30/10/2009

Logements : le pugilat entre les Verts et les Liberaux Genevois

Pendant que tous les habitants du Genevois franco suisse souffrent chaque jour de la pénurie de logements, les Verts et les Libéraux ont continue leur pugilat lors du débat entre les candidats au Conseil d'Etat. Les Libéraux reprochant aux Verts de ne pas déclasser ou de ne pas valider les Plans Localises de Quartier préalable aux constructions... alors que les Verts reprochent aux Libéraux de protéger les zones de villa.

Pendant que ce pugilat continue, chaque jour 20 familles environ doivent quitter le canton pour aller vivre dans le Genevois français loin des réseaux de transport et utiliser désormais une voiture immatriculée 74 pour se rendre au travail.

L'attaque de Mark Muller (Liberal) qui reproche à Robert Cramer (Vert) de n'avoir pas sorti les Plans Localisés de Quartier ne manque pas de pertinence. Mais pour autant il faut rendre à césar ce qui est à cesar. C'est un Vert, en l'occurrence le même Cramer, qui prépare les plans de l'agglo qui anticipent et prévoient l'urbanisation de l'axe vers Bernex et de celui vers Saint Julien... et ce sont les Libéraux du coin qui s'y opposent dont leur chef de groupe Pierre Weiss. Les Libéraux feraient bien de balayer devant leur porte.

Mark Muller estime que le déclassement des zones de villa n'augmenterait pas grandement le nombre de construction de logements. Peut être mais le déficit de constructions est tel qu'aucune piste ne doit etre négligée. Et si cela entraine si peu de construction alors les nuisances seront réduites pour les électeurs Libéraux propriétaires de villas. Les villas consomment 6 fois plus d'espaces naturels, coûtent 5 a 6 fois plus de fonds publiques pour l'assainissement, éloignent les habitants des réseaux de transport en commun ce qui les contraint d'utiliser leurs voitures sur des voies déjà engorgées. Il y a du sens à favoriser petit à petit, sur 20 ans, la conversion des zones villas en petit habitat collectif de 2 étages. Cela passe par un déclassement des zones de villa. Les Libéraux dans leur campagne ont affirmé être contre toute forme d'opposition mais sur la question du logement -comme pour le CEVA - les opposants aujourd'hui sont des Libéraux.

A son corps défendant, Mark Muller explique que les constructions sont longues et que nous verrons seulement dans quelques années l'effet des politiques conduites. Je crains que son optimisme soit exagéré puisque ce même Mark Muller se satisfait de seulement 2000 autorisations à construire alors qu'il en faut impérativement 4000 par an conformément aux promesses politiques et aux engagements d'agglo. Les constructions progresseront sans doute.. mais leur nombre insuffisant aggravera la pénurie. Il faut donc une intervention majeure et urgente pour que la situation de la jeunesse Genevoise s'améliore.

Si les chantiers durent trois fois plus longtemps à Genève alors il faut engager 3 fois plus chantiers. Si les lois Genevoises ne permettent pas la construction alors il faut s’inspirer du droit Vaudois.

Le pugilat entre les Verts qui protégeaient la campagne et les Libéraux qui protegaient les villas, a couté assez cher aux habitants du Genevois franco suisse qui en font les frais.

Les Verts ont compris que l'opposition aux déclassements et les contraintes contre l'urbanisation conduisent à un exode des Genevois dans le Genevois français. Cet exode conduit ces Genevois vers un habitat individuel émetteur de 4 à 5 fois plus de CO2. Un habitat diffus qui contraint ses habitants à abandonner les transports en commun et à utiliser leur voiture. Les Verts ont compris que s'opposer à la construction de logement à Genève revient à détruire l'environnement.

A l'opposé les Libéraux n'ont encore pas compris l'enjeu de la question du logement : même pour des Libéraux qui mettent l’économie au centre de la société. Ils n'ont pas encore compris que la pénurie de logement est l'un des principaux handicaps à l'économie de Genève. Ils n'ont pas encore compris que l'habitat diffus va se traduire par une inflation des dépenses publiques de collecte des déchets et d’assainissement... mais surtout infrastructures de transport en commun coûteuses et des embouteillages permanents qui coutent déjà 500 milliards de Francs Suisse par an à l’économie genevoise. Les Libéraux défendent encore l'idée qu'on peut laisser le Genevois français construire les logements des Genevois sans se rendre compte encore de l'impasse dans laquelle cette politique a conduit l'agglomération.

Le projet d'agglo conduit par Robert Cramer montre que les Verts ont évolué dans leur réflexion. Les documents de campagne orduriers distribués par les Libéraux durant la campagne pour le Grand Conseil montre qu'en revanche les Libéraux sont les derniers opposants réels à la construction de logements en nombre suffisant.

