04/08/2010

L’agglomération genevoise : la seule agglomération en Saturne d’Europe !

Aggravation des problèmes de circulations, exode de la jeunesse genevoise du cœur de l’agglomération, certains estiment que les évolutions du genevois franco-suisse sont des évolutions classiques d’une agglomération en construction. La frontière au milieu n’y changerait rien. Les débats entre le Genevois français et le canton seraient des débats classiques d’agglomération qu’on retrouverait à Grenoble ou Lyon.

D’autres au contraire, estiment que l’aménagement absurde de notre agglomération ne s’explique que par l’existence de la frontière. Un Maire Haut-Savoyard, sur le ton de la plaisanterie lançait récemment : « l’annexion ou rien » – avec une idée derrière la tête : les politiques genevoises seraient-elles identiques si Genève avait aussi la souveraineté sur le Genevois français ? Une forme moderne de « ne fais pas à ton voisin ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse ».

L’étude récente de l’observatoire statistique transfrontalier qui compare l’agglomération genevoise aux autres agglomérations européennes vient clore ce débat. Non l’agglomération genevoise ne se construit pas comme les autres. De toutes les agglomérations européennes c’est l’une de celles dont la croissance démographique est la plus violente.

Mais surtout aucune autre agglomération en Europe ne concentre sa croissance démographique si loin du centre ville. Aucune autre agglomération en Europe n'éloigne autant ses nouveaux habitants des lieux de travail. La majorité des agglomérations ont une croissance démographique plus forte au cœur de l’agglomération qu’en périphérie. Dans les rares cas où c’est le contraire la différence est modeste. Dans le Genevois franco suisse il y a –selon les calculs- entre +1% et +1,5% de croissance démographique supplémentaire en périphérie par rapport au cœur de l’agglomération. Année après année l’agglomération Genevoise construit un véritable anneau de Saturne autour d’elle qui l’enferme dans des problèmes de transports inextricables.

Ces chiffres montrent que l’agglomération genevoise ne se construit pas comme les autres. Par ses politiques fiscales elle génère une croissance démographique parmi les plus fortes d’Europe, mais ne l’assume pas par une politique du logement correspondante. Ces incohérences genevoises créent 5000 automobilistes supplémentaires chaque année qui encombrent un peu plus les routes genevoises et réduisent à néant les efforts d’infrastructure en transport en commun. Le CEVA risque d’être un coup d’épée dans l’eau si pendant les années de construction Genève expulse plus d’habitants que le CEVA ne pourra en transporter.

Cette exportation de la pression foncière expulse aussi la jeunesse genevoise et par ricochet la jeunesse du genevois français. Elle détruit l’activité économique et publique du Genevois français.

On peut continuer à construire nos politiques comme si elles n’avaient pas d’effets de l’autre coté de la frontière, comme nous l’avons fait depuis 30 ans.. mais nous risquerions de le payer cher pour longtemps. On doit plutôt commencer à établir des politiques régionales qui nous permettent de préserver durablement la qualité de vie dans le genevois franco-suisse.

Source : L’espace urbain franco-valdo-genevois en comparaison européenne – Observatoire statistique transfrontalier 24 juin 2010

Commentaires

A priori le Luxembourg fait de même. On y travaille a haut salaire grâce a son secret bancaire et sa gestion de fonds, mais on habite en Allemagne a moindre couts.

PS: Quand ce maire lançait la boutade « l’annexion ou rien », il pensait a l'annexion de Genève a la France ou le contraire ? Parce que dans le 1er cas d'une certaine façon la situation se résoudrait effectivement d'elle même: Il n'y aurait plus d'intérêt a travailler a GE...

Écrit par : Eastwood | 04/08/2010

@Eastwood,

Votre commentaire est tres interessant car effectivement le Luxembourg est aussi une agglomeration multinationale. Le Luxembourg pourrait tres bien faire comme Geneve : attirer sans cesse plus d'emplois... et imposer a ses voisins les nuisances correspondantes.

Mais le Luxembourg est precisement le contre exemple de Geneve. Aucune autre agglomeration en Europe ne se densifie autant que le Luxembourg. Il y a presque 1,5% de croissance demographique supplementaire au coeur de l'agglomeration qu'en peripherie. Exactement le direct oppose du model Genevois. Le Luxembourg amenage son agglomeration de sorte a pouvoir a l'avenir developper un reseau de transport en commun performant. Geneve au contraire se construit un anneau peripherique qui ne pourra jamais etre vraiment efficacement relie au centre par des transports en commun performants, regulier et abordables pour les budgets publics.

(Vous trouverez les donnees de comparaison a la page 6 du rapport de l'observatoire statistique transfrontalier dont le lien est dans la note)

Cordialement,

Antoine Vielliard

Écrit par : Antoine Vielliard | 04/08/2010

Bon si les stats le disent, je ne suis pas un spécialiste du Luxembourg alors je veut bien vous croire...

Mais quand même pour ce que j'en ai vu (et confirmé par mes collègue sur place) c'est une ville de bureaux et de parcs, morte la nuit, parce que la plupart des gens habitent au delà des frontières.

Et 1.5% de croissance sur rien, c'est pas grand chose. Il faudrait connaitre les valeurs absolues.

