07/12/2011

Agglo genevoise : "Range tes chaussettes !"

Dans le courrier des lecteurs du jour de la Tribune de Genève, M. José Allaz m'interpelle et exprime une exaspération courante concernant mes interventions dans le débat public genevois. Un avis partagé par certains commentateurs de ce blog.

Ce point de vue tranche avec les nombreux soutiens que je reçois souvent de Genevois qui me remercient de ces interventions indépendantes qui tranchent avec les intérêts croisés du microcosme politique cantonal. D'autres me remercient pour ces interventions qui permettent au souverain genevois de mieux comprendre les enjeux régionaux en apréhendant mieux le point de vue décentré du Genevois français. Les 8% de citoyens genevois résidant en France me remercie de porter en partie leur préoccupation alors que les élus genevois sont surtout des élus du coeur de l'agglo. Beaucoup estiment que cela permet de décoincer le débat des traditionnels salamaleks d'élus locaux qui se prennent pour des diplomates internationaux.

Contrairement, à M. Allaz, j'estime que le fait que Genève offre des conditions fiscales plus attractives aux multinationales françaises et européennes qu'aux entreprises locales genevoises donne au contraire d'autant plus de droits au Genevois français d'intervenir dans le débat public d'agglomération. Car non seulement les autorités cantonales font perdre des dizaines de milliards de ressources fiscales d'impôts sur les sociétés à ses voisins et partenaires au risque de précipiter leur chute, mais encore Genève se décharge sur ces mêmes voisins des charges urbaines et publiques liés aux salariés de ces entreprises.

M. Allaz, comme beaucoup de Genevois, estiment que Genève fait preuve de beaucoup de magnanimité à employer des frontaliers et qu'en contre partie de cette magnanimité, le Genevois français devrait se plonger dans un silence déférent. Pour ma part je ne vois aucune philanthrophie de la part des autorités cantonales dans leur politique économique, ni aucune philanthropie dans les recrutements des entreprises implantées à Genève. Mais pour le canton un intérêt fiscal bien compris -bien que je le juge illusoire- et un intérêt économique bien compris pour les entreprises. Il s'agit de contrats de travail dans lesquels toutes les parties prenantes trouvent leur intérêt... et qui ne valent certainement pas pour les frontaliers à un renoncement à leur liberté de conscience ou d'expression.

Je crois au contraire que nous avons tout lieu d'intervenir dans le débat genevois puisque nous logeons 80% des jeunes genevois... et que plus de la moitié des nouveaux électeurs du canton de Genève résident dans nos communes. Que nos habitants contribuent à plus du tiers de la création de richesse du canton de Genève et à environ 20% des recettes fiscales.

Mais au delà de ces considérations, si je me permets d'intervenir autant dans le débat public genevois c'est que notre avenir est indissociable autant que le sont les territoirs dans lesquels nous vivons. Nous réussirons ou nous échouerons... mais nous le ferons ensemble. Alors autant débattre ensemble de notre avenir commun.

Dans le passé, nous étions des voisins. Nous nous croisions dans les escaliers à nous dire aimablement "bonjour" avec un large sourire parfois hypocrite. Notre région est désormais si étroitement imbriquée que nous devons nous dire les choses plus franchement. Nous sommes maintenant des colocataires d'une région commune qui doivent aussi se dire en face "Range tes chaussettes !".

Il est effectivement tout à fait nouveau qu'un élu français se permette d'intervenir aussi souvent, aussi franchement et aussi directement dans le débat public genevois. Cette nouveauté explique la réaction de M. Allaz... mais personnellement ce qui me surprend beaucoup plus c'est l'absence d'intervention des élus Genevois dans le débat public du Genevois français. Pourquoi les élus genevois ne nous interpellent pas plus sur l'utilisation de la rétrocession des fonds de 1973 ? Pourquoi les élus genevois ne nous demandent pas plus de comptes sur la densification de l'urbanisation autour des axes de transports ? Ces décisions qui sont prises en France concernent aussi l'avenir des Genevois. Elles sont déterminantes pour Genève. Les interventions d'élus genevois dans le débat public du Genevois français permettrait une meilleure compréhension mutuelle... et des politiques plus pertinentes et plus efficaces pour tous les habitants de notre région binationale.