Les Verts n'ont pas encore transformé en Plan Locaux de Quartier les intentions du projet d'agglo mais au moins ils ont changé de discours politique... à l’opposé les Libéraux eux, continuent de protéger des zones de villas qui occupent plus de la moitié du territoire urbanisé de Genève mais ne logent que 14% des habitants. Le déclassement de seulement un cinquième des zones de villas pourrait pourtant permettre de construire 17% de logements supplémentaires soit 6 années de besoin de la jeunesse Genevoise.

 

Commentaires

Il faudrait cesser ce débat stérile: c'est une simple question de géométrie, commune d'ailleurs à toutes les villes du monde.

Il n'y a pas assez de place au centre, donc la place y devient chère, et comme elle devient chère, elle devient hors de portée de la plupart des particuliers.

On pourrait, certes, nationaliser les surfaces de bureaux, et en faire des appartements. Resterait alors à voir où finirait cette Genève hypothétique, que fuiraient les entreprises.


Le sujet est plus sensible à Genève parce qu'il n'y a pas de place, et donc que, un peu loin du centre, on est soit en France, soit dans le canton de Vaud (bien plus intéressant fiscalement comme chacun sait).

Mais toutes les villes du monde connaissent le même problème, et il n'y a rien à y faire, sauf alors à construire d'immenses tours, à la hauteur augmentant en proportion inverse du carré de la distance au centre, puisque la surface, elle, diminue avec le carré de la distance au centre.


Une fois que cette réalité aura été admise par tous, on pourra réfléchir à des pistes qui diminuent la souffrance, le temps passé dans les transports, et la pollution:
- décentrer les entreprises: il y a longtemps que cela a commencé, comme on peut le voir en France voisine, ou dans le canton de Vaud
- mettre en place des transports publics sur les grands axes - mais payés par qui, au fait?


Tout le reste n'est que blabla stérile.

Écrit par : antoineb | 30/10/2009

Je connais un avocat qui déclare plus de 200'000 de revenu qui vit dans un duplexe de 120 m2 pour moins de 900.-- par mois.
1 ch. de la Sélière 1219 Aire

Écrit par : corto | 31/10/2009

Ah, oui j'oubliais, 5000 m2 de campagne et un bail Etat de Genève ! ! !

Écrit par : corto | 31/10/2009

Chacun dit qu'il veut construire, mais plutôt dans les quartiers où l'on vote pour l'autre parti. Mais même en ce cas, on ne sait pas pourquoi le parti majoritaire ne parvient pas à imposer à l'autre la chose. Il faut l'unanimité, pour prendre une décision?

A mon avis, on pourra dire qu'il n'y a plus de place quand, entre Genève et sa banlieue française, les espaces verts seront équivalents, proportionnellement à la taille de l'agglomération, aux bois de Vincennes et de Boulogne. Je pense qu'il faut éviter de mesurer la place en fonction de celle qu'on suppose exister en France. Cela brouille un peu le débat.

Écrit par : rm | 31/10/2009

@ Corto : ... Drôle d'idée quand même d'habiter à Aïre (quand on peut faire autrement)! Chacun ses goûts. Pour ma part, je déprimerais à coup sûr dans ce quartier...

Écrit par : Kissa | 31/10/2009

La diversité du logements doit tout comme celle culturelle ou de mobilité, ne pas se réduire à de la construction catastrophique des années 60/70. Les Verts ont tendance à régir les problèmes de manière arbitraire et sans autre choix possible. les socialistes ne jurent que sur les logements sociaux. Les libéraux cherchent à optimiser le mètre carré et parfois ne donnent pas l'impression de vouloir construire pour détendre le marché. S'ajoutent à cela des lois les plus strictes sur le déclassement des zones et les règlements de construction les moins souples de Suisse ainsi que nombreux blocages citoyens, associatifs et politiques et l'on voit que l'ensemble est difficile à gérer. Maintenir des zones villas est nécessaire pour laisser des poumons verts autres que les parcs publics dans le Canton de Genève. On dénigre les zones villas alors que l'on ne discute même pas des jardins collectifs qui existent en centre ville, occupant aussi du mètre carré cher et qui ne profitent qu'à quelques familles. Pourquoi cette inéquité dans le traitement de la discussion ?
De plus, à force de n'avoir pas construit ou d'avoir laisser la discussion aux experts (administration, politique, architectes et promoteurs/investisseurs), la population s'est lassée et n'a plus l'habitude et la réflexion pour des grands projets architecturaux et urbanistiques ce qui fait que la discussion sur le terrain est conflictuelle et statique.

Écrit par : demain | 31/10/2009

Kissa, avec une superbe vue sur les méandres du Rhône, sans vis-à-vis ça passe !

Écrit par : corto | 31/10/2009

@antoineb : Je ne sais pas de quoi vous parlez mais certainement pas de l'agglomération Genevoise. Jetez un oeil depuis le Salève ou sur Google Earth et vous constaterez que le canton de Genève est moins dense que sa couronne du Genevois français. Aucune agglomération au monde n'est construite de cette manière : centre ville puis campagne puis périphérie. Pour une raison bien simple c'est qu'un tel aménagement rend les transports en communs qui sont nécessaires totalement infinancables. Il y a beaucoup trop de kilomètre à parcourir pour trop peu d'utilisateur qui sont trop éparpillés.

