26/02/2013

L'histoire de gros sous derrière la vidéo de "Robert le frontalier"


L'Office Cantonal de l'Emploi a utilisé une vidéo pour lutter contre la "fraude" aux allocations chômages qui dénonce en des traits un peu caricaturaux Robert le frontalier, qui donne une fausse adresse en Suisse pour bénéficier de l'assurance chômage suisse.

Le Parti Socialiste genevois en fait une polémique. Comme d'habitude, aux yeux des socialistes, dès qu'on met en place un système de lutte contre les fraudeurs il s'agit forcément de stigmatisation, de généralisation abusive... je crois au contraire que la préservation de nos systèmes sociaux exige que la gestion en soit sans cesse améliorée. Il n'y a rien de plus délétère pour nos systèmes de protection sociale que le discrédit que jette sur eux les fraudes. Elles sont souvent marginales, mais chaque cas décrédibilise l'ensemble du système. Ceci dit, la vidéo manque de subtilité... et il est curieux d'associer à la fraude l'homme, célibataire et sans enfants.

Ce qui me semble beaucoup plus interessant dans cette vidéo, c'est l'attention portée par l'Office Cantonal de l'Emploi sur le fait que les chômeurs Suisses installés en France faute de logements dans le canton soient indémnisés en France. Ils sont entre 20 000 et 40 000 Genevois qui faute de logements ont du s'installer en France. Ils travaillent presque tous à Genève, paient leurs impôts et surtout leurs cotisations chômage à Genève ! Mais dès que ces personnes sont au chômage, Genève les oublie... ou plutôt non, les traque comme Robert ! C'est une absurdité du droit européen que de cotiser dans un pays et d'être indémnisé dans un autre. Une absurdité qui sera corrigée dans les prochains mois. Les règlements ont déjà changé récemment puisque le pays de travail doit payer au pays de résidence les 5 premiers mois de chômage.

Une absurdité qui n'est pas sans conséquence sur la solidarité régionale. Un DRH me racontait que lorsqu'il a du annoncé un plan de licenciement collectif à un conseiller d'état romand, la première question qui lui a été posée était le nombre de frontaliers : qu'ils soient suisses ou français, ces frontaliers licenciés ne seraient pas comptés dans ses statistiques de chômage.

Une absurdité qui n'est pas sans conséquence sur les équilibres économiques dans notre région. Genève touche environ 300-400 millions de francs de cotisation chômage de frontaliers sans avoir à en assumer les risques.. la Haute-Savoie et l'Ain au contraire paient environ 420 millions d'indémnisation chômage de frontaliers. Un montant qui correspond à la totalité des cotisations patronales pour le chômage de tous les employeurs de Haute-Savoie. Le paradoxe étant que les indémnisations des frontaliers sont si élevées que la Haute-Savoie a la particularité d'être l'un des départements de France avec le plus faible taux de chômage mais la plus longue durée d'indémnisation et le montant d'indémnisation le plus élevé !

L'argent du frontalier est sans doute l'une des explications du peu d'empressement à construire des logements : 300 millions sur les cotisations chômages, 600 millions d'impôts à la source, un montant qu'il faudra estimer sur les allocations familiales..etc..etc... Robert est très profitable au canton de Genève : quand il travaille il cotise à Genève, quand il est au chômage, il est à la charge de la France. C'est un business extrêmement rentable que de chasser la jeunesse genevoise du canton en favorisant la pénurie de logements ! 

Commentaires

Pour éviter toute dérive (exploitation état français ou concurrence déloyale envers les genevois), il faut que l'ensemble des taxes (impôts, assurances maladie, chômage, etc.) soient payées sur le lieu de résidence. Donc cotisation chômage OUI (Genève s'en fout, c'est Berne qui paye). Mais AUSSI, les impôts. Ainsi Genève n'a plus intérêts à préférer un frontalier et construira et les communes du genevois n'auront plus intérêt à construire comme des malades pour toucher une manne qui n'existera plus car empochée par Paris. Mais de tout ça, il ne faut pas trop parler...chut! Que Genève et le Genevois français arnaque Paris de plus d'1 milliard par année, il ne faut pas trop en parler.

Écrit par : Loen Stravinski | 26/02/2013

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