13/09/2010

Logement et population : un curieux communiqué de l’OCSTAT

Ce matin l’OCSTAT a publié un communiqué très étonnant sur le logement et la population dans le canton de Genève. Une vision purement statistique qui néglige de profondes disparités… et sers certains intérêts politiques.

 En résumé, le communiqué de presse affirme que sur 20 ans, l’augmentation du nombre de logements a suivi celle de la population avec deux périodes différentes : de 1990 à 1999 les logements deviennent plus spacieux il y a donc moins d’habitants dans les logements ; puis de 2000 à 2009, le nombre d’habitants par logements augmente mais dans des logements plus grands. En résumé, selon cette analyse biaisée : il y aurait assez de logements pour la population Genevoise et par ailleurs les habitants ont la chance de vivre dans des logements de plus en plus grand. Une grande mascarade bien éloignée de la situation des Genevois.

 Il faut creuser un peu ces faits :

1)      Les limites purement cantonales de l’OCSTAT trouvent ici leurs limites. Si la population et le nombre de logements a cru de manière assez proportionnelle c’est simplement parce que faute de logements, les jeunes Genevois ont du massivement aller se loger dans le canton de Vaud et dans le Genevois français. Si on regarde la croissance moyenne dans l’ensemble du Genevois franco suisse on tombe sur une croissance démographique d’environ +2% par an –totalement générée par les politiques économiques externes de Genève - si on regarde en revanche la production de logements à Genève on constate que Genève n’a construit que 0,66% de logements par an aggravant la pénurie chaque année, expulsant ses propres habitants loin des réseaux de transports en commun et dégradant la qualité de vie du Genevois franco suisse. Il est dommage que le communiqué de l’OCSTAT induise de fausses conclusions. Non il n’y a pas eu assez de logements pour loger la population, mais la croissance démographique a nécessairement dû suivre la croissance du nombre de logements. Si Genève génère une croissance de population de +2% par an dans le Genevois franco suisse, il serait non seulement plus juste mais surtout plus efficace pour préserver notre qualité de vie à tous que Genève et le Genevois français construisent chacun 2% de logements par an.

 2)      L’OCSTAT passe totalement sous silence la disparité des situations familiales à Genève. Oui, pendant qu’une partie de la population est mal logée, trop loin et à des coûts exorbitants, l’autre moitié de la population vit dans des appartements trop grands, qui gaspillent la moitié de l’espace urbanisé et la moitié de l’énergie de chauffage ! La moitié des chambres à coucher sont vides toutes les nuits dans le canton de Genève. Selon ce que j’ai pu constater, et les témoignages entendus, la moyenne cantonale que décrit l’OCSTAT recouvre deux évolutions contradictoires pour deux groupes de populations : d’un coté des bien-logés dans des logements peu chers et devenus trop grands et de l’autre des jeunes familles qui s’entassent dans des appartements de plus en plus petits et de plus en plus chers. Nulle part l’OCSTAT ne dévoilent ces statistiques explosives : une génération de mieux en mieux logée et une génération de moins en moins bien logée – or bien souvent ce sont les mieux logés qui s’opposent aux constructions de logements pour les mals logés.

PS : Mes notes sur le logement sont sans aucun doute répétitives. Cela mérite quelques explications : 1) d’une part, l’action politique est plus efficace lorsqu’elle se concentre sur quelques sujets plutôt que de s’éparpiller dans tous les sens et de réagir sans cesse à la dernière actualité, 2) d’autre part, le problème du logement dans le Genevois franco suisse a des conséquences en chaine sur a) la circulation, b) le pouvoir d’achat, c) les services publics et l’économie dans le Genevois français, d) les disparités sociales entres les personnes qui travaillent à Genève et les salaries en euros, e) la cohésion de notre future agglomération et sa capacité à construire son avenir.

Commentaires

Et que proposez-vous ? la réquisition des appartements, l'obligation pour les petits vieux de quitter leurs 5 pièces à 800 francs pour loger dans des deux pièces à 1'200 francs ? ou l'internement obligatoire en EMS ? la transformation des logements d'apparat (7 pièces ou plus) en appartements communaux à partager entre plusieurs familles, comme dans la défunte URSS ?

Pour moi, toute intervention de l'état empiètant la liberté individuelle et la propriété privée est à manier avec la plus grande précaution, sous peine de tomber dans l'arbitraire. Genève souffre non pas d'un trop grand libéralisme, mais au contraire d'un excès de règles.

Écrit par : Punica Fides | 13/09/2010

D'accord avec Punica Fides

"d’un coté des bien-logés dans des logements peu chers et devenus trop grands et de l’autre des jeunes familles qui s’entassent dans des appartements de plus en plus petits et de plus en plus chers. Nulle part l’OCSTAT ne dévoilent ces statistiques explosives : une génération de mieux en mieux logée et une génération de moins en moins bien logée – or bien souvent ce sont les mieux logés qui s’opposent aux constructions de logements pour les mals logés."

Attention les généralisations... bon nombre de ces "bien logés" comme vous dites sont des parents dont les enfants ont pris leur envol. Et s'ils restent à 2 ou seul dans l'appartement familial devenu trop grand par rapport à leur réel besoin, ce n'est pas tant par égoisme ou en s'opposant aux constructions, mais plutot parce qu'ils ne trouvent pas plus petit pour moins cher...
(sans parler de l'aspect purement émotionnel que "porte" un appartement ou une villa où vous avez vu vos enfants grandir, par exemple...)

Ces "bien-logés" ne sont de loin pas tous des propriétaires de villa ou même d'appartement. Ce sont bien souvent des locataires prisonniers du même marché sclérosé de l'immobilier genevois que les jeunes familles entassées dans de (trop) petits appartement que vous mentionnez.

