08/07/2011

Sandrine Salerno, Newell Rubbermaid et la fuite en avant du canton de Genève sur l'attraction des multinationales

Dans une intéressante note sur son blog Sandrine Salerno, conseillère administrative en Ville de Genève, pose des questions pertinentes sur l'intérêt pour les Genevois d'attirer des multinationales.

En choisissant le titre "L'invasion des sociétés étrangères se poursuit" pour informer de l'arrivée de la société Newell Rubermaid, la Tribune de Genève nous montre clairement que ses lecteurs sont hostiles à ces arrivées massives qui ont pour seul effet de réduire leur pouvoir d'achat. Les informations livrées dans l'article me semblent assez partielles : l'argumentation marketing des promoteurs de ce modèle de développement absurde jouent sur les mots. On mélange abondamment expatriés et contrat d'expatriés.. ou à l'opposé recrutement fait localement et recrutement d'habitants locaux. Ainsi il n'y aurait que 10% à 15% d'expatriés dans certaines multinationales : si le chiffre est correct si on ne parle que des contrats d'expatriés, ce chiffre passe sous silence les 20% à 30% d'expatriés qui sont en contrat locaux. De la même manière les contrats locaux peuvent être aussi proposés à des Valaisans, des Zurichois, des Vaudois et des Neuchatelois : personnes toutes profondément respectables mais qui ne correspondent pas à la description d'un chômeur genevois et qui par leur venue dans un canton incapable de construire suffisament de logements, contribue eux aussi à la dégradation du pouvoir d'achat des Genevois.

Même les fournisseurs des multinationales sont des fournisseurs eux même multinationaux : agences événementielles, agences de publicités ou de design internationales. Ils ne bénéficient pas de la fiscalité dérogatoire des multinationales mais aggravent eux aussi la pénurie de logements sans créer d'emplois locaux.

Puisqu'il semble que mon ami Pierre-François Unger, Conseiller d'Etat en charge de la promotion économique, lit ce blog, je lui propose ici publiquement de venir avec moi un matin à la porte d'entrée de deux ou trois multinationales de son choix et de demander aux personnes qui y travaillent quelle est leur ville d'origine : il pourra constater à quel point les enquêtes déclaratives auprès d'employeurs fiscalement interessés à des réponses biaisées ne correspondent pas à la réalité. Je propose que nous invitions également Olivier Wurlod, journaliste qui a écrit l'article sur l'arrivée de Newell Rubbermaid et qui lui aussi a pris pour argent comptant les réponses des multinationales. Nous devrons tous réviser notre anglais ! Mon expérience est claire : sur la centaine de collègues qui composaient les équipes auxquelles je participais nous étions seulement 3 à être originaires de la région. En effet, depuis mon élection au Conseil Général de Haute-Savoie, j'ai quitté mon emploi chez Procter : cela me permettra de ne plus subir de menaces sur mon emploi de la part de responsables genevois lorsque je décris de l'intérieur une politique dont je constate les effets pervers comme élu local du Genevois français.

Le fait que les multinationales recrutent des expatriés n'est pas une critique à leur égard. C'est simplement une évidence : on ne gère pas un siège européen de multinationale avec des chômeurs genevois mais principalement avec des cadres internationaux qui ont travaillé dans les filliales supervisées. Les multinationales font leur boulot.. c'est le canton qui doit revoir sa politique économique et influencer le modèle fiscal fédéral qui impose les multinationales à des niveaux 2 à 3 fois plus faibles que les entreprises helvétiques tout comme Federer paie 10 fois plus d'impôts que ses collègues étrangers !

Lors de mes derniers échanges avec des responsables cantonaux qui défendent ce modèle, ils soulignent que l'argument de la taxation n'est pas le seul argument qui incitent les sociétés à s'installer. Certes.. mais c'est le principal. J'ai fait un tour sur la première page du site de la promotion économique pour comprendre les arguments mis en avant : la faible taxation est en numéro 1. Il est vrai que l'un des autres arguments mis en avant c'est qu'il y a 40% d'étrangers à Genève.. et plus de 50% bientôt si l'on en juge par le Plan Directeur Cantonal qui ne propose de construire que 50 000 logements alors que le canton s'attend à voir venir 300 000 habitants - il faudra donc que 100 000 Genevois de plus fassent leurs valises de leur canton ! Je ne suis pas sûr que les Genevois apprécieront beaucoup la citation du Vice Président et Chief Finance Officer de Cargill, en pleine pénurie de logements : "L'un des avantages principaux de Genève c'est qu'il est facile de faire venir ici des talents étrangers." Un autre argument c'est précisément cette qualité de vie que ce modèle de développement est en train de détruire.

