15/08/2011

Rencontre avec Sa Sainteté le XIVième Dalai Lama

IMG_1899.JPGAlors que la plupart des démocraties du monde accueillent le Dalai Lama au niveau des chefs d'états et de gouvernements, notre pays se distingue par la lâcheté de ses parlementaires qui cèdent aux demandes de la Chine plutôt que de porter haut les valeurs de la France. Nos relations avec la Chine ne seront saines que sur la base d'un respect mutuel. Nos dirigeants ont montré à de multiples reprises qu'ils préfèrent le fric des contrats chinois aux valeurs, à l'éthique et à l'intégrité, bref à la grandeur de la France. La présence de René Longet, Président du PS Genevois et de Géraldine Savary, Conseillère aux Etats socialiste du canton de Vaud, faisait honneur à la Confédération Helvétique.

La seule bonne nouvelle c'est que la lâcheté des parlementaires français m'a permis de rencontrer "Sa Sainteté le XIVième Dalai Lama" à l'occasion de l'inauguration du temple Shedrub Choekhor Ling à Bossey. "Sa Sainteté" une formule de politesse assez anachronique et pas du tout pertinente pour un homme qui fait de l'humilité une manière de vivre. J'ai déjà du mal à supporter les gens qui m'appellent "M. Le Conseiller Général", qui pourtant n'est pas grand chose, et j'éprouve un peu de plaisir malicieux à flatter la vanité de certains élus en les appelant pompeusement de leur titre... alors j'éprouve beaucoup de compassion à l'égard de ces quelques individus sur terre qui doivent en permanence supporter du "Votre Sainteté" ! Il y a de quoi y perdre toute sainteté !

En le voyant je pense au parcours de cet homme issu d'une famille pauvre du désert tibétain et qui à 4 ans devient chef d'état et leader spirituel. A priori la meilleure manière de faire un nouveau riche, enfant gaté et caractériel. Mais il a subit une éducation extrêmement rude. Justement, avec une telle éducation, une telle attention, il y a de quoi devenir frappadingue et perdre tout sens des réalités. Quant on voit parfois de rares élus locaux qui au bout de 6 mois se prennent pour des roitelets simplement parce que la moitié du quart des la moitié des habitants de la commune ont encore plus détesté leur concurrent -parfois même sans concurrent-... on se dit qu'ils feraient bien de s'inspirer du sens du devoir et de l'humilité du Dalai Lama, humble depuis 72 ans !

C'est la 4ième fois que j'ai eu l'occasion de rencontrer Tenzin Gyatso. J'ai suivi des conférences publiques, une conférence de presse et un enseignement d'une semaine à certains préceptes bouddhistes. Mais jamais dans un tel cadre privé.. et jamais à partager un repas. Bien sûr il y a un peu le côté rock star : à première vue on pourrait ne pas voir de différence aux émotions et aux larmes des personnes qui approchent le Dalai Lama. Cette même ferveur des fidèles qui ramassent les grains de riz dispersés par terre que la ferveur de fan à la quête d'une relique 'un chanteur pop - ces "saints" des temps modernes ! Et pourtant, j'ai vraiment l'impression qu'il y a quelque chose d'autre. J'ai été frappé par ce regard de compassion d'un homme qui ne semble rien ignorer de la nature humaine pour avoir échappé à une tentative d'assassinat lorsqu'il était adolescent et qui pourtant regarde chacun du regard de celui qui semble connaitre les faiblesses et ne pas moins aimer.

Avec à chaque fois le rire du garnement qui fait une farce, il énonce les idées les plus révolutionnaires : interrogé sur ses déclarations récentes, il redit qu'il pourrait décider de se réincarner en femme. Il va même plus loin : il affirme que ce serait un devoir pour lui de se réincarner en femme si cela pouvait aider le monde à faire preuve de plus de compassion - une qualité plus souvent féminine-. On aimerait que les élus et les chefs d'entreprises soient capable d'en dire le dixième ! Il dit ce qu'il dit souvent lorsqu'il est en voyage dans un pays occidental : le bouddhisme n'est pas la meilleure religion. Propos iconoclastes dans la bouche d'un leader religieux à l'heure des djihad et des replis culturels des pays chrétiens. Il dit simplement que les religions doivent dépendre des cultures et que le bouddhisme n'est pas forcément adapté à une personne éduquée dans un pays occidental. Cette conception n'est possible que parce que dans le bouddhisme il n'existe pas de divinité supérieure.