Ce qu'il faut cesser c'est de nier l'évidence. Ce qu'il faut commencer à faire en revanche c'est de regarder le fait et de bâtir un avenir qui pour une fois cesse de nous enterrer dans des embouteillages qui empirent chaque jour à mesure que Genève exile 20 familles Genevoises par jour faute de pouvoir les loger.

Cordialement,

Antoine Vielliard

Écrit par : Antoine Vielliard | 31/10/2009

Demain, honnêtement, vous donnez vraiment l'impression de défendre les propriétaires rentiers de villas. Il est évident qu'un espace entièrement vert comme le bois de Vincennes est un meilleur poumon, et qu'on ne peut pas dire que les gens qui habitent quelque part polluent vraiment beaucoup. Ce qui pollue, c'est de se déplacer. Mais je pense que tous les débats qui consistent à refiler aux électeurs d'en face la patate chaude ne sont pas très bons. Il y a un oarti majoritaire, et à mon avis, pour agir, il faudrait ne pas attendre l'unanimité. Si le parti majoritaire n'arrive pas à gouverner, il faut forcément réformer le régime. Qui est majoritaire, à Genève? Si ce sont les Libéraux, il faut reconnaître que ce sont les Verts, qui sont le plus fautifs, contrairement à ce que dit Antoine Vielliard. Mais si ce sont les Verts, il faut reconnaître que protéger les zones villas, s'ils ont décidé de les supprimer, n'est pas très démocratique. Je m'étonne quand même que les voix minoritaires se plaignent qu'on ne veuille pas discuter avec elles. Si les élections leur ont donné tort, discuter encore ôte en fait tout sens à l'élection elle-même. Si l'élection ne permet pas de gouverner, elle ne sert à rien.

Écrit par : rm | 31/10/2009

Je ne défend personne mais je trouve pénible de s'attaquer aux propriétaires de villas (qui ne sont pas tous des nantis) et de pas ouvrir les yeux sur d'autres lieux et moyens de construire. La ville de Genève a des centaines d'endroits et notamment les jardins collectifs qui occupent comme à Châtelaine un espace énorme pour construire, puis le projet PAV et enfin la surrélévation de certains bâtiments sont encore à exploiter. Mais soyons clair et disons que des infrastructures collectives de type RER hors frontière, rapides, bien connectées et avec une cadence correcte réduiraient la mobilité individuelle mais pour cela il faudrait avoir une vision de mobilité au niveau de la métropole qui comprend les départements frontaliers français.

Écrit par : demain | 31/10/2009

Oui, donc, c'est hors de portée de la souveraineté du peuple genevois: mieux vaudrait ne pas s'y attarder. La vérité est que si on doit remplir des engagements concernant les nouveaux logements, tout est bon, et que si les zones villas sont visées, il n'y a pas lieu de s'en plaindre, et rien n'empêche de s'attaquer ensuite aux jardins collectifs, notamment quand le parti majoritaire sera passé de la gauche vers la droite (si j'ai bien compris). Il ne s'agit sans doute pas, à l'échelle de l'Etat et sur le long terme, de s'attaquer à toutes les zones villas et de ne jamais toucher aux jardins collectifs, mais de rogner un peu partout, afin que tout le monde participe. Avoir des raisonnement partisans, c'est bloquer les choses, alors que, dans les faits, chaque parti pourra s'attaquer à ceci ou à cela, selon sa sensibilité, et en fonction de l'alternance démocratique. Enfin, je suppose que, depuis la France, dont est citoyen Antoine Vielliard, c'est ce qu'on ressent: il ne s'agit pas de savoir si les Genevois s'y prendront de telle ou telle manière, pour remplir les engagements de l'Etat de Genève, puisque chaque parti s'y prend comme il veut et que le vote est libre, et que ce n'est vraiment pas aux Français de dire s'il faut voter libéraux ou écologistes, mais si ces engagements peuvent être tenus au-delà des blocages liés aux procédures. Moi, je pense que même si on pense que ces blocages sont dus à une démocratie théoriquement idéale, il sera difficile d'impliquer les départements français voisins dans des projets communs, ultérieurement, si on n'a pas montré une capacité nette à tenir des engagements pris au préalable. Mais je n'en sais rien: peut-être que les élus français seront assez bonne pâte pour compatir aux soucis des propriétaires de villas. Peut-être que s'ils ne le sont pas assez, on pourra dire que c'est parce qu'ils ont la vue courte. Et peut-être que c'est vrai, je ne sais pas.

Écrit par : rm | 31/10/2009

Entièrement d'accord avec vous, le mieux serait de partager l'espace, un peu d'espaces pris sur les zones villas et sur les jardins collectifs. Ce qui est sûr, c'est que les projets de construction doivent sérieusement s'accélérer pour endiguer le départ de nombreux genevois hors du Canton.

Écrit par : demain | 31/10/2009

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