En clin d'oeil à son courrier, M. Allaz se dit que peut être tout ira mieux en France au printemps prochain. Ce sera le cas, si avec l'élection de François Bayrou à la Présidence de la République, nous parvenons à décanter le débat public en France, le faire sortir des oppositions stériles entre la gauche et la droite vers un débat public constructif orienté vers la recherche de solution. Un peu comme le débat public entre les parties françaises et suisses sur notre avenir commun.

Commentaires

Merci M. Vielliard pour vos interventions. En tant que Genevois contraint à l'exil économique à St-Julien en Genevois, je tiens en premier lieu à remercier ma commune de résidence pour l'accueil chaleureux et amical qu'elle m'a réservé. Finalement au lieu d'un exil il s'agit plus d'une renaissance et d'une ouverture d'esprit. Et carton rouge pour la politique genevoise qui consiste à se pavaner à Berne en vantant la ceinture verte de Genève, la croissance 0 (des logements bien sur) et le développement durable (n'est-ce pas M. Cramer) alors qu'en réalité la croissance anarchique de Genève est repoussée en dehors des frontières et donc en dehors de la courte vision des politiciens locaux.
en fait de développement durable et de ceinture verte, il s'agit davantage d'hypocrisie et de bétonnage périphérique. Genvois, ouvrez les yeux! votre ville devient une mégalopole en croissance, avec tous les avantages et inconvenients qui s'y rattachent.

Écrit par : marenzo | 07/12/2011

Mon bon cousin,

Vous nous demandez pourquoi les élus genevois ne vous interpellent pas plus sur l'utilisation de la rétrocession des fonds de 1973 ?

La réponse est simple, cela est parce que l'accord de 1973 ne prévoit pas que Genève ou la Suisse aient une quelconque compétence quant à l'utilisation des fonds résultant de l'accord de 1973.

Et aussi parce que la France est un Etat souverain et qu'il n'appartient ni à Genève, ni à la Suisse, ne s'immiscer dans les affaires intérieures françaises.

Nous respectons la souveraineté française.

Meilleures salutations

Écrit par : CEDH | 07/12/2011

Ne pensez-vous pas que l'Ain et les deux Savoie devraient se détacher de l'Etat jacobin français pour accéder à l'indépendance ?

Ce serait le seul moyen de ne plus être victimes des diktat parisiens et de pouvoir traiter d'égal à égal avec la République de Genève et la Suisse.

Car pour l'instant, la région transfrontalière ne correspond à aucune réalité, ni politique, ni économique, ni sociale. Comme vous le dites, vous êtes le dortoir de la classe moyenne qui travaille à Genève, sans avoir aucun droit. Ces droits, vous pourriez les acquérir en devenant indépendants.

Écrit par : Alain Noula | 07/12/2011

Je constate l'échec du projet d'agglo (il ne faut pas le dire trop fort) et malheureusement la responsabilité e est du cote français (pas les élus locaux, mais Paris).
Il faut aussi dire, pour etre objectif, que personne ne veut créer des emplois en France car les contraintes administratives sont trop importantes.
Si la France va mal ce n'est pas de la faute de la Suisse.

