01/11/2012

Grand jeu concours : cherchez 10 criminels aux frontières sur 500 000 véhicules par jour

Un nouveau braquage à Thônex et le mythe de l'efficacité des contrôles aux frontières revient. Ceux qui savent ce qu'est une frontière, savent aussi que des gardes frontières sont une solution illusoire aux problèmes de sécurité de Genève.

Mais si seulement les gardes frontières fédéraux avaient les effectifs pour les postes frontières les plus importants, ils devraient alors essayer d'identifier 10 criminels sur 500 000 véhicules jours : 10 criminels qui auraient vite fait d'utiliser d'autres passages. Maintenant que les braquages sont piétonniers, il faudrait alors des gardes frontières dans chaque bois, chaque champ et chaque fossé le long des 110 km de frontière genevoise. Quand bien même Genève mobiliserait toute l'armée pour surveiller ses 110km, les criminels en question passeraient dans les cantons voisins ou par les montagnes.

D'un point de vue communication politique, l'opération serait peut être rentable : elle est tellement en ligne avec le mythe fondateur d'un pays hors du monde derrière ses montagnes. Elle donnerait l'illusion de l'action aux plus de 200 000 Genevois qui traversent la frontières chaque semaine. Avec aussi peu de résultats opérationnels que de chercher chaque jour une nouvelle aiguille dans une nouvelle botte de foin.

Si vraiment, la puissance publique a des effectifs mal utilisés, alors il serait peut être plus utile de les affecter aux lieux de criminalité : les coins de rue de la ville de Genève par exemple. Des coins de rue qui manifestement sont mieux gardés par les réseaux de dealers que par la puissance publique. Les clients qui font vivre ces dealers pourraient être sanctionnés et harcelés comme le propose le Conseiller d'Etat en charge de la sécurité.

Une autre politique pourrait consister à développer les moyens de paiement électroniques et les virements transfrontaliers pour éviter qu'il y ait autant de cash dans les caisses des bureaux de change, des stations service et des commerces frontaliers. Certaines banques font de telles marges outrageuses sur les virements transfrontaliers qu'une partie importante des 35% d'actifs frontaliers vont faire du change manuel en fin de mois ou dépensent en cash dans les stations services. En raison de ces marges banquaires sur les virements frontaliers ce sont plus de 100 millions de CHF qui sont changés manuellement à chaque fin de mois. Une mine d'or en plein air pour les braqueurs.

Coté coopération transfrontlière, la sécurité est l'un des domaines où les choses fonctionnent bien. Les forces de police et de gendarmerie se connaissent personnellement, sont en contact direct permanent, collaborent efficacement. En revanche, les effectifs de gendarmes et de policiers dans le Genevois français sont affectés relativement à la population. Nous aurons 10% d'effectifs supplémentaires lorsque les 20 000 actifs Genevois installés en France sans y être déclarés régulariseront leur situation. Les autorités cantonales peuvent contribuer à ce que ces régularisation aient lieu. Je sens peu d'enthousiasme à coopérer sur cette question là.

Mais les demandes habituelles de gardes frontières ne relèvent que de la com' sans lendemain car de toute façon il n'y a pas à Genève assez de logements pour loger les gardes frontières et les policiers supplémentaires dont notre région a besoin. Déjà la moitié des électeurs supplémentaires du canton de Genève n'ont pas pu se loger dans leur propre canton et résident en France : 40% des actifs frontaliers qui passent ces frontières sont des Genevois qui n'ont pas pu se loger ni à Thônex ni ailleurs dans le canton. Alors imaginez comment un policier Vaudois ou Valaisan (car ils doivent être de nationalité suisse) pourrait trouver à se loger s'il lui prenait l'envie de venir en renfort. Pourquoi même viendrait-il dans un canton dont le coût des logements réduirait son pouvoir d'achat par rapport à sa situation actuelle ? Pourquoi venir dans un canton dont les conditions de mobilité déclinantes conduiraient à une réduction de sa qualité de vie ?

Notre région est très attractive pour les évadés fiscaux et leurs avocats, pour les traders et les collaborateurs de multinationales dont les employeurs cherchent à ne plus payer d'impôts. Par ricochet, elle est très attractive pour les dealers, les cambrioleurs et les braqueurs. Mais faute de logements suffisants pour les familles, elle n'est pas attractive pour les gardes frontières, les policiers, les infirmières, les enseignants dont notre région a besoin.

