28/10/2009

La droite dérive vers l'extrème droite en France comme à Genève

Dans la multiplicité des différences entre la politique Genevoise et la politique française, il est intéressant de constater quelques évolutions parallèles. C’est le cas de la lente et constante dérive de la droite vers l’extrême droite.

En 1998 à l’occasion des élections régionales en France, l’UDF se divise en deux entre les Libéraux qui veulent s’allier au FN pour défendre les intérêts économiques et les démocrates chrétiens qui refusent de telles alliances fort de leurs valeurs humanistes. Les Libéraux deviennent alors Démocratie Libérale et rejoindront l’UMP en 2002. Les Démocrates Chrétiens restent à l’UDF et décideront de former le Mouvement démocrate en 2007. 1ère étape en France.

En Suisse, le 10 décembre 2003, les parlementaires Libéraux Genevois apportent leur soutien à l’élection de Christoph Blocher. Candidat imposé par l’UDC en violation des traditions helvétiques qui recommandent qu’un parti présente plusieurs candidats. Ils renouvellent ce soutien le 12 décembre 2007 malgré le bilan de gouvernance désastreux. 1ère étape à Genève.

En 2002, Jacques Chirac tente de récupérer une partie de l’électorat FN en axant sa campagne sur le thème de l’insécurité. Jacques Chirac choisi le terrain politique le plus favorable à l’extrême droite. Cette stratégie a favorise la progression électorale du Front National qui pour la première fois atteint le deuxième tour de la Présidentielle. Jacques Chirac présente alors des candidats aux législatives face à tous les démocrates chrétiens afin de les faire disparaitre de la carte électorale. 2ième étape en France.

En 2009, la droite Genevoise place le thème de l’insécurité au centre de la campagne cantonale. Le MCG double son score électoral. L’extrême droite genevoise rassemble 24% des voix ! 2ième étape à Genève.

En 2007, Nicolas Sarkozy ne se contente pas seulement de reprendre les thèmes de l’extrême droite, il en reprend aussi les idées (identité nationale), les provocations (les racailles) et la gouvernance autoritaire et personnelle. Le résultat est flagrant : l’électorat FN vote avec enthousiasme pour ce candidat de cette droite qui vire à l’extrême. Nicolas Sarkozy annexe alors les derniers mohicans démocrates chrétiens du Parlement regroupés dans un Nouveau Centre réduit à l’état de mouvement croupion. 3ième étape.

Lorsqu’on entend certains responsables Libéraux Genevois évoquer à nouveau l’idée d’une alliance avec l’UDC à peine quelques jours après leur nouveau dérapage publicitaire et quelques semaines avant la votation contre les minarets, on comprend que certains Libéraux d’influence ont déjà fait leur choix. Quelques uns commencent à évoquer formellement des idées avancées jusqu’ici par l’extrême droite, j’y reviendrai dans les prochains jours. Ils attendent seulement le moment propice pour une nouvelle coalition avec l’UDC. La 3ième étape se prépare.

Ce moment propice arrivera tôt ou tard. Radicaux et Démocrates Chrétiens Genevois n’échapperont pas éternellement à la trappe du quorum des 7%. Leur difficulté à former une relève au-delà de quelques exceptions et leur difficulté à être identifié à des réalisations spécifiques au sein de l’entente rendent leur positionnement toujours plus difficile. La trappe approche.

En France, le centre a fini par perdre son identité centriste dans le confort d’une alliance électorale avec la droite. Nous le payons aujourd’hui et encore sans doute pour quelques années. A Genève, il est encore temps pour les Radicaux genevois et le PDC d’anticiper de futures coalitions avant de se retrouver nez à nez face à un partenaire de droite qui dérive vers l’extrême droite.

Les contradictions idéologiques entre le socialisme et l’écologie faciliteront ces coalitions nouvelles.

Commentaires

La droite s'extrémise parce que, face à l'égoïsme des Etats même favorables à la mondialisation, égoïsme inspiré par la croyance vaine que certaines nations, les plus intelligentes, les plus instruites, les plus "universelles", profiteront de la mondialisation, tandis que les autres resteront en arrière, les électeurs, restant dans cet égoïsme, mais voyant qu'ils ne sont pas parmi ceux qui profitent de la situation, veulent empêcher cette mondialisation - en vain aussi. La seule solution n'est pas des alliances entre des partis bourgeois qui pensent la communauté à laquelle ils appartiennent assez "universelle" dans son essence pour profiter de la mondialisation contrairement aux autres, mais bien de proposer la création de nouvelles structures démocratiques élargies, soit au niveau européen, soit au niveau de l'agglomération transfrontalière genevoise, puisque la Suisse ne fait pas partie de l'Union européenne: on est bien obligé ici d'agir dans le très particulier et le très localisé, mal gré qu'en ait par exemple Philippe Souaille. Or, pour pouvoir établir ces structures nouvelles, il faut bien sûr mettre fin à l'exclusivisme national sur le plan culturel. Il faut créer de l'espace et de la souplesse, à cet égard, en ne liant plus tant la culture à un Etat qu'à un lieu de vie. C'est pourquoi, par exemple, j'ai proposé que dans l'agglomération française du Genevois, on enseigne la culture (histoire et littérature) de Genève et des environs. J'invite les Genevois à demander un enseignement également adapté aux réalités historiques et culturelles non de Genève seule, mais de son canton, en abandonnant toute orientation partisane. 1602 par exemple est une date importante, mais elle n'est pas la seule.