Oui il s'agit bien d'une fuite en avant. Cette politique économique est extrêmement profitable pour les finances cantonales à court terme.. tant que le canton reporte sur le Genevois français et le canton de Vaud les nuisances urbaines et publiques de ce développement. Mais cette politique est extrêmement néfaste pour les Genevois car sans effet sur le nombre de chômeurs qui augmente proportionnellement au nombre d'emplois importés... et très néfaste pour l'ensemble des Genevois qui voient leur pouvoir d'achat se dégrader à mesure que les multinationales s'implantent et font augmenter les prix.

Les Genevois que je rencontre se moquent bien de savoir que les finances cantonales se portent bien si le prix à payer de cette politique c'est la baisse de leur pouvoir d'achat et au final leur exil : "Ne me parlez pas de Genève, Monsieur, je HAIS Genève ! Vous n'imaginez pas ce que c'est que d'être chassé de son propre pays !" me disait récemment une Genevoise contrainte de s'installer à St Julien faute de logements dans sa commune.

Pierre-François Unger et beaucoup d'autres voudraient limiter le problème à la production insuffisante de logements. Oui la production de logements est insuffisante... mais il faut constater qu'au vu des modes de décisions et des procédures genevoises le consensus pro logement est insuffisant pour produire assez de logements par rapport aux flux démographiques. Par ailleurs, beaucoup s'interrogent : construire plus de logements pourrait bien vite permettre d'attirer ENCORE plus de multinationales. Où est la limite de cette fuite en avant ? Il faut certes construire BEAUCOUP plus de logements.. mais aussi poser une limite à ce modèle exogène.

Un Maire d'une commune genevoise me disait récemment "tu imagines les grêves et les manifestations si la croissance économique ralentit et qu'on doit supprimer des politiques sociales et des postes dans les services publics" ? J'imagine oui... mais j'imagine aussi les conséquences d'une révolte massive de la jeunesse genevoise expulsée, d'une arrivée des frapadingues du MCG au Conseil d'Etat si les déséquilibres actuels se poursuivent (j'attends la plainte fantaisiste de Mauro Poggia !), d'une absence de majorité politique au Grand Conseil après la Ville de Genève et aussi d'un départ massif de toutes ces entreprises qu'on a fait venir le jour où cette fuite en avant devra s'arrêter net parce que ce n'est tout simplement pas tenable à long terme.

Pour en revenir à Sandrine Salerno, si mes souvenirs sont corrects et sauf erreur de ma part, je crois bien qu'elle est membre du Conseil Stratégique de la Promotion Economique. Un organisme qui selon les termes de la loi genevoise doit évaluer la politique économique sur la base d'une étude faite par un organisme indépendant. Dans leur dernier rapport les personnes qui ont fait cette étude d'évaluation de la politique économique ont souligné que le temps imparti était insuffisant pour établir un rapport objectif sur le côté durable de la politique économique du canton de Genève. Selon les informations dont je dispose, il n'y a guère eu de question ni de débat au sein du Conseil Stratégique de la Promotion Economique suite à la présentation de ce rapport. Par ailleurs, au passage, je m'étonne qu'il n'y ait pas de représentants de l'ARC au sein de ce Conseil Stratégique : Genève impose au Genevois français d'assumer les conséquences urbaines de ses politiques économiques mais pas de contribuer à la réflexion pour que le modèle économique de notre région soit plus pérenne que la fuite en avant actuelle !

Commentaires

En admettant que le Canton suive tes préceptes Antoine, combien de frontaliers vont perdre leur emploi ? Car ils seront les premiers à être virés si les entreprises genevoises doivent dégraisser. Combien qui paient leur logement en Francs Suisses, seront contraints de vendre dans l'urgence, à un moment où les prix s'effondrent parce que la récession s'installe à Genève ? Combien de drames humains déclenchés, endettés à vie pour un bien qu'ils ne possèdent plus ?
Combien d'entreprises du genevois français, qui vivent des frontaliers et des Suisses de France vont connaître à leur tour des difficultés et devront licencier?
Alors certes il y aura du logement libre, mais plus de boulot.
Parce que les jobs locaux que tu appelles de tes voeux, Antoine, ce sont précisément ceux que toute l'Europe cherche à créer. Sans y parvenir. Parce que ce ne sont plus des boulots utiles, porteurs de leur propre logique économique. Et que ce n'est pas non plus ceux dont les chômeurs ont envie... Cela me désole qu'un centriste ayant fait une école supérieure de commerce néglige ainsi les préceptes économiques de base.

Écrit par : Philippe Souaille | 08/07/2011

Je pense que Geneve n'est pas la seule ville a proposer ce genre de taxation. En France, Total paye 0 francs d'impot ! zero ! alors que cette entreprise fait des milliards de benefices. C'est absolument insupportable !