Dans le genre iconoclaste il vient de faire fort depuis 4 jours : alors que les révolutions contre les dictateurs se multiplient dans le monde et que ces derniers envoient les chars faire des milliers de morts pour tenter de s'accrocher au pouvoir.. lui a renoncé unilatéralement à ses pouvoirs temporels contre la volonté du parlement tibétain.. sans son sens de la persuasion il y aurait pu avoir une révolution pour l'obliger à rester au pouvoir !

Lors de l'inauguration du temple il invite les athés et les laïcs à venir travailler avec des bouddhistes pour aider les bouddhistes à garder les pieds sur terre, pour confronter la théologie à la réalité. Il affirme que la pratique religieuse déconnectée des réalités est inutile. Entre la réalité scientifique et les concepts religieux, il dit préférer la réalité scientifique en citant une parole de Siddhartha: "Ne croyez pas à mes enseignements par foi, mais par expérience. Faites en l'expérience par vous mêmeset rejetez les enseignements que vous n'expérimentez pas." Et affirme avoir abandonné certaines croyances qui ne correspondait pas à son expérience. Comme par exemple, il a abandonné l'idée que le bouddhisme était la meilleure des religions après avoir rencontré Mère Thérésa : d'autres religions peuvent aussi conduire au bien.

Durant son propos introductif il souligne que la quasi totalité des problèmes du monde sont créés par l'homme - à la seule exception des catastrophes naturelles-. Et pourtant l'homme ne souhaite pas se créer des problèmes. Si nous en arrivons là, c'est par manque de compassion. Peut être avait il en tête l'incapacité des dirigeants genevois à comprendre les conséquences de la gravissime pénurie de logements pour les Genevois et pour les salariés en euros du Genevois français ? Ou l'incapacité des traders à comprendre les conséquences de leur irresponsabilité ?

En partant il tire les moustaches du Maire de Bossey dans ce même éclat de rire du garnement qui fait une farce... puis en rigolant toujours, compare le Commandant de Gendarmerie Besson au Général de Gaulle en raison de leur képi similaire.

De nos jours on caricature souvent les religions par leurs fanatiques et leurs extrêmistes : on jette tout l'islam pour les crimes d'Oussama Ben Laden ou le christianisme pour ceux de l'inquisition ou d'Anders Breivik ! Pourtant c'est l'extrêmisme et le fanatisme qu'il faut combattre : dans la religion, comme dans le foot, comme dans le rock, comme dans la politique d'ailleurs. Pratiquées dans la tolérance et l'ouverture, affranchies des dogmes, les religions peuvent être au service de l'humanité : comme le sport pour tous ou la politique au service de tous.

Personnellement je rejette les définitions sectaires de la laïcité : la laïcité c'est la liberté de conscience et la neutralité des institutions publiques. Ce n'est certainement pas l'interdiction de toute recherche spirituelle.

16:03 Publié dans Haute-Savoie | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook | | | |

Commentaires

Ce qui me trouble un peu, chez le dalaï-lama, c'est son costume: en Occident, s'habiller de cette façon n'est pas forcément une grande marque d'humilité, car c'est se démarquer singulièrement. Et je ne crois pas que le dalaï-lama estime que ce soit en mal. Je me demande si sa sagesse serait toujours aussi estimée s'il s'habillait comme tout le monde. C'est un habit sacerdotal, de surcroît, et donc, il n'y a pas de rencontre privée, non religieuse, avec celui qui le porte. S'il porte un habit sacerdotal en permanence, il faut admettre que cela doit être permis aussi aux membres des autres religions, notamment lorsqu'elles sont de la classe ou du service sacerdotal. On critique Sarkozy quand il rend visite au Pape, et on le critique encore quand il ne rend pas visite au dalaï-lama, du point de vue de la laïcité, ce n'est pas très cohérent. J'aime bien le dalaï-lama, mais j'ai parfois l'impression que dire du bien de lui plus que des autres représentants religieux, c'est prôner une religion pas trop exigeante, car en général, en public, le dalaï-lama dit ne rien savoir sur rien de clair sur le monde divin, il en reste aux incantations morales, or, dans les religions monothéistes, il y a toujours le miracle d'un esprit divin qui fait une révélation aux hommes. C'est un peu pratique, et avec le costume, on a parfois la couleur de la religion sans en avoir l'exigence intérieure, le sens du mystère. Or, comme disait Amiel, ce qui fonde une religion, ce n'est pas même pas tant la morale que le miracle, l'idée que les valeurs morales ont été divinement inspirées. Finalement, même Hegel, en faisant de la pensée le reflet de l'idée divine, paraît plus religieux au sens où l'entendait Amiel.

