05/10/2010

Genève commence à réfléchir sur son modèle économique

Pierre-François Unger, Conseiller d'Etat de Genève en charge notamment de l'économie a indiqué hier que Genève hésiterait à accueillir une entreprise de 5000 employés.

La remise en cause du modèle économique de Genève est modeste et théorique puisque jamais le canton de Genève ne s'est trouvé dans une telle situation. Mais pour la première fois, un Conseiller d'Etat reconnait qu'il y a un lien entre la pénurie de logements, l'exode massif de la jeunesse genevoise dans le Genevois français, la circulation qui se détériore chaque jour et la politique économique "exogène". Le chemin est encore long pour une remise en cause, mais la réflexion commence.

J'ai déjà eu l'occasion de partager mon analyse sur la politique économique genevoise : elle ne réduit en rien le niveau de chômage puisque les entreprises viennent avec leurs salariés et que les emplois qu'elles créent localement sont de niveau international et ne correspondent pas aux compétences des chômeurs locaux. Elle n'est pas pérenne puisque les entreprises qui viennent sont par définition mobiles et que les conditions offertes (absence quasi totale d'impôts sur les sociétés) sont dérogatoires et injustes vis-à-vis des entreprises genevoises et déloyales vis-à-vis des pays dans lesquels ces entreprises sont installées.

Mais surtout quel est le sens de cette politique économique qui dégrade la qualité de vie des Genevois en aggravant la pénurie de logements, en aggravant les conditions de circulation et en paupérisant les Genevois par une augmentation constante du coût de la vie. La seule justification c'est de générer des recettes fiscales au travers de l'impôt sur le revenu. Recettes fiscales éphémères lorsqu'il faudra payer la facture des investissements en infrastructure considérables qu'il faudra faire pour préserver la qualité de vie avec 200 000 habitants supplémentaires. Il faudrait environ un CEVA tous les 7 ans par exemple sans compter les écoles, créches et lits d'hopital.

Longtemps le Genevois français a profité de cette politique économique comme Genève profitait de la construction de logements en France. Mais aujourd'hui nous sommes devant un mur comme on le constate à Saint-Julien-en-Genevois : l'exode massif de la jeunesse Genevois condamne à l'exil les salariés en euros et les services publics. Il agrave les conditions de circulation et accélère une urbanisation débridée qui dévore les espaces naturels.

Cette croissance exogène effrénée subit par les Genevois donne des arguments aux proches des partisans de la décroissance comme aux populistes : Verts et MCG, vainqueurs des dernières élections cantonales. Le débat a commencé parmi les Genevois mais aucun parti genevois ne porte encore l'idée d'une politique économique endogène. Il est temps d'imaginer une autre croissance, une croissance endogène qui crée des emplois plutôt que d'en importer. Une croissance locale qui crée des emplois qui correspondent aux qualifications des chômeurs et des jeunes plutôt que de faire venir des emplois avec des cadres sup. Une croissance qui accorde autant d'avantages fiscaux aux PME genevoises qu'aux multinationales. Une politique économique qui mette aussi au centre la formation des Genevois aux nouveaux métiers.

Tôt ou tard nous aurons effectivement 200 000 habitants supplémentaires dans l'agglomération genevoise... mais si ils sont là en 2040 plutôt qu'en 2030, nous pourrons mieux préparer leur arrivée tout en préservant la qualité de vie et les équilibres budgétaires.

Commentaires

Monsieur Vielliard,
Message largement répété dans vos différents blogs et bien compris de vos lecteurs.
Nous allons donc entamer une période ou Genève affiche complet.
Formidable!
Nous allons recommencer à vivre avec moins et certainement avec une économie décroissante, puisque notre cité va devenir moins attractives pour ces multinationales.
Délocalisation (sur Vaud, Fribourg, d’autre canton ou en Angleterre.) licenciements, perte du PIB et des impôts.
Voilà ce qui nous attend à court terme (ce qui me satisfait pleinement).
Il est temps pour vous Monsieur Vielliard de penser à dynamiser l'économie de la région française, car dans peut de temps vous aurez comme tâche d'occuper quantité de vos citoyens en recherche d'emplois.
Il est temps pour l’homme politique du Genevois Français à penser économie, car les deniers publics, venant de Genève, vont baisser.

Peut-être alors… vous regretterez le temps passé?

Écrit par : eric | 05/10/2010

Bonjour Eric,

Je ne sais pas quelle note vous avez lue avant de publier ce commentaire mais ça ne doit pas être la mienne. Il n'y a rien de formidable à atteindre un mur après tant d'aveuglement sur les conséquences à long terme d'un développement économique principalement exogène sans avoir préparer une réorientation endogène de la politique économique.

Le Genevois français crée des emplois. 30% d'emplois supplémentaires entre 1999 et 2007... soit exactement la même croissance que le nombre d'actifs résidants dans le canton de Saint Julien en Genevois. Je vous invite à lire la note précédente sur le sujet à l'adresse suivante :
http://antoinevielliard.hautetfort.com/archive/2010/09/23/30-d-emplois-en-plus-dans-le-genevois-francais-en-depuis-199.html
En particulier le nombre d'emplois à Archamps a doublé !