Si les multinationales viennent ici, c'est aussi pour la qualite de vie (ville a taille humaine, bonnes ecoles, peu de criminalite, climat clement, au centre de l'europe et j'en passe).

Les expatries sont ici au paradis. Le seul probleme c'est que cette implentation de multinationales ce fait au detriment de la population locale.

je travaille dans une multinationale et dans ma division il doit y avoir 10-15 locaux sur une centaine de personnes !

Il est affligeant de constater que nos politiques laissent s'implanter ces multinationales sans leur imposer certaines conditions, comme recruter localement, dans la mesure du possible et de payer un minimum d'impot afin de participer au developpement economique de la region et de ne pas etre simplement un centre de service qui n'engage que des etrangers et qui ne s'implique pas du tout dans la vie de la region ou ils se trouvent.

Sans parler des expats qui font tout simplement exploser le prix des loyers et des frontaliers qui font un dumping salarial monstrueux.

Le genevois perd de son pouvoir d'achat d'annee en annee sans que le politique ne fasse quoi que ce soit. C'est desolant !

Écrit par : Boris | 08/07/2011

Que ce soit Antoine V. ou Sandrine S., on nage en plein délire collectif.
A l'heure où tous les pays européens se battent pour sauvegarder leurs emplois, comment osez vous nous servir ce genre de discours d'enfants gatés !
Sortez vous les doigts, construisez des logement, développez les réseaux urbains, faites grandir notre région bordel au lieu de pronner la décroissance !!!

Écrit par : noel | 08/07/2011

Noel, t'es pas un cadeau quand tureflechis pas a ce que tu dis...
Personne ne parle de decroissance ... Mais peut- etre de croissance éthique...
Une croissance qui prendrait en compte des reflexions ou études telles que "quelle perspectives pour un jeune diplomé pour obtenir les memes opportunites d'embauches et d'accès a la propriété' que ses parents? Quel impact sur notre envirronnement régional a long terme?

Quand des responsbles politiques s'ennorgueillissent de l'arrivée de multinationale multi importatrice de compétences de cadres internationaux sans se soucier des consequences sur les logements transports ou emploi, ca vire au snobisme.

J'aimerais que le Père Noël m'explique qui est gâté et avec quel cadeau?
...ou plus simplement où il habite (quelle planète) et quel est son "vrai job"?

Écrit par : Damataire | 10/07/2011

Damataire, le monde change. Les conditions d'aujourd'hui ne sont pas celles d'hier, qui n'étaient pas celles d'avant hier. Et ça bouge très vite, mais ce n'est pas la faute des politiques qui n'ont un pouvoir que local, alors que les problèmes sont mondiaux: émergence de pays qui auparavant se contentaient d'être exploités par nous, surpopulation, fin prévisible et en tout cas à prévoir du pétrole, atteinte des limites environnementales de la planète, etc... Pour s'en sortir, il faut s'adapter. Ce que font les politiques genevoises (tant suisses que françaises), à l'échelle du Canton et de l'agglo. Une adaptation qu'il est certes toujours possible d'améliorer, d'optimiser, mais svp, cessez de rejeter le bébé avec l'eau du bain sous de faux prétextes.
Si un jeune s'attend à bénéficier des mêmes conditions que ses parents, il est fichu d'avance. Il doit s'adapter aux nouvelles donnes, devenir excellent en anglais voire en chinois, voyager, faire les études qui conviennent etc... L'ère du "je fais ce que je veux, comme je veux, et la société pourvoira au reste est morte et enterrée. Pas par les politiques, par la réalité. Antoine ferait mieux de dire la vérité aux gens, il la connait, au lieu d'isoler un ennemi aux pouvoirs largement imaginaires - ou en tout cas fortement exagérés - "l'expat financé par les privilèges fiscaux" en lui collant toute les fautes du monde sur le dos.

Écrit par : Philippe Souaille | 10/07/2011

Le problème de la France, c'est son systeme fiscal peu attrayant, ses lois de travail peu flexibles, les prélèvements et les charges trop élèvés... Ainsi les multinationales et les entreprises etrangères rechignent à venir s'installer sur sol français, par contre les ONG, les Maisons de retraites ou EMS et les services et commerces ont moins de problèmes. Ceci dit de nombreux hôtels résidences près de Genève font de bons chiffre d'affaires permettant à des gens de passage ou pour de courtes durées d'être hébergés.

Écrit par : Sirène | 10/07/2011

@Damataire
S.Salerno parle de décroissance puisqu'elle envisage de relever la fiscalité, autrement dit de retirer la carotte qui a fait venir les multinationales. D'après vous, que va t il se passer si l'attrait fiscal du canton disparait ? Entre ça et le franc fort, il ne faut pas se faire d'illusion. Mais tout le monde sera content une fois les grandes société parties. Au moins plus personne n'aura de travail, qualifié, pas qualifié, Genevois, frontaliers : tous perdants, youpi !

