25/07/2011

Les enfants gâtés de la croissance genevoise... et les enfants oubliés

Genève ouvre enfin le débat sur son modèle de croissance. Un modèle de croissance qui condamne à l'exil des générations entières de Genevois parce que les autorités cantonales refusent d'assumer la croissance urbaine nécessaire pour loger tant de nouveaux habitants venus en raisons des politiques fiscales fédérales dérogatoires. Un modèle de croissance paupérise les Genevois plus que tout autre Romand en réduisant leur pouvoir d'achat. Un modèle de croissance qui dégrade la qualité de vie des Genevois en augmentant de quelques minutes chaque mois leur temps de déplacement.

Dans ce débat si nécessaire, il y a un argument qui pourrait faire sourire. Quelques privilégiés de la croissance condamnent toute remise en cause d'un définitif "ce sont des critiques d'enfants gâtés". En général ce sont précisément les plus gâtés par la croissance : avocats d'affaires, professionnels de l'immobilier, propriétaires fonciers ou banquiers privés pour expats. Des individus qui bénéficient de passe droit pour se loger dans des appartements de luxe à prix réduit ou pour spéculer dans l'immobilier à Cologny. Ils ignorent sans doute que les Genevois dans leur grande majorité ne bénéficient pas des mêmes avantages qu'eux et qu'au contraire les Genevois sont précisément des oubliés de ce modèle de croissance. "Ce sont des critiques d'enfants gâtés"... on croirait entendre Marie-Antoinette avant la révolution ! Ce sont aussi souvent des babyboomers : cette génération bénie des dieux qui croit qu'on est encore dans les 30 glorieuses et qui vit comme si demain ne devait jamais exister.

"Je HAIS Genève" me disait avec force une de ces Genevoise oubliée de la croissance et résidant à St Julien, ajoutant "vous n'imaginez pas ce que c'est que d'être expulsée de son propre pays !". "Je ne sais même plus pour qui voter" me disait une ancienne conseillère municipale socialiste contrainte de s'installer à Viry et constatant qu'au delà des slogans on attend toujours le premier parti genevois réellement pro logement. Le nombre de chômeurs Genevois augmente de manière strictement proportionnelle au nombre d'emplois importés. La politique économique genevois n'a pas pour objet d'aider les chômeurs à trouver un emploi mais simplement à remplir les caisses cantonales pendant que le canton se vide de ses Genevois.

L'absurde débat actuel sur le Plan Directeur Cantonal montre l'urgence d'une révision de ce modèle de croissance : la croissance démographique actuelle exige 75 000 logements supplémentaires d'ici à 2030... et Genève a déjà du mal à accepter les petits 50 000 logements du Plan Directeur Cantonal. Tant qu'une limite ne sera pas posée à la cupidité cantonale et à son modèle de croissance, nombreux seront ceux qui refuseront tout déclassement car il y aura toujours un doute : les 3000 logements des Cherpines seront-ils au bénéfice de 3000 familles genevoises.. ou permettront-ils de faire venir 3000 expats de plus ? Il faut clarifier ce doute pour parvenir à une politique économique et une politique urbaine qui sera cohérente. Genève pourra alors compter sur la collaboration fiable et enthousiaste de ses partenaires dans le cadre d'un projet d'agglo respecté par tous : 50% de logements à Genève, 10% dans le district de Nyon et 40% dans le Genevois français.

Commentaires

Je suis en effet outrée que l'on traite des citoyens d'enfants gâtés alors qu'ils ne trouvent pas de logement et de plus en plus difficilement d'emploi. Quelles perspectives d'avenir a-t-on dans ces conditions-là ?

Pour que tout le monde se réjouisse autant de la croissance économique, il faut que tout le monde en bénéficie. Qu'une grande majorité se sacrifie afin qu'une toute petite minorité en profite n'est pas une alternative acceptable. L'analogie de Marie-Antoinette est très juste. L'élite est tellement déconnectée des réalités du peuple qu'elle ne se rend plus compte de l'ampleur des problèmes qui composent le quotidien de celui-ci.