Si dans le même temps le nombre de frontaliers a augmenté c'est que 1) Genève exporte ses actifs faute de logement et 2) de plus en plus d'habitants du Genevois français doivent aller travailler à Genève pour avoir les moyens de se loger alors que le marché de l'immobilier atteint les prix genevois.

Nous travaillons à la question de l'emploi. Nous avons à ce sujet organisé il y a bientôt un an, une rencontre avec les chefs d'entreprises. Vous trouverez le compte rendu à cette adresse.
http://antoinevielliard.hautetfort.com/archive/2009/10/26/rencontre-elus-et-chefs-d-entreprises-du-genevois.html

L'obstacle numéro 1 à leur croissance ce sont les conditions de logement pour leurs salariés et le coût de la vie associés à la pénurie de logements.

Enfin et surtout, votre commentaire est assez étonnant... il prétend qu'il ne peut y avoir de croissance à Genève sans apport des multinationales. Votre commentaire part de l'hypothèse que les entreprises Genevoises ne peuvent pas se développer ??!!??? Que les Genevois ne seraient pas capables de créer des entreprises et de la richesse ??!!??? C'est un point de vue courant à Genève. Certains utilisent même l'image du vélo qui tomberaient en s'arrétant... moi je pense plutôt que c'est une fuite en avant. L'hypercroissance et la décroissance finissent toujours par se rejoindre dans la récession.

Une autre croissance est possible qui ne soit pas une décroissance. C'est une croissance certes plus modeste à court terme, mais plus forte parce que plus durable.

Écrit par : Antoine Vielliard | 05/10/2010

Monsieur Vieilliard,

Si votre région crée de l'emploi, c'est en partie grâce à la dynamique de Genève et Vaud et surtout de son aéroport international.

Certes le développement de notre région n'est pas équilibré, Genève comme le Genevois français ne construisent pas les infrastructures nécessaires (logements, routes, TP, etc.).

Et ça vous avez raison.

Mais c'est purement un manque de courage politiques venant de chaque côté de la frontière.

Afficher complet pour une région comme la nôtre n'est pas forcément judicieux économiquement parlant.

J'exerce dans le secondaire. Et je peux vous assurer que nous travaillons principalement grâce à la forte activité du tertiaire, qui amène tout de même un pouvoir d'achat important. Nous seront les premiers sacrifiés de ces replis.

Tout ce que nous avons construit ces vingt dernières années, on va le détruire car des politiques au pouvoir comme vous et bien d’autres, ne sont pas capable de développer et d'investir la ou il y a urgence.

Ils ne cessent de réagir académiquement, sans construire du concret !

Prenons comme exemple le sujet que vous critiquez régulièrement, le développement des transports publics.

A ce jour, les pouvoirs français (communes, régions et nation) ne sont pas capables de trouver le financement pour les transports suivants :
-construction du CEVA côté français,
-doublement de la voie ferroviaire Annemasse - Thonon,
-développement de la voie rapide Chablaisienne,
-prolongement du tram sur St-Genis,.
-prolongement du tram sur St-Julien
-lien ferroviaire entre Genève et Annecy
La liste est longue n’est-pas!
Pas très joli tout de même l’exemple Français

Les Genevois ont bien compris le petit jeu des élus français, vous attendez le financement de ces infrastructures par le grand frère, comme le dernier tronçon du TGV Genève Paris.

C’est bien joli de critiquer comme vous le faite, mais vous devriez être irréprochable et montrer l’exemple, ce qui n’est pas le cas.

Maintenant que nous sommes dans le mur, en partie par la faute d’un genevois voisin un peut trop proche de ses sous, on verra bien qui est-ce qui a raison.

Je vous dis donc à dans dix ans pour un nouveau bilan.

Écrit par : eric | 05/10/2010

A QUOI BON PERDRE SON TEMPS, ET DÉPENSER DES MILLIONS DE FRANCS, POUR UNE NOUVELLE CONSTITUTION GENEVOISE, QUI DÉRAPE DÉJÀ, ET QUE LES AUTORITÉS VONT S'EMPRESSER D'IGNORER LORSQUE CELA LES ARRANGERA.

Étant frontalier depuis début 2001, mais genevois d'origine, j'ai à plusieurs reprises invoqué la Constitution Genevoise, pour revendiquer l'égalité de traitement entre les genevois expatriés et les genevois résidents à Genève, notamment en matière fiscale et en matière de tarification hospitalière appliqués aux frontaliers, en invoquant l'article 2 "Égalité devant la loi" de la Constitution Genevoise du 24 mai 1847, lequel précise :

1) Tous les Genevois sont égaux devant la loi.
2) Le peuple genevois renonce à toute distinction de territoires et à toute inégalité de droits qui pourraient résulter soit de traités, soit d'une différence d'origine entre les citoyens du canton.