Écrit par : noel | 12/07/2011

@ noël
Il semble pourtant que d'apres les affirmations des responsables de l'executif les autres arguments soient egalement de nature a les faire rester:
- qualite de vie
- place internationale et concentration de competences.
- loi du travail souple et facilite d'importer des "talents" sic CEO de Cargill
- attractivite geographique...
- si d'apres les dires des entreprises il n'y a que 10% d'expat. Ilyaura difficulte de convaincre les 90% de "locaux" de demenger sans mettre en danger l'organisation interne.

Une petite enquete s'impose tt de meme aupres des CEO sur leur reaction si les conditions fiscales changeaient... Je le concede...

Quant au tous perdant... J'ai des doutes...
Le marche du logement respirerait.

Apres une discussion avec un ami travaillant a GE hier, il faudrait etre fou (ou snob) pour avoir envie d'habiter GE aujoudhui. Il est pendulaire avec 2h de trajet quotidien comme mon voisin du dessus prof a Emilie Gourd. Causes principales: Mobilite et qualite de vie.

Écrit par : Damataire | 12/07/2011

J'habite à Paudex (Lavaux)

Écrit par : Damataire | 12/07/2011

La dernière fois que le marché du logement a "respiré" à Genève, c'était dans les années 30, à la fermeture de la SDN... Des propriétaires se sont jetés par la fenêtre, car ils ne trouvaient plus de locataires et n'arrivaient plus à payer leurs hypothèques. Vous me direz "bien fait, salauds de propriétaires..." Sauf que dans le Genevois français, les 3/4 des gens sont des propriétaires et ont des traites à rembourser. Idem, quoiqu'en plus faible proportion, dans le district de Nyon.
Quant aux prolétaires, à l'époque, ils crevaient de faim à la soupe populaire. Alors perso, je préfère un marché qui s'ouvre en augmentant l'offre plutôt qu'en éteignant la demande...

Écrit par : Philippe Souaille | 12/07/2011

Là vous me parlez des spéculateurs immobiliers ou de neo-propriétaires sur-endettés imprévoyants des "vaches maigres" ou victimes de conseillers financiers incompétents ?
Comme quoi l’appât du gain a des limites...

Quelles sont les limites "l'augmentation de l'offre"?
Pas de limites ??

J'ai la mémoire courte .. quelle était l'époque de
"...ils crevaient de faim à la soupe populaire".

N'y-a-t-il pas d'autres axes de développement économique que celle de l'importation de "multinationales multi-importatrices de compétences de Ht-vol" (call it snobism). Tourisme, formation ds des pôles de compétences issus de métiers traditionnellement hérité de notre région (horlogerie, chimie, informatique, métier du trading ;-) ).
nom d'un chien la créativité et l'inventivité n'est pas l'apanage des artistes... les politiques pourraient aussi en user.

Écrit par : Damataire | 12/07/2011

Bravo Philippe Souaille concernant votre analyse positive et objective. Je pense qu'il vous est difficile de discuter avec M. Antoine Vieillard, j'ignorais qu'il était simple employé de commerce sans vouloir le discréditer. Ceci étant, il a mené à bien son élection de délégué régional grâce à son utilisation à corps perdu sur son blog.
Maintenant, nous pourrons suivre son travail d'élu en tant que centriste. J'espère aussi qu'il mènera à bien et à corps perdu l'énorme boulot à effectuer dans la région.
Nous savons aussi que vous communiquez régulièrement, ce qui est bien, car vous savez ouvrir les yeux de votre ami Vieillard. Ceci, sans vouloir l'offusquer bien sûr.
Je ne partage pas ses idées politiques, trop restrictives, encore "vieillotes", quelques fois à gauche, quelques fois à droite. Vouloir plaire à tout le monde, n'a jamais été convainquant. L'histoire nous le prouve. Enfin, espérons qu'il grandisse dans le bon sens du terme puisqu'il y met tant de coeur! Cependant, je confirme que nous devons accepter toutes les multi-nationales et nouvelles entreprises qui souhaitent s'installer à Genève. Assez de cette gauche qui continue à bloquer notre économie et qui nous ressasse toujours les mêmes discours. Nous souhaitons avancer dans le sens positif. Action, moteur, on tourne!

Écrit par : rose des sablesse | 01/08/2011

Newell Rubbermaid a choisi de s'implanter à Genève pour des raisons fiscales, et ce n'est surement pas pour recruter des paysans locaux ou pour développer ce pays sous-développé qui se soumet à la concurrence fiscale pour le plus grand bonheur du groupe

Et les dirigeants expatriés en Suisse vivent cette délocalisation un sacrifice nécessaire à faire pour leur carrière

Écrit par : Magnus | 26/10/2011

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