14/03/2018

Les frontaliers, les juifs, les noirs et les arabes à Genève

yellow white black.jpgIl y a quelques années un éminent membre du Conseil d'Etat me faisait part de sa consternation devant les proportions que prenaient à Genève la haine des frontaliers. "Si on changeait le mot frontalier par juif, noir ou arabe, il n'y aurait pas assez de places à la prison de Champ-Dollon pour enfermer tout le monde." me disait-il.

Quelques années plus tard, alors que se termine une législature dont les historiens analyseront un jour les dérives, il est nécessaire de faire le bilan de l'action du Conseil d'Etat au prisme de ce conseil de l’un de ses membres. Force est de constater que les slogans de haine d'hier qui révoltaient tous les Genevois sont devenus aujourd'hui des politiques publiques dans l'indifférence générale.

Lorsqu'Eric Stauffer il y a quelques années allait dans la surenchère du slogan "Onex, commune zéro frontalier", cela lui valait d'être viré du conseil administratif d'Onex et viré du MCG. Même le plus xénophobe des partis genevois estimait qu'il allait trop loin. Aujourd'hui, Luc Barthassat peut affirmer sans vergogne "TPG régie zéro recrutement frontalier", le lendemain même de l'attribution par la France d'un marché de transport aux TPG, sans que personne ne trouve rien à y redire, pas même le procureur. Les partis de gouvernement ont abandonné le combat des valeurs humanistes et démocratiques. L'élève Barthassat a dépassé son maitre Eric Stauffer. Suffit-il de parler le plus fort pour imposer ses vues au Conseil d'Etat ?

Alors faisons jusqu'au bout l'exercice pratique recommandé par cet éminent Conseiller d'Etat, et remplaçons le terme frontalier par les mots juifs, arabes ou noirs. Il n’y a plus besoin de le faire seulement sur des commentaires anonymes postés sur des sites internet, mais bien sur des mots et des politiques du Conseil d’Etat, qui se sont placées au même niveau de caniveau :

  • "Genève veut moins d'élèves noirs à l'école" titre d'un article de journal
  • "Mauro Poggia exige le licenciement de l'un des deux arabes recrutés à la fondation Clair Bois" (Le Temps)
  • "Clair Bois recrute deux juifs : Poggia tempête" (La Tribune de Genève)
  • "A Genève, ses arabes dont personne ne veut" (Le Temps)
  • "Les juifs, trop c'est trop" (Coup de gueule de Mauro Poggia dans GHI)
  • "Les noirs stop" (publicité acceptée par la Tribune de Genève)

Comment réagirait le procureur si une régie publique publiait chaque année le nombre de juifs, d'arabes ou de noirs qui ont été recrutés. Certaines publient pourtant le nombre de recrutement de frontaliers !

Où sont passées les valeurs libérales du PLR, les valeurs humanistes du PDC, les valeurs mondialistes des Verts et des socialistes ? A quoi bon critiquer le MCG si c'est pour mettre en œuvre ses politiques ? Où sont passés les intellectuels, les associations de lutte contre la haine ? Où sont passés les citoyens ?  Où sont passés toutes les consciences qui avec nous répondaient à Soli Pardo "Nous sommes tous des racailles" ? Où est passé l'esprit de Genève ? Où est ce phare mondial des valeurs de paix et humanisme ? Henri Dunant réveille-toi, ils sont devenus fous !

 

PS : j'ai eu l'occasion de m'exprimer sur ce sujet au Club de Radio Lac à écouter ici.

 

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