Écrit par : mouais | 14/09/2010

La Ville de Genève, sous l'impulsion de sa magistrate socialiste Sandrine Salerno applique des pénalités sur le montant des loyers pour les logements sous occupés. Cette possibilité pourrait être ouverte aussi aux propriétaires privés : il me parait assez juste que la pénurie soit aussi partagée par la génération qui l'a engendrée en s'opposant à toute construction, plutôt que d'être subie exclusivement par leurs enfants. Cela permettrait que les oppositions abusives cessent.

De manière générale cette sous occupation d'une part importante des logements trouve sa source dans l'innefficacité du marché de l'immobilier Genevois. Normalement, il ne devrait pas y avoir de telles différences entre les anciens loyers et les nouveaux loyers. Cela permettrait à des personnes qui sous occupent des logements de pouvoir déménager dans des logements plus petits et de faire baisser leur loyer. Cela sera à nouveau possible lorsque Genève construira assez de logements pour baisser la pénurie.

Dans tous les cas, cette différence de situation SCANDALEUSE ente la génération bien logée dans laquelle se recrute les opposants aux constructions de logements et la génération mal logée doit être étudiée, documentée et publiée. Il est probable que les vieux Troinésiens n'auraient alors plus l'outre-cuidance de s'opposer à la construction de quelques logements jugés trop modernes au vue de leur situation d'archi privilégiés. Il est probable que les positions honteuses de l'association Pic Vert serait alors plus modeste au vue de leurs privilèges. Il est probable que Grobet aurait alors moins de soutiens lorsqu'il s'oppose à des projets de logements.

Cordialement,

Antoine Vielliard

Écrit par : Antoine Vielliard | 15/09/2010

Bonjour,

Je ne trouve pas très opportun de jeter l’opprobre collectivement sur toute une génération de “bien-logés”. Ce faisant, vous mélangez deux catégories de population bien distinctes, les locataires dont l’appartement est devenu « trop grand » (d’ailleurs qui définit ce qui est trop grand ? L’Etat ? Cette immixtion dans la vie privée me dérange quelque peu), qui sont tout de même l’écrasante majorité, et qui normalement ne font pas ou peu opposition, et les propriétaires fonciers (petits ou gros) qui sont, eux, souvent responsables des blocages. Ne confondez pas, je vous prie, le propriétaire d’une villa à Troinex avec le locataire divorcé d’un grand cinq pièces en centre ville.

Mon idée, serait, plutôt qu’une pénalité arbitraire pour sous-occupation, d’introduire une plus grande liberté dans la fixation et l’adaptation des loyers au marché en cours de bail. Avec toutefois certains garde-fous en cas de pénurie grave, lorsque le marché ne fonctionne tout simplement plus. Ceci éviterait une trop grande disparité entre les anciens et les nouveaux loyers, donc inciterait tout naturellement un locataire dans un appartement trop grand (donc trop cher) à chercher ailleurs, puisqu’il aurait alors l’opportunité de trouver plus petit pour moins cher.

Dans le même temps, des mesures énergiques pour débloquer l’offre seraient bien évidemment nécessaires (déclassements, limitation du droit d’opposition, allègement des procédures) afin de fluidifier le marché et de permettre au mécanisme décrit ci-dessus de fonctionner.

Une base de données publique des loyers pratiqués dans chaque quartier devrait être accessible à tous, afin de permettre aux locataires de négocier également leurs loyers à la baisse en cas de baisse de tendance.

Écrit par : Punica Fides | 15/09/2010

Et pourtant il faut bien convenir que propriétaires de villa et divorcés représente la même engeance. Monsieur et Madame occupe tous les deux un 5 pièces, différent naturellement. Et madame depuis qu'elle est libre a passé en matière de sport nocturne la vitesse supérieure. Je vous dis pas les HURLEMENNNNNNNNNTS. J'espère que Monsieur l'amant n'occupes pas lui aussi un cinq pièce pour recevoir sa maitresse lorsque les enfants sont dans le 5 pièces de madame.

Écrit par : UBU | 15/09/2010

@Punica Fides :

Il serait abusif de généraliser un jugement à toute une génération... et pourtant la démocratie, et tout particulièrement la démocratie directe, rend tout un peuple responsable des décisions prises. et lorsque ces décisions se sont pérénisées pendant plusieurs décennies il s'agit bien d'une génération qui est responsable de la pénurie de logements à Genève au détriment de la suivante. or les analyses montrent que cette génération ne subit pas les conséquences de ses propres décisions mais les fait subir à la génération suivante. La grande majorité n'a pas eu conscience des conséquences des décisions prises, certains se sont beaucoup opposés aux carcans qui empêchent de construire des logements pour les jeunes Genevois... mais le résultat est malgré tout là. Il aura nécessairement des conséquences sur la solidarité entre les générations à l'avenir.

Pour ce qui est de la sous occupation, sa définition est assez simple et ne constitue pas une immixion dans la vie privée : il s'agit simplement d'un rapport entre le nombre d'habitants et le nombre de chambres dans le logement. Vu la situation de pénurie extrême il est effectivement choquant que la moitié des chambres à coucher du canton soient innocupées et chauffées toutes les nuits ! Un marché plus efficace, des règles plus adaptées permettraient de loger deux fois plus d'habitants : c'est à dire de répondre aux besoins en logements pendant les 40 prochaines années sans construire un seul logement supplémentaire !!!

Cordialement,

Antoine Vielliard

Écrit par : Antoine Vielliard | 16/09/2010

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