avait parlé d'une moyenne de 11%. J'ai insisté et lui ai confirmé que les plus grandes entreprises étrangères, celles qui on fait venir des milliers de personnes à Genève depuis 20 ans, paient moins de 1% d'impôts. Elle était révoltée. "Mais qui a fait ça sans que les Genevois le sachent ?" "Pourquoi les Genevois ignorent cela ?" J'ai trouvé qu'elle posait une bonne question et je me suis dit qu'à l'occasion du prochain vote sur la fiscalité des entreprises il serait utile que les Genevois puissent en savoir plus sur les "forfaits" fiscaux qui ont été accordés par quelques individus au nom du peuple Genevois sans l'en informer.

Elle habitait dans un très grand appartement. Ses enfants avaient quitté le domicile familial et 2 chambres étaient inoccupées. Elle n'a pas souhaité m'indiqué le prix de son loyer. Mais j'ai bien compris qu'elle payait un loyer fixé de longue date, particulièrement faible pour un appartement très grand. Je l'ai informée qu'à Genève 30% des chambres sont inoccupées la nuit. On pourrait appeler cela des chambres froides, de quoi accueillir la population attendue pour les 30 prochaines années, si la pénurie était partagée entre toutes les générations plutôt que d'être supportée uniquement par les jeunes ménages. D'ailleurs, effectivement l'un de ses deux enfants habite à Ville-la-Grand. Je lui ai dit qu'elle n'était pas la seule dans cette situation. Depuis que Genève attire 10 à 15 000 emplois par an et ne construit que 1000 à 1500 logements, ce sont 3500 Genevois par an qui quittent le canton. Elle était franchement ahurie d'apprendre que le nombre de Genevois augmente 6 fois plus vite en France que dans le canton de Genève. J'ai du lui répéter cela plusieurs fois et lui montrer les chiffres officiels pour qu'elle me croit. "Mon voisin ne me dit jamais tout cela" a t'elle ajouté.

"Mais tout de même ça fait beaucoup de frontaliers !" Je lui ai répondu que tant que le canton voulait se comparer à New York et Singapour pour sa politique économique mais au Gros de Vaud pour son développement urbain, mathématiquement il créait 15 pendulaires supplémentaires chaque jour sur les routes de notre agglomération. "Vous voulez dire que nous créons autant de frontaliers supplémentaires ?". J'ai hoché de la tête.

"Sur les P+R vous pourriez quand même les payer avec tout l'argent qu'on vous donne". Je l'ai informée que les frontaliers payent environ entre 6 à 8000 francs d'impôts chacun en moyenne et que le canton en reverse environ 2000 aux collectivités françaises. L'essentiel est conservé par le canton de Genève. Cela devrait permettre de participer au financement de P+R en France. D'ailleurs, ensemble on s'est demandé ce que le canton de Genève faisait pour les frontaliers avec leurs impôts ?

"Vous n'aimez pas Genève ?" m'a t'elle demandé. Comment pourrais-je ne pas aimer mon canton natal ? Celui qui m'a vu grandir et qui m'a appris tant de choses ? C'est précisément parce que j'aime Genève que je n'accepte pas que le canton ne tienne pas ses engagements : sur les 2500 logements par an promis en 2008, ou sur le cofinancement des infrastructures transfrontalières promis en 2012. Mais surtout sur la mise en œuvre effective des contreparties des accords de libre circulation des personnes. Tant que la prospérité du canton est fondée sur l'accès au marché européen, il serait judicieux pour lui d'appliquer les accords bilatéraux en luttant contre toutes les discriminations et entraves à la libre circulation : sinon il risque tôt ou tard de voir l'Union Européenne constater les manquements et activer la clause guillotine. "On a pourtant bien le droit de préférer les nôtres". "Oui, si vous renoncez d'abord aux avantages et à la prospérité que vous procure l'accès aux marchés européens. Mais tant que vous en profitez, il faut les appliquer ou prendre le risque de les voir annuler." lui ai-je répondu en ajoutant, malicieusement et avec un sourire, "On ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre, Madame.".