Écrit par : Eastwood | 04/08/2010

La croissance au Luxembourg est a peu pres dans la moyenne des agglomerations europeennes. J'y suis passe recemment.. mais je ne connais pas bien. Il est tout a fait possible que l'amenagement actuel au Luxembourg soit aussi stupide que celui de Geneve... ces statistiques ne l'indiquent pas. Ce qu'elles indiquent en renvanche c'est que le Luxembourg ameliore son amenagement en densifiant le centre plus que la peripherie alors qu'au contraire Geneve l'aggrave un peu plus chaque jour en contraignant plus d'habitants a aller vivre plus loin. Le resultat c'est qu'au Luxembourg 1) l'amenagement permettra a une proportion croissante d'habitants de pouvoir utiliser les transports en commun alors qu'au contraire a Geneve l'implantation des nouveaux habitants cree 5000 automobilistes de plus par annee, et 2) les investissements que fait le Luxembourg seront plus rentable et plus efficace pour reduire les nuisances de la circulation alors qu'a l'oppose les investissements que Geneve fait dans le CEVA seront reduit a neant par la poursuite d'un amenagement stupide qui exil les habitants loin des reseaux de transport en commun.

Cordialement,

Antoine Vielliard

Écrit par : Antoine Vielliard | 04/08/2010

Il serait bon de préciser que les 1 ou 1,5% de croissance supplémentaire en périphérie ou au centre sont de la croissance démographique, qui à 1,5% est une donnée énorme ! Mais en même temps relative: elle dénote l'augmentation de la population par rapport à la population pré-existante d'un côté ou de l'autre de la frontière... Et où sont les limites de l'agglomération genevoise ?
Il serait intéressant de comparer le nombre de nouveaux habitants à Genève et en France voisine en données brutes annuelles. Avez-vous ces chiffres ?
Cela dit, est-ce bien nécessaire d'user de noms d'oiseaux ?

Écrit par : INSEE | 06/08/2010

Effectivement 1% par an en demographie est une chiffre enorme... qui fait un peu plus de 20% en deux decennies seulement !

Les limites de l'agglomeration sont variables selon les statistiques considerees. Les donnees de l'observatoires prennent traditionnelement - a peu de choses pres - le cadre de l'ARC qui englobe Bellegarde, Thonon et Bonneville.

Pour ce qui est de chiffres absolus, la population a augmente de 4189 habitants sur le canton de Geneve en 2009 pour environ 10 000 nouveaux habitants dans le Genevois franco suisse par an. Geneve n'assume que 40% de l'augmentation demographique qu'elle genere alors qu'elle represente 60% de la population.

J'ai relu et n'ai pas trouve de nom d'oiseau dans cette note ci.. mais effectivement il m'arrive parfois d'en utiliser.. car il ne s'agit pas uniquement de statistiques mais aussi de la vie de gens que j'ai eu l'occasion de rencontrer. Des infirmieres de l'hopital de Saint Julien qui n'ont tout simplement plus les moyens de vivre en raison de la pression fonciere exportee. Il ne s'agit pas simplement de statistique ou de principe mais aussi d'engagement pris par le canton de Geneve dans une charte d'agglomeration signee officiellement en grande pompe et constamment violee depuis par le canton. Il ne s'agit d'ailleurs meme pas seulement de logement mais des consequences de cet amenagement absurde sur l'aggravation des nuisances de la circulation et la destruction de la qualite de vie dans le Genevois franco suisse.

Les noms d'oiseau ne sont effectivement pas tres gentils.. mais ils sont beaucoup moins violents que cet amenagement absurde et ses consequences sur la vie des habitants : Les jeunes Genevois qui sont de fait expulse par ces politiques, les genevois qui subissent les nuisances croissante de la circulation et les salaries en euro qui voient leur faible pouvoir d'achat rogne un peu plus chaque jour ! S'ils peuvent reveiller un peu certaines personnes alors ils n'auront pas ete totalement inutiles.

Cordialement,

Antoine Vielliard

Écrit par : Antoine Vielliard | 06/08/2010

Non, Monsieur Vielliard ! Le canton ne viole pas la Charte. Genève respecte des obligations tout comme elle respecte l'obligation dénonçable de verser environ 150 millions chaque année à la France, ce au bénéfice des collectivités locales "victimes" de l'ALCP voulu par Paris. Tout au plus la Charte est inapte à atteindre les buts que vous estimez désirables. Il fallait convaincre d'en faire une qui soit conforme à vos attentes. Rien ne vous interdit de continuer et de proposer la modification de la Charte pour que les genevois soient contraint d'adopter le droit vaudois et de renoncer à leur satanée démocratie directe. Mais il est vrai que vous êtes minoritaires et que les habitants du genevois n'ont pas envie, contrairement à ce que vous préconisez, d'être entassé en Ville de genève pour pouvoir se mieux rendre à l'usine à pied.

S'agissant des employés en euro, je relève que ceux-ci peuvent souvent travailler en Suisse à condition de bien vouloir se déplacer plus loin, de ne pas vouloir la retraite à 60/62 ans mais à 65/67 ans, de ne pas vouloir travailler 35 heures par semaine mais 42 heures. De nombreux habitants du genevois français, dont vous, font usage de cette possibilité et ils ont bien raison même si cela est au détriment des moins qualifiés qui voient leur risque de chômage augmenter et leurs salaires diminuer (par exemple l'avenant genevois à la convention collective de la restauration qui prévoyait une salaire minimum un peu plus élevé que le salaire national a disparu en suite des ALCP.

S'agissant des fonctionnaires, qui relèvent de la fonction publique française, il appartient à la France de les payer correctement. Paris doit leur octroyer la prime grande ville.

Écrit par : CEDH | 11/08/2010

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