28/07/2011

Modèle de croissance genevois : la voie du centre

Entre les ayatollah de l'hypercroissance exogène qui voudraient volontiers chasser 100 000 genevois de la classe moyenne et les remplacer par 100 000 expatriés de plus et les khmer verts de la décroissance qui voudraient ajouter du chômage de masse à la pénurie de logement il y a un boulevard pour un projet raisonnable.

Les ayatollah de l'hypercroissance sont aussi irresponsables que les khmer verts : les uns sont obnubilés par les chiffres de PNB du canton de Genève et ignorent que ce PNB du canton de Genève est de moins en moins un PNB genevois. Ces ayatollah de l'hypercroissance exogène croient que les Genevois sont nombreux à profiter autant qu'eux de ce modèle de croissance : mais les Genevois ne sont pas tous propriétaires fonciers, avocats d'affaires ou promoteurs immobiliers. Tôt ou tard ces ayatollah de l'hypercroissance exogène seront confrontés à la réalité de la démocratie : le canton devra tôt ou tard se placer au service des habitants plutôt que des contribuables fortunés. Un canton c'est une communauté humaine et pas une entreprise qui publie des bénéfices trimestriels !

Les khmer verts de la décroissance sont tout aussi irresponsable. La décroissance on sait ce que c'est : le chômage de masse, l'accroissement des inégalités, des tensions sociales... parfois la décroissance dégénère en guerre, en populisme, en fanatisme.

Ces deux bandes d'extrêmistes sont tellement éloignés qu'entre les deux il y a la place pour des milliers d'autres politiques économiques. Des politiques qui reviennent à l'essence de ce que doit être une politique économique : permettre à tous les habitants de subvenir à leur besoin et de se développer personnellement. Une politique économique dont le premier enjeu est de créer des emplois pour les chômeurs : échec majeur de la politique économique actuel qui importe des emplois qui ne correspondent pas aux qualifications des chômeurs.

Les pistes sont nombreuses. La première, la plus évidente à mon avis en tant que voisin et ami de la Suisse, c'est que les entreprises locales qui développent des richesses réellement locale puissent toujours bénéficier du statut fiscal le plus favorable. On s'étonne de constater que les entreprises étrangères qui génèrent tant de coûts publics par leur arrivée paient trois à quatre fois moins d'impôts que les entreprises locales. Prévoir que les entreprises suisses bénéficient toujours du statut le plus favorable permettrait d'aider les entreprises locales à se développer. Favoriserait l'entrepreneuriat. Une proposition qui pourrait recueillir le soutien de la gauche, du centre et même d'une partie de l'extrême droite nationaliste suisse. Il serait aussi absurde de chasser les entreprises implantées qu'il est absurde de continuer à en faire venir d'autre dans l'état de surchauffe actuelle.

La croissance économique doit se fonder sur la création de valeur. La valeur se crée au travers de la formation, de la recherche et de l'innovation. Genève a tous les atouts pour réussir. L'histoire de l'horlogerie et de la banque privée montre que Genève est en capacité de développer ses propres savoir faire... sans devoir faire appel au dumping fiscal pour attirer des entreprises étrangères au détriment des entreprises locales. Son aéroport, son cadre de vie, sa situation géographique, son multiculturalisme sont autant d'atouts qui peuvent permettre à Genève de conduire une politique de développement économique endogène. Aider les entreprises locales à se développer c'est générer une croissance économique tout aussi forte.. mais qui générera une croissance démographique acceptable et gérable contrairement aux politiques économiques actuelles.