"Vous en profitez bien à St Julien de cette croissance" a t'elle objecté. Je lui ai répondu que la croissance des recettes communales liées à la croissance démographique s'élevait à environ 150 à 300 000 euros selon les années. Mais que dans le même temps, nous devions ouvrir en moyenne 1,5 salles de classe par an et qu'une salle de classe et ses annexes coûtent environ 600 000 euros. Nous devons donc investir 900 000 euros supplémentaires par an... avec 150 000 à 300 000 euros de recettes supplémentaires par an. La croissance des besoins d'investissement est supérieure à la croissance des recettes.

"Arrêtez de construire alors" m'a t'elle dit. Je lui ai répondu que nous devions tout de même bien loger nos jeunes, nos caissières, nos enseignants et que si nous limitons strictement, seuls les Genevois auraient les moyens de se loger à St Julien. Mais, désormais nous imposons aux promoteurs 25% de logements sociaux et pas plus de 200 logements par an. Soit Genève construit suffisamment, soit ses futurs frontaliers viendront d'Annecy et Chambéry. Mais St Julien ne pourra plus construire à la place de Genève.

C'était un échange très instructif. Elle m'a avoué qu'elle était plus souvent allée à Paris et New York qu'à Ferney ou St Julien. Qu'elle ne connaissait du Genevois français que les automobilistes et les supermarchés. Qu'elle se demandait bien comment faisait les caissières pour vivre dans le Genevois avec le SMIC. Qu'il serait bien utile que les Genevois connaissent un peu mieux le Genevois français. On s'est promis de se revoir.

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05/06/2018

PAV : même le PLR conteste le modèle d'hypercroissance de Genève

Je n'en reviens pas ! Même le PLR commence à s'interroger sur le modèle d'hypercroissance du canton de Genève. 12400 logements sur les prochaines décennies dans le gigantesque secteur de la Praille, des Accacias et de Vernets serait donc trop pour les caciques du PLR.

Pourtant, depuis des décennies ans que Genève rêve de se faire aussi grosse que le bœuf sans jamais construire de logements pour ses habitants, elle a chassé des limites cantonales 3500 Genevois par an. Aujourd'hui entre 40 et 50 000 Genevois vivent en France. Le nombre de Genevois augmente 6 fois plus vite en France qu'à Genève. Mais construire rapidement des logements pour quelques uns de ces Genevois est un effort trop important pour le PLR.

En toute cohérence, si le PLR refuse de construire rapidement des logements au PAV, on peut s'attendre à ce qu'il propose de veiller à ce que le canton de Genève n'ait pas ces prochaines années l'un des taux d'imposition des entreprises parmi les plus faibles au monde. On peut s'attendre à ce que le PLR renonce à faire venir entre 10 et 15 000 emplois par an... pendant qu'il construit 10 fois moins de logements !

Au cas où le PLR ne se souviendrait plus de ses positions sur le PAV, lors de la prochaine votation sur l’imposition des entreprises, il est sans doute utile de faire des copies d’écran et de garder les arguments de campagne pour les mettre demain face à leur contradiction. D’un côté, le PLR trouve toujours une mauvaise excuse pour ne pas construire de logement, ici et maintenant, (pas comme ça, pas autant, pas ici, ni là, pas tout de suite) mais de l’autre c’est depuis 40 ans qu’il fait venir des emplois et les employés qui vont avec.

En revanche, il est intellectuellement et moralement inadmissible de défendre une hypercroissance économique et une absence de croissance urbaine. Comment reporter tous ses problèmes sur ses voisins ? Comment se regarder dans une glace quand on chasse la jeunesse genevoise du canton ? Comment défendre l'idée que ce modèle de croissance serait rentable pour le canton alors même qu'après 20 ans de ce modèle, les charges d'investissement étant toujours plus lourde, le canton a une notation financière encore plus déplorable que la note de la France pourtant en faillite ?

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