Écrit par : RM | 15/08/2011

Dit ne rien savoir de clair sur le monde divin, je veux dire.

Écrit par : RM | 15/08/2011

@ RM : je comprends que cela puisse vous interloquer mais n'oubliez pas une chose : il ne porte pas l'habit du dalaï-lama mais l'habit d'un moine. En effet, avant d'être la réincarnation du bodhisattva Avalokiteshvara, le bodhisattva de la Grande Compassion, avant d'être le dalaï-lama, chef spirituel des tibétains il est un simple moine, comme il aime à se définir lui-même.

Si vous regardez sa tenue, il ne porte rien de plus, rien de moins que les autres moines de la tradition Gelugpa. Si il porte une cape jaune c'est uniquement pour montrer qu'il appartient à cette école à la différence des autres écoles.

Donc il faut considérer qu'il n'est pas habillé en dalaï-lama mais en moine comme n'importe quel moine qui se ballade dans nos rues.

Je reviens de Toulouse après avoir écouté ses enseignements c'était un grand bonheur de le voir si en forme.

@ A. Vielliard : le dalaï-lama l'a lui-même dit lors de l'un de ses enseignements ce n'est pas lui qui est saint mais l'Enseignement qu'il dispense. Lorsqu'un bouddhiste se prosterne devant un lama, qu'il soit le dalaï-lama ou un autre, c'est l'enseignement qu'il vénère, pas l'enseignant.

Écrit par : X.Raisin-Dadre | 17/08/2011

@ RM : je vous cite : "le dalaï-lama dit ne rien savoir sur rien de clair sur le monde divin". C'est normal le monde divin n'existe pas dans le bouddhisme. Il n'y a pas de dieu. Le bouddhisme est avant tout une philosophie qui se base sur des principes moraux et éthiques il n'y a donc aucun attribut d'une religion monothéiste dans sa théorie. Après il peut y avoir des divinités ou des "esprits" mais c'est une conception des "croyants" car l'être humain a besoin de se raccrocher à quelque chose, même chez les bouddhistes mais ce n'est pas l'Enseignement du Bouddha à la base.

Écrit par : X.Raisin-Dadre | 17/08/2011

Oui, mais justement, comme le dalaï-lama s'habille quand même en moine, puisque, du point de vue des Occidentaux, un moine a un lien avec une religion qui s'appuie sur la révélation d'un esprit céleste, j'ai le sentiment que, en Occident, le dalaï-lama a la couleur de la religion sans en avoir l'exigence. S'il s'agit d'un moine d'une école philosophique, alors, ne faudrait-il pas qu'il s'habille plutôt comme les hommes qui, en Occident, sont dévoués à la cause philosophique, plutôt que comme un moine? Il faudrait qu'il ait une apparence qui le rapproche plus de celle de Luc Ferry ou de Bernard-Henri Lévy (cheveux longs et ondulés, chemise blanche sans cravate, veste noire, etc.), que des moines bénédictins, ou de n'importe quel ordre sacerdotal d'Occident. Car sinon, l'Occidental est induit en erreur, il a la couleur de la religion, alors qu'il s'agit d'une philosophie. Il s'agit d'une philosophie qui a l'éclat extérieur des religions, car dans les religions, les vêtements, pour les prêtres, sont censés refléter, par leurs couleurs spéciales, des vertus célestes, comme on le voit dans la Bible, c'est Dieu lui-même qui indique à Moïse les couleurs que doivent porter les prêtres, et elles ont évidemment une valeur magique, renvoyant à leur caractère de porteurs de la divinité devant les hommes. Cela dit, j'ai le sentiment que même si, en Orient, il n'y a pas de doctrine obligatoire concernant les divinités, les esprits, le moine est regardé comme relié intérieurement au monde de l'esprit, même si cet esprit est une sorte de nappe vague entourant la nature et la contenant, l'enveloppant, comme dans le zen; pour tous les Orientaux, cela va de soi, je crois, il n'y a pas besoin de le dire, même s'il est vrai qu'il n'y a pas de dogme sur la forme ou les formes précises que peut prendre cette "nappe spirituelle". Or, en Occident, on ne le précise pas, on fait réellement comme si les philosophies orientales étaient comme les nôtres, purement intellectuelles, comme pouvant ne renvoyer à rien d'autre qu'à un mode de vie, de penser, un système moral. Mais à mon avis, ce n'est pas le cas, dans les philosophies orientales, il va de soi, d'emblée, que la nappe spirituelle globale enveloppant le monde visible est une réalité.

Écrit par : RM | 18/08/2011

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