18/01/2010

Retrouver la passion dans son travail pour créer plus

La semaine dernière j'ai rencontré une personne passionée par son travail. J'ai soudainement réalisé que cela faisait longtemps que je n'avais pas entendu quelqu'un parler avec passion et enthousiasme de son travail. Beaucoup sont las. Ils s’y investissent moins et n’y trouvent plus beaucoup d’autre sens que celui de survivre.

Des discussions annuels de performances baclés, des responsables qui ne font même plus semblant de s'intéresser à ce que font leurs équipes... et même des commerçants, eux même patrons, qui finissent par se lasser de se faire engueuler sans cesse par des clients toujours plus exigents et rarement reconnaissant du travail accompli. : même les patrons ont des patrons - leurs clients-.

Il y a de multiples causes à cette désaffection :

1) Des exigences de rentabilité excessives des marchés ont conduit les dirigeants à produire du cash à court terme plutôt que d’investir dans leur avenir. Au bout de la chaine les salariés constatent le non sens des décisions qu’ils doivent appliquer. Ils constatent que ces décisions reviennent à scier la branche sur laquelle ils sont assis. Il en va par exemple des décisions d’investissement dictées par des normes comptables ou des mesures internes. Les mécanismes qui ont conduit les banques à acheter des subprimes aux taux élevés mais sans solvabilité sont encore à l’œuvre. Pour afficher 15% de croissance des bénéfices par an dans une économie mondiale dont la croissance dépasse rarement les 4%, il faut réduire les investissements, augmenter les prix et réduire la qualité. Exiger 15% de rentabilité c’est tuer la poule aux œufs d’or des entreprises. Les salariés le constatent et n’ont plus de passion pour leur métier.

2) Des réorganisations constantes qui conduisent à la disparition du management. Un cadre supérieur m’expliquait récemment assez justement : « quand j’ai commencé à travailler un manager avait deux, trois ou quatre personnes qui lui rapportaient. Il savait parfaitement ce qu’elles faisaient. Il pouvait les former, les suivre, les aider et les évaluer. Aujourd’hui non seulement il a une dizaine de personnes qui lui rapportent mais il a aussi un travail à temps plein pour lui. Il ne sait pratiquement pas ce que font ses salariés et n’est plus capable ni de les former ni de les évaluer. » Il continuait en expliquant que les évaluations ne se faisaient plus sur le travail produit mais sur le travail montré. Ce qui conduit aussi à enlever toute passion au travail.

3) Une relation de confiance qui a été détruite : la nouvelle génération de salariés qui prend de nouvelles responsabilités dans les entreprises ont compris les limites de la relation de confiance entre employeurs et employés. Ils ont vu leurs parents être licenciés à 55 ans. Ils ont vécu la valeur purement vénale du contrat de travail qui se réduit à un échange économique. La destruction de la composante humaine du contrat de travail a conduit à déshumaniser le travail et à lui retirer une partie de la passion nécessaire.

La passion est pourtant nécessaire au travail. Il faut de la passion pour qu’il y ait de la créativité. Il faut de la créativité pour qu’il y ait de l’innovation, de la croissance ou une meilleure efficacité.

Contrairement au slogan simpliste "travailler plus pour gagner plus" qui a berné surtout des électeurs de retraités, gagner plus ne suffira pas pour réintroduire de la passion dans le travail. Il faudra redonner du sens au travail.

Cela passera par une incitation fiscale pour les entreprises à investir dans leur avenir plutôt que de se réduire à l’état de machine à cash. Les salariés devront avoir confiance de travailler à l'avenir de leur entreprise et pas à en faire de simple vache à lait. L’économie sociale et solidaire peut introduire une nouvelle concurrence sur les marchés qui redynamise l’activité économique et lui donne un sens nouveau. Paradoxalement, les carcans du droit du travail en France, considérés jusqu’à présent comme un handicap pour l’économie, pourrait bien devenir un atout pour réinstaurer une meilleure confiance dans les entreprises françaises. Il faudra aussi faire de l’entreprise un lieu de formation continue où l’on apprend constamment les nouveaux métiers qui apparaissent. Alors que les carrières de plusieurs décennies sont de plus en plus l’exception, il faudra imaginer de nouvelles formes de formation continue qui ne soient pas nécessairement organisée par l’employeur mais par la collectivité.

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