Écrit par : Bertrand Buchs | 07/12/2011

Monsieur Allaz ne manque surtout pas de culot. Lorsque ce Monsieur nous rappelle qu'anciennement nous n'étions que des voisins alors qu'actuellement nous sommes des amis...., Monsieur Allaz ne doit pas être très au courant de la politique de son gouvernement et des opinions des frontaliers et des politiques à notre égard.
En effet les français ne cessent de vomir sur notre pays. A entendre leur Président ainsi que Monsieur Yann Moix qui nous crache à la face à longueur d'année.
Plus récemment je me suis rendu à la frontière côté français et les discussions de travailleurs! frontaliers m'ont conforté dans mon idée que même ces gens qui gagnent leur vie confortablement chez nous ne cessent de baver sur les SUISSES
Alors les décisionnaires franco-genevois auront du souci à nous faire croire des bienfaits de la collaboration franco-genevoise.
A en croire Monsieur Allaz se serait les français qui font notre prospérité.
Un peu de franchise et de modestie Monsieur Allaz!
Un mieux serait en vue lors d'une éventuelle élection présidentielle de M. Bayroud agendé pour la semaine des 4 jeudis.C'est exactement la date prévue pour une amélioration de nos relations.

Écrit par : charvet | 07/12/2011

"... nous logeons 80% des jeunes genevois...", "plus de la moitié des nouveaux électeurs du canton de Genève résident dans nos communes".

J'ai peine à croire l'une et l'autre de ces affirmations. Genève serait-il donc devenu un EMS à ciel ouvert? Fichtre, mais d'où sortent donc ces enfants qui peuplent nos écoles?

Quoiqu'il en soit, dans un couple, quand on commence à s'échanger ce type de calculs (je n'en ajoute pas), le divorce n'est pas très loin. Pas très cohérent avec vos conclusions. Pour ma part, vos observations de la vie locale sont toujours intéressantes, même si je crois qu'elles mettent surtout en lumière nos différences pas vos fréquents gémissements qu'autre chose.

Écrit par : olivier | 07/12/2011

Pourquoi les élus genevois ne nous interpellent pas plus sur l'utilisation de la rétrocession des fonds de 1973 ? Pourquoi les élus genevois ne nous demandent pas plus de comptes sur la densification de l'urbanisation autour des axes de transports ? Ces décisions qui sont prises en France concernent aussi l'avenir des Genevois. (Excusez le copier-coller)
Peut-être les suisses (genevois) n'ont pas envie de se mêler de la politique française même régionale, en plus cela ne servirait à rien toutes les décisions se prennent à paris et ces instances se foutent complètement de l'opinion de ce tout petit pays qui se permet de mieux gérer (non sans problème) les difficultés actuelles que les élites parisiennes, qui critiquent la politique de la suisse tous en étant bien contentes que ce tout petit pays soutienne l'euro et évite un taux de chomage plus élevé dans le pourtour immédiat de genève.
Je suis simplement un citoyen qui en a un peu marre de se voir donner des leçons de gouvernance de la part d'un pays qui s'enfonce de plus en plus dans les problèmes, qu'ils soient financiers ou autres.
PS. Je n'ai rien contre les travailleurs frontaliers mais contre les donneurs de leçon qui feraient de balayer devant leur porte.....

Écrit par : grain de sel | 07/12/2011

Bayrou contre Sarko pour s'occuper de Genève, voilà bien des paroles de malheureux Savoyards, gare gare!

Écrit par : VOXGENEVENSIS | 08/12/2011

très bon blog, bravo et merci

Écrit par : stephane barthassat | 08/12/2011

@Alain Noula : Il y a des décisions prises à Paris (ou plutôt à Annecy le Vieux), mais il ne faut pas exagérer.. les communes du Genevois français ont plutot plus de pouvoir que les communes genevoises. Le département et la région ont une totale liberté même si les moyens sont plus faibles. Par ailleurs, les habitants sont français. Genevois, mais français. Entre l'appelation de "France voisine" et l'annexion pure et simple, tôt ou tard les habitants de notre région et les décideurs prendront le Genevois français pour ce qu'il est : Genevois ET français ! Amicalement,