.. je réponds par avance à tous les mauvais coucheurs qui commenteront "de quoi vous mélez vous ?". Tout simplement de la survie des infirmières, des pompiers, des enseignants, des gendarmes et policiers du genevois français. Des caissières et des maçons. Car Genève est incapable d'assumer la croissance urbaine issue de sa politique économique. Le débat sur le plan directeur cantonal le montre : seulement 50 000 logements de prévus et cela a déjà du mal à passer alors qu'il en faudrait 75 000 d'ici à 2030 pour que Genève assume seulement la moitié de la croissance comme elle s'y est formellement engagée en 2007. Tant que la politique économique ne sera pas revue, les Genevois se méfieront des projets de développement urbains qu'ils considéreront à juste titre comme une fuite en avant dans un modèle de croissance qui n'est pas à leur service : la cupidité des très rares enfants gâtés de la croissance a-t'elle une limite ? D'ici là, c'est le district de Nyon et le Genevois français qui paient le prix des incohérences genevoises : nos maisons de retraites fermes faute de personnel qui puisse se loger. Nos enseignants vivent à 30km de leur établissement. Nos entreprises ferment faute de pouvoir loger leurs collaborateurs.

Entre les ayatollah de l'hypercroissance exogène le nez dans le guidon de l'illusion des excédants budgétaires cantonaux et les irrespondables khmers verts apôtres de la décroissance et de son chômage de masse, il y a amplement la place pour définir une nouvelle politique économique au service d'une prospérité réelle des habitants et pas seulement une prospérité comptable bien illusoire.

Commentaires

Les effets pervers de la montée de l'euro influent sur les couts du logement du genevois :
"les propriétaires qui ont acheté leur bien il y a trois ans, quand l’euro s’approchait de 1 fr. 70, ne vont pas vendre car ils perdraient trop et ce malgré l’augmentation des prix de l’immobilier dans la région frontalière. Cela influe sur le marché."
Voir article TDG :
http://www.tdg.ch/geneve/actu/genevois-temps-devenir-frontaliers-2011-07-27

Écrit par : Damataire | 28/07/2011

Que les infirmières frontalières avec des horaires impossibles (dont les infirmières genevoises ne veulent pas d'autant plus qu'il n'y en a pas assez de formées) soient remerciées ici de leur conscience professionnelle et de leur dévouement à soigner ces vieux genevois grabataires, udécistes et égoïstes. Selon le bon mot de ce doyen de collège genevois: "On reste sur sa fin".....

Écrit par : Jean Ebutit | 28/07/2011

Que les infirmières frontalières avec des horaires impossibles (dont les infirmières genevoises ne veulent pas d'autant plus qu'il n'y en a pas assez de formées) soient remerciées ici de leur conscience professionnelle et de leur dévouement à soigner ces vieux genevois grabataires, udécistes et égoïstes. Selon le bon mot de ce doyen de collège genevois: "On reste sur sa fin".....

Écrit par : Jean Ebutit | 28/07/2011

Bonjour Antoine, tu redeviendrais presque raisonnable, que t'arrive-t-il ? Tu sais qu'en ce qui me concerne, je trouve parfaitement légitime l'expression ici de tes points de vue, même si je les combats parfois vigoureusement. Mais j'aimerais livrer à ta réflexion l'info suivante: le prix moyen au m2 du logement ancien à Paris intra-muros (tous arrondissements confondus) vient de dépasser 8000 €. C'est 2 fois et demi le prix moyen d'Annemasse 2500 €, Ambilly 2800 € ou Saint-Julien, 3100 €. En Seine Saint-Denis (banlieue cheap) c'est 3100€, dans les Hauts de Seine (banlieue chic) 5400 €. Or tu n'ignores pas que près de 10 millions d'habitants
Mais le plus intéressant c'est qu'Annecy est à 3200 @, Meythet à 3000 €, Annecy-le-Vieux et Epagny à 3500€. Sallanches et Thonon, comme Annemasse à 2500€. Je ne parle pas de Chamonix 5600€ ou Mégève, 6800€. Dans le Genevois, la palme revient à Collonges-sous-Salève avec 3500, en dessous de n'importe quelle station de montagne. Je te mets le lien avec une carte de tous les prix dans chaque département de France, selon les associations de notaires.
http://www.lavieimmo.com/immobilier-paris-30798/l-immobilier-parisien-franchit-un-nouveau-record-12416.html
Comprend moi bien, je ne nie pas le problème qu'il y a, pour des infirmières, des facteurs ou des maçons de se loger dans le secteur, mais il me semble tout de même que tu exagères fortement lorsque tu dépeins la situation comme une catastrophe telle que cela justifierait des mesures de rétorsion à l'égard de Genève. Un bon tiers des Français, dans les régions les plus dynamiques, vivent dans des conditions de logement équivalentes ou pires. Alors please, ne mets pas toute la faute sur Genève. A moins que tu ne considères que si Annecy est plus chère, c'est parce qu'elle est sous la dépendance de Genève ? Voilà qui va leur faire plaisir aux Annéciens :-).

