10/07/2013

L'avenir de la compétitivité de la place financière Suisse !

La compétitivité de la place financière suisse est un sujet d'inquiétude pour tous ceux qui sont attachés à l'économie de notre région. La place financière suisse et particulièrement sa partie genevoise, a des retombées économiques importantes pour le Genevois français : emplois et richesses en particulier (même si la fiscalité du revenu est touchée essentiellement par Genève).

Les témoignages autant que les statistiques indiquent que l'augmentation du taux de chômage ces derniers mois est liée en partie aux difficultés de la place financière. A en croire les banquiers privés, les prochains mois s'annoncent pires.

Comme beaucoup d'autres, je suis inquiet de la compétitivité de la place financière suisse. Pas vraiment en raison de l'échange automatique d'information et l'évolution du secret bancaire pour les non résidents. Cette fin est annoncée depuis plus de 20 ans. Depuis 20 ans que les échanges se mondialisent et que les économies s'entremèlent, il est de moins en moins tenable de faire de la complicité de fraude fiscale au détriment des pays partenaires une industrie nationale. Voilà 20 ans que l'émergence sur internet d'une société civile mondiale, rend intenable la complicité de la Suisse à la fraude fiscale massive au détriment des milliards d'honnêtes contribuables de la planète. Une industrie performante et agile ne peut pas craindre une évolution réglementaire annoncée depuis plus de 20 ans et qui se met en place si lentement.

Ce qui est beaucoup plus inquiétant pour la compétivité de la place financière suisse, c'est l'absence de stratégie alternative à cette évolution annoncée. La place financière suisse a eu 20 ans pour préparer une autre compétitivité que la complicité de fraude fiscale : une compétitivité fondée sur l'expertise et la compétence. Une compétitivité qui aurait pu émerger de la création de l'Ecole Mondiale de la Banque Privée. Une école qui aurait été à la banque privée ce que l'Institut Universitaire des Hautes Etudes Internationales et du Développement est à la diplomatie de la Genève internationale. Une école vers laquelle aurait afflué les élèves les plus brillants de Hong Kong, Singapour, New York ou Monaco.. et qui les aurait convaincu de rester ici pour rester les meilleurs. Une école qui aurait formé les meilleurs banquiers privés : des banquiers qui construisent une réputation de performance sur le long terme. Des banquiers qu'on s'arracherait pour leurs conseils.

Rien de cela à ce jour. Les conseils de certaines banques privées relèvent plus de la vente forcée de produits maisons si possible à forte marge, plutôt que du conseil indépendant visant à une allocation d'actifs pertinente au bénéfice mutuel de l'économie mondial et du client. De ce que je peux en voir, le produit net bancaire, la marge et la rentabilité à court terme influencent manifestement plus le conseil au client que la performance du portefeuille du client.

Au lieu de créer cette école mondiale de la banque privée et d'investir dans l'avenir de la place financière, les banquiers privés ont préféré profiter à plein des dernières années du secret bancaire. La fin approchant, ils transforment leurs sociétés de personnes en sociétés en commandite pour protéger le capital familial des éventuelles répercussions juridiques d'une fraude fiscale aussi massive.

Mon inquiétude est renforcée par l'attitude de certains élus, qui plutôt que de regarder l'avenir et d'oeuvrer au maintien d'une compétitivité dans un contexte réglementaire nouveau, tentent de jouer la montre, de refuser les évolutions inévitables. Ils défendent l'indéfendable. Ils reprochent aux banquiers leurs errements. Sont ils assez naïfs pour découvrir si tard que leurs lois sur le secret bancaire pour les non résidents a assez peu d'autre utilité que la complicité de fraude fiscale ? Ils accusent les pays tiers d'impéralisme.. mais voudraient eux même décider du niveau de fiscalité des pays tiers et empêcher ces derniers d'appliquer leurs lois fiscales à leurs propres résidents. Ils persévèrent à défendre l'idée d'une Suisse hors du monde qui pourrait aussi fortement nuire aux intérêts de pays dont son économie est interdépendante. Ils s'offusquent de lois américaines extraterritoriales mais ne trouvent rien à redire à l'extension du secret bancaire aux non résidents. Ils revendiquent avec force leur légitime souveraineté, et nient avec autant de force la souveraineté des autres pays à déterminer leurs lois fiscales. Ils empêchent les banques de trouver des solutions pérennes au règlement du passé et du passif ! Ils voient le mur... et ils accélèrent !

Je suis très inquiet pour la compétitivité d'une place financière qui n'a pas assez préparé son avenir et d'élus qui voudraient la figer dans le passé !

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