A la lumière de ce qui précède, pourquoi un genevois d'origine, résidant en France, doit-il aller jusque devant le Tribunal fédéral suisse pour faire valoir son droit à l'égalité de traitement ?

Pourquoi les instances genevoises inférieures l'ont-elles chaque fois débouté alors qu'il est patent qu'il avait raison depuis le premier jour. En effet l'ALCP est applicable d'office et immédiatement, s'agissant d'un traité international qui prime sur le droit national.

De surcroit, la Commission de recours en matière d'impôts (CCRI) lui réclame plus de CHF 1'000.-- d'émoluments de décisions, alors-même que le Tribunal fédéral a reconnu qu'il avait raison et que le Tribunal administratif a reconnu qu'il avait été victime de dénis de justice, de violations au devoir de célérité et de violations à l'égalité des armes de la part de ladite Commission de recours.

Dans le cadre de ses trois recours devant la CCRI jugés en 2008, il y a eu respectivement 71.4 %, 66.67 % et 62.5 % de commissaires notoirement ou probablement hostiles aux frontaliers, dont chaque fois une forte proportion de membres du MGC et de l'UDC. Cela ne vous fait-il pas un peu penser au tirage au sort du jury dans l'affaire de la BCGe ?

Jusqu'à ce jour, la CCRA à chaque fois éludé les questions de l'intéressé à ce sujet. Genève est-elle réellement la République bananière ou règne la politique des petits copains qui est décrite tant de fois dans les différents blogs ?

Pourquoi Les Hôpitaux Universitaires Genevois continuent-ils à discriminer les frontaliers, même genevois, en matière de tarification hospitalière, alors que l'Arrêt du Tribunal fédéral du 26 janvier 2010 a clairement précisé que les frontaliers qui obtiennent plus de 90 % de leurs revenus en Suisse ont droit à la protection de l'article 9 al. 2 Annexe I ALCP, lequel précise que les travailleurs frontaliers ont droit aux mêmes droits sociaux et fiscaux que les travailleurs nationaux résidents en Suisse ?

Monsieur François Unger se plaint que Genève ne peut accueillir une société internationale avec 5'000 employés, faute de logements à Genève. La Politique du Gouvernement Genevois , par pur esprit de lucre, pousse les résidents genevois à s'expatrier en France voisine, puisque le coût de la vie à Genève est tiré vers le haut par le pouvoir d'achat incroyablement élevé de ces expatriés.

Les résidents genevois qui se résignent à s'expatrier en France voisine, donc nouveaux frontaliers, seront ensuite traités comme des pestiférés lorsqu'ils viendront travailler à Genève avec des plaques françaises alors même que les employés des multinationales fraichement arrivés à Genève seront royalement traités.

Honte aux autorités étatiques genevoises, à la justice genevoise, ainsi qu'aux partis bourgeois, à Genève, notamment le PDC !

Frédéric Vahlé

Écrit par : Frédéric Vahlé | 05/10/2010

@Frédéric Vahlé : Je suis parfaitement d'accord avec vous. La discrimination des tarifs de l'hopital cantonal selon le lieu de résidence est un véritable scandale. Je vous remercie de le souligner.

@Eric :
Le fait que votre activité dépende en grande partie de cette politique économique ne signifie pas nécessairement que vous auriez moins d'activité si une autre politique économique était mise en oeuvre. Les moyens qui pour l'instant sont attribués aux entreprises internationales seraient alors attribués à d'autres entreprises.

Pour ce qui est du financement des transports, l'idée que je défends de le cadencer de manière proportionnelles aux avancées sur la question du logement n'est pas encore majoritaire en France. Dans la liste que vous citez il y a un peu à boire et à manger. Certains financements sont en cours de bouclage, d'autre sont au stade initial parce que les projets sont eux mêmes au stade initiaux, sur d'autre il n'y a pas encore de consensus sur l'opportunité et sur d'autre enfin, il y a une réelle impossibilité technique et budgétaire... mais certainement pas l'idée de le faire financer par d'autre. L'obstacle majeur pour le bouclage des financements en France ce sont les financements croisés : Etat, Région, Département et collectivités locales doivent s'entendre d'une part sur l'opportunité et ensuite sur le tour de table... et là c'est à celui qui pourra en payer le moins. C'est ca qui ralentit les décisions et les avancées.. mais je ne pense pas que nous égalerons jamais les retards sur la traversée du lac. ;-)

Dans ma réponse initiale à votre premier commentaire je suis passé un peu vite sur tout ce que nous devons mieux faire à l'avenir dans le développement économique et que je vous ai déjà mentionné. A savoir concentrer nos investissements dans les domaines pour lesquels le Genevois français a des atouts (loisirs, tourisme d'affaire, biotech, logistique, ONG).

Je ne sais pas si cette note est une critique.. mais elle est critique et propose une autre politique qui me semble plus pertinente, plus durable, plus humaine.

Cordialement,

Antoine Vielliard

Écrit par : Antoine Vielliard | 05/10/2010

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