Écrit par : Philippe Souaille | 28/07/2011

Bonjour Philippe,

J'ai déjà répondu à cet argument sur ton blog. Je suis surpris que tu l'énonces à nouveau, ça ne fait pas avancer la discussion.
1) il est totalement abusif de comparer Paris et ses 10 millions d'habitants à l'agglomération genevoise et ses 800 000 habitants. Ou cela revient à dire précisément ce que j'énonce à savoir que si nous connaissons les mêmes problèmes qu'une agglomération 10 fois plus importante c'est que certains décideurs sont 10 fois plus incompétents.
2)Annecy est totalement dans la sphère d'influence urbaine de Genève. Les Annéciens ont du mal à l'admettre mais ils y viennent. Certains élus annéciens commencent à se dire que la meilleure manière de mieux défendre leurs intérêts serait d'entrer dans l'ARC. Cela viendra tôt ou tard. Cette prise de conscience m'aide à faire valoir mes points de vue au sein du Conseil Général. La pénurie de logements genevoise s'étende de proche en proche à 200km. Si les prix sont plus chers à Annecy et Annecy le Vieux qu'à Annemasse c'est que dans ces communes s'y ajoutent des primes de qualité de vie en raison du lac, mais le niveau correspond à l'influence genevoise. Non pas tant par le nombre de frontaliers qui est important mais encore minoritaire, mais simplement par l'effet domino : les genevois vont dans le genevois français, les habitants du genevois français à Annecy, et les Anneciens à Chambéry.
3) il ne s'agit nullement d'une spécificité française. Le même phénomène se produit en direction du canton de Vaud. Le quart des logements construits chaque année dans TOUT le canton de Vaud est occupé chaque année par des genevois contraints de quitter leur canton contre leur gré faute de logements. Par ricochet, ce sont environ 1500 vaudois qui sont contraints à leur tour d'aller se loger à Neuchatel ! Mes positions fortes, seront tôt ou tard reprises par les élus Vaudois qui vont finir par réaliser le parasitisme des incohérences politiques genevoises et leur effet dramatique sur la cohésion sociale, sur l'environnement, sur l'aménagement du territoire.. et accessoirement l'augmentation exponentiel des tarifs de transports en commun qu'elle engendre.

Cordialement,

Antoine Vielliard
PS : je te recommande vivement la lecture du journal l'Hedbo de cette semaine sur ces genevois contraints à l'exil. Tu pourras y lire des témoignages de genevois dont un certains nombres que j'ai pu rencontrer lors de mes campagnes électorales dans le canton de St Julien. Tu y constateras qu'aller se loger dans le Genevois français relève parfois du choix (comme dans ton cas) mais très souvent de la nécessité et engendre de profondes tensions.

Écrit par : Antoine Vielliard (St Julien en Genevois) | 10/08/2011

Bonjour,

J'ai l'impression que non, au contraire, vous ne savez pas ce que c'est que la décroissance. Le but de la décroissance est d'améliorer les vies de tous, ce ne sera donc pas à grands coups d'inégalités et de chômage. Lisez-donc un peu Serge Latouche, ou regardez-donc cette vidéo: http://www.dailymotion.com/video/xgoxe0_conference-de-paul-aries-sur-le-theme-de-la-decroissance_news. J'espère que les idées fausses que beaucoup d'entre nous ont sur la décroissance pourront se dissiper peu à peu.
Cordialement,

Margaux.

Écrit par : Margaux | 19/08/2011

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