Antoine Vielliard

Écrit par : Antoine Vielliard (St Julien en Genevois) | 08/12/2011

@Bertrand Buchs : Connaissez vous les statistiques de créations d'emplois ? Avez vous déjà rencontré des chefs d'entreprises en france ? Connaissez vous le taux de chômage dans le Genevois français ? la réponse est NON et trois fois NON. Vous vous exprimez manifestement sur un sujet sur lequel vous n'avez pas fait l'effort de vous renseigner deux minutes et vous véhiculer les caricatures habituelles. C'est malheureusement trop souvent le cas. A vrai dire je pense que précisément si pratiquement aucun élu genevois ne nous interpelle sur les décisions du Genevois français qui les concernes c'est qu'il y en a à peine 4 ou 5 au Grand Conseil qui connaissent le Genevois français, son fonctionnement, ses décisions. Les autres se contentent de préjugés et de caricature. J'espère que mes interventions vont les contraindre à se renseigner pour faire un peu connaissance.

Permettez moi de vous apporter les précisions suivantes :
1) Le nombre d'emplois à Archamps a doublé en 10 ans
2) la technopole d'Archamps est bientôt complète et nous lancerons prochainement le chantier de son extension (je parle de la technopole que peu de genevois connaissent et pas de la galerie commerciale Alliance).
3) le taux de chômage est comparable dans le Genevois français et à Geneve : ce n'est donc pas le manque d'emplois qui contraind chaque année toujours plus d'actifs à travailler à Geneve mais bien le cout des loyers dans le Genevois français et le différenciel de salaire net avec l'évolution du taux de change.
4) les charges sociales sont plus élevées en France qu'en Suisse : c'est aussi parce qu'elles incluent l'assurance maladie qui est payé à titre privé en suisse, le financement des transports, l'assurance perte de gain..etc..etc.. mais nous avons le même système de protection social.
5) lorsque vous parlerez avec des chefs d'entreprises du genevois français ils vous apprendrons que si le niveau des prélévements obligatoires est une charge importante, localement c'est surtout la pénurie de logements qui est le premier obstacle à leur croissance.
6) savez vous que depuis 1971 Genève n'a créé que 17% d'emplois locaux en 40 ans.. alors que le Genevois français en a créé plus de 30% de 1999 à 2007 ? Manifestement les entreprises locales qui ne bénéficient pas des exonérations fiscales des multinationales ne parviennent pas à se développer à Genève.

L'échec principal du projet d'agglomération c'est bien l'absence de construction de logements. Echec dont vous êtes un contributeur notable.

@Olivier : Je suis parfaitement d'accord avec vous. Ces chiffres sont à peine crédibles tant ils sont énormes. Je vous engage à les vérifier par vous même. Vous trouverez sur le site de l'OCSTAT le nombre de genevois qui ont du quitter le canton pour le canton de Vaud et le Genevois français. Vous pourrez ensuite rapprocher cela des effectifs d'une classe d'age. Vous trouverez alors qu'effectivement 80% d'une classe d'age de Genevois est contrainte de quitter le canton chaque année. Ce sont principalement des jeunes, mais pas seulement. Certains continuent de scolariser leurs enfants à Genève. D'autre déménage plus tard ou plus tot dans leur vie. Vérifier par vous même et si vous obtenez un autre résultat dites le moi et je corrigerai ma note !

Pour ce qui est des électeurs, je vous engage à vérifier cela sur le site de l'administration cantonale. dans la section des résultats électoraux des élections fédérales de septembre 2011 par rapport à septembre 2007. Vous constaterez comme j'ai pu le faire qu'il y a eu plus de 7000 électeurs de plus dans le canton... dont plus de 3500 supplémentaires pour les suisses de l'étranger. Soit 52% pour être précis. C'est HALLUCINANT ! j'en conviens. Totalement absurde. C'est pourtant la réalité de notre agglomération.

Je pense au contraire que le divorce nait de l'absence de dialogue. Surtout lorsqu'il y a un refus manifeste de constater des faits. Je vous engage donc fortement à constater ces faits là par vous même... puis à les faire savoir autour de vous.

Amicalement,

Antoine Vielliard

Écrit par : Antoine Vielliard (St Julien en Genevois) | 08/12/2011

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