Si Thônex veut des gardes frontières et des policiers en effectifs suffisant, il faudra qu'elle, et ses voisines, construisent des logements en nombre suffisant. Des logements pour ses enfants qui aujourd'hui émigrent en masse de leur commune et de leur canton. Des logements pour que les policiers et les gardes frontières, comme les infirmières et les enseignants, puissent se loger à des coûts abordables. Mais voilà, depuis 30 ans, la commune de Thônex n'a eu de cesse de retarder et réduire le projet des communaux d'Ambilly.

Commentaires

Une frontière a deux cotes.
Que fait la France ?
Les problèmes sociaux sont chez vous et ne sont pas dus a un manque de logements en Suisse.
Prenez vos responsabilités.
Si il n'y avait pas Geneve, votre région serait sinistrée.
J 'avais propose de saisir l'occasion des élections présidentielles pour parler avec les candidats des problèmes de la région.
Ni Hollande, ni Sarkosy, ni Bayrou n'ont voulu dialogue en venant a Genève.
What Else ?

Écrit par : Bertrand Buchs | 01/11/2012

Bonjour M. Buchs,

C'est une manière de voir les choses assez originale. La France n'a pas grand chose à voir avec les dealers qui sont aussi surement à chaque coin de rue de Genève que les feux rouges qui y régulent le trafic. A vrai dire, même, la situation devient assez catastrophique pour le Genevois français. Les tarifs des drogues dures sont trois fois inférieurs à Genève que partout ailleurs en France. Les consommateurs font des milliers de kilomètres pour se fournir à Genève. A Annemasse la proportion de personnes suivies dans des programmes de méthadone est trois fois supérieure à ce qu'elle est ailleurs en France dans des agglomérations comparables... mais effectivement, la situation n'est pas près de s'améliorer avec des remarques du type "les problèmes sociaux sont chez vous"... ou encore "S'il n'y avait pas Genève, votre région serait sinistrée"... auquel on pourrait répondre "Vous exportez vos problèmes sociaux avec votre population" et "Genève serait sinistrée si elle ne touchait pas 600 millions d'euros par an des frontaliers et si 35% de la production de richesse n'était pas le fruit du travail des actifs frontaliers." ce qui serait un dialogue assez absurde vu notre interdépendance et qui en plus ne permettrait pas d'élaborer des solutions efficaces.

A vrai dire selon les dires de certains avocats, si la criminalité vient à Genève c'est notamment parce que les forces de polices françaises se montrent de plus en plus efficace, et les peines peu sévères ici.

Les forces de police et de gendarmerie collaborent activement et fortement avec leurs homologues suisses. Mais il est vrai que lorsqu'il y a une telle concentration de richesses en raison de la politique fiscale de préférence étrangère, il n'est pas étonnant que la délinquance et la criminalité arrivent aussi vite.

Pour ce qui est des candidats à la présidentielle, pensiez vous sincèrement que cela pouvait être leur priorité que de venir débattre à Genève en pleine période électorale ?

Cordialement,

Antoine Vielliard

Écrit par : Antoine Vielliard (St Julien en Genevois) | 01/11/2012

@BB. L'arrogance affichée et le contentement de soi correspond a ce que me decrivent souvent mes compatriotes vaudois a l'egard des genevois. J'avais toujours du mal a les suivre sur ce terrain. Je ne pensais pas que cette attitude viendrait d'un democrate chretien, ou plutot d'un responsable politique sensé apporter des solutions devant des constats d'echec.
Votre 1000eme billet sur les dechets dans la rue tend a prouver que votre vision des priorités politiques baisse ou que le cumul des fonctions professionnelles n'est pas compatible pour faire preuve d'un reel sens de discernement que l'on attend d'un personnage public.
Il est temps de passer la main Mr Buchs.

Écrit par : Damataire | 02/11/2012

simple question combien de suisses travaillent dans l'administration française,a Genève c'est plus de 7000 pas mal!!! il me semble que vous touchez des primes a Genève

R.Bovo

Écrit par : bovo raymond | 06/12/2012

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