Par ailleurs, les verts et autres partis opposés à la construction dénoncent une fuite en avant, et préconisent à la place de ne pas sacrifier la qualité de vie à une croissance économique débridée. Alors admettons... effectivement, ceci pourrait éventuellement réduire un risque de pénurie aggravée à l'avenir. Mais qu'en est-il de l'état actuel du marché ? Des personnes obligées de s'exiler afin de trouver un logement LÀ, MAINTENANT ? Quelles solutions pour ces personnes-là ? Ou alors sont-elles définitivement les oubliées du système ?

Vous évoquez un parti pro-logement, c'est la question que je me pose depuis un bon bout de temps maintenant, mais personne ne semble monter au créneau. Peut-être parce qu'au fond, même ceux qui souhaiteraient le faire savent que c'est peine perdue. Quelles solutions face aux blocages de tous bords ? Comme vous le dites dans votre billet, tout le monde se renvoie la balle, et finalement, c'est toujours la faute de l'autre... mais le plus souvent dans ces cas-là, c'est tout simplement que chacun a sa part de responsabilité. Mais les partis ne l'assument aucunement, cette responsabilité.

Il y a également une autre question, c'est le type de logement construit. Le temps des immeubles à six étages est bien révolu aujourd'hui. La situation est grave, et les mesures doivent être adaptées à l'ampleur du problème. Des immeubles de plusieurs dizaines d'étages sont aujourd'hui la seule solution pour remédier au problème de la crise actuelle. Ceux qui ne voulaient pas voir Genève se transformer en une ville de gratte-ciels doivent se rendre à l'évidence qu'aujourd'hui cette solution est devenue une fatalité, et tôt au tard il faudra s'y résoudre. Que leur rêve de petite ville provinciale ne peut pas se réaliser au détriment de citoyens et citoyennes qui veulent juste avoir un toit sous lequel dormir, une chambre dans laquelle leurs enfants puissent jouer et ceci dans leur propre ville. Il y a quelques années, cela était tout à fait possible. Aujourd'hui, cela relève-t-il donc du luxe ?

Monsieur Vieillard, je réponds à ceux qui se permettent de vous suggérer (pardonnez mon indélicatesse) de vous occuper de ce qui se passe chez vous, qu'en écrivant vos billets, vous attirez l'attention vers des problèmes que connaît une partie de plus en plus importante du peuple. Effectivement, il est bien malheureux que nous devions traverser la frontière pour trouver quelqu'un qui veuille bien prêter son image publique à ce fléau genevois ; mais après tout, ceci est-il de votre faute ?

Je conclurai en disant que nous voulons tous une ville prospère, pour ma part, j'aime me promener dans la ville de Genève et entendre des conversations en tant de différents langues autour de moi. Les expats nous apportent aussi cette richesse. Bien sûr que c'est une aubaine de ne pas être touchés par la crise mondiale autant que nos voisins, mais cela ne peut pas être fait au détriment du citoyen (ou résident permanent) genevois. Celui-ci ne peut pas devenir le laissé-pour-compte du système.

Désolée d'avoir été si longue dans ma réponse et merci pour votre action Monsieur Vieillard : sachez que des genevois vous soutiennent.

Écrit par : Genevoise | 25/07/2011

Je fais aussi partie de ces émigrés genevois qui ont dû quitter le canton en raison du manque de logements décents et du manque d'opportunité durable pour un autochtone anormalement surqualifié (doctorat en chimie, etc.) donc trop cher selon les normes des RH des multinationales localisées à Genève (par ex. Procter & Gamble...). M. François Longchamp tente souvent de nous faire passer comme vrai et acceptable le discours de certains expatriés qui considèrent les autochtones comme les derniers des incapables (de la part des expatriés, c'est de bonne guerre économique, n'est-ce-pas ?).
Intéressant, non ?

Écrit par : pierre-philippe Chappuis | 26/07/2011

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