Écrit par : rm | 28/10/2009

Analyse très intéressante, même si je ne suis pas certain que le parallèle soit aussi flagrant. Pour aller dans le même sens, bien des Verts ici me confient être proches du parti radical des Segond et Petitpierre, dignement représenté par Longchamp et Maudet, et la différenciation d'avec le PDC est bien davantage affaire de personnes et d'histoire que d'idéologie.
Mais d'un autre côté l'UDC n'est pas unanime, même à Genève. Certains sont plus présentables que d'autres, alors que lorsque l'on voit les propos clairement racistes tenus dans ces blogs par des Scipion et autres admirateurs de Baettig qui semblent représentatifs d'une certaine UDC vaudoise, cela fait froid dans le dos.
Quant aux libéraux, ils sont comme tous les grands partis, assez variés pour présenter une véritable palette de positions

Écrit par : Philippe Souaille | 28/10/2009

La réflexion sur la sécurité et l’immigration, thèmes souvent liés, est mal vue? Cette réflexion a été largement escamotée par les clivages politiques qui s'en sont mêlés: à la gauche le supposé humanisme et l'ouverture sur le monde, à la droite (souvent extrême) la fermeture et la fermeté.

En France, le refus des thèses de Le Pen - assez extrêmes dans bien des cas, il faut le rappeler - a empêché pendant des décennies les autres formations politiques de tenir une réflexion sereine sur la notion d'identité, de valeurs communes, d'intégration et de sécurité. Il aurait fallu séparer la personnalité de Le Pen d'avec certains aspects de ses thèses. Poser la question de l'immigration en France a été longtemps impossible, car c'était automatiquement rangé dans un camp et le débat était refusé.

Eric Besson lance un débat sur l’identité nationale. Après l’internationalisme prolétarien, et à l’époque de la mondialisation, d’une Europe partiellement supra-nationale, des mélanges culturels et artistiques, de la facilité des voyages et des rencontres entre cultures différentes, le nationalisme reviendrait-il au galop? Je n’en suis pas certain. Il me semble logique qu’une région ou un pays s’administre selon sa tradition, ses lois, et l’adhésion des habitants à des valeurs morales, relationnelles et juridiques communes. Nous sommes certes encore loin d’un monde sans frontières! Mais ce rêve est peut-être prématuré. Et le discours de certains islamistes voulant islamiser la France, ou de jeunes beurs irresponsables dont le rap encourage à niquer la France, la violence dans les banlieues, ne permet pas encore, et de loin, d’envisager une société multiculturelle intégrale, pacifiée et fondée sur des valeurs partagées. Sur ce point d’ailleurs, soutenir une société multiculturelle par principe humaniste, sans esprit critique ni fondements clairement posés, est de la naïveté ou de l’aveuglement idéologique - car l’humanisme peut aussi être une idéologie quand les bons sentiments prennent le pas sur une vraie réflexion.

L'exemple de la France est malheureux car rien n'a été fait dans le sens d’une vraie et légitime depuis trop longtemps. Peut-être que les beurs de 2e ou 3e générations vivent des discriminations dans leurs cités. Mais cela légitime-t-il leur violence? Et que font-ils pour que cela change? Pourquoi les italiens, les polonais et d'autres ont pu s'intégrer et ne pas subir de discrimination et pas eux? Pourquoi après tout ne seraient-ils pas eux aussi considérés comme responsables d'eux-mêmes? Brûler des voitures, tirer sur des flics, c'est totalement irresponsable, inacceptable. Avoir vu les émeutes des banlieues comme on l'a vu, personne ne doit accpter cela comme normal. Point barre. Qu'on leur dise clairement que leur vie est entre leurs mains. Que leurs parents le leur disent. Qu'on arrête de plaindre ou valoriser des irresponsables - oui des irresponsables - fiers de brûler les voitures des ouvriers. Qu'en France, la gauche aille aussi au charbon sur ce thème.

Le thème de la sécurité n’est pas d’extrême droite par nature. C’est un thème de société. Vivre dans l'ouverture et le partage - thème plutôt de gauche auquel j'adhère - suppose que la paix et la sécurité soient assurés et des valeurs de base respectées - thème plutôt de droite auquel j'adhère également.

Écrit par : hommelibre | 28/10/2009

Pouvez-vous me dire si, à St.-Julien, il y a une section du Bloc Identitaire ?

Écrit par : octave vairgebel | 28/10/2009

Come disait l'autre, John, on n'a jamais fait respecter l'autorité légale seulement par la peur du gendarme, ou seulement par le raisonnement à froid. Il faut que le peuple croie que l'Etat est bienveillant. Or, pour donner le sentiment de la bienveillance à la population, il n'est pas bon que l'Etat, à travers l'Education, donne le sentiment qu'il s'oppose à la culture naturelle des populations. Culture naturelle soit parce qu'elle est liée à un lieu de vie, soit, pourquoi ne pas le dire, parce qu'elle est liée à une communauté, aux origines familiales. Or, trop souvent, la culture commune n'a pas été regardée comme un surcroît utile, mais comme devant remplacer et supplanter la culture naturelle, populaire, locale ou familiale, regardée comme mauvaise en soi. L'Etat doit davantage se montrer neutre et respectueux de la culture de chacun, je crois. Il doit donner davantage l'impression qu'il garantit à tout individu la liberté de s'épanouir dans la culture qu'il a personnellement choisie, même si elle ne plaît pas à l'aristocratie intellectuelle qui a ses petits trônes dans le centre de la capitale.

Écrit par : rm | 28/10/2009

(Et pour cela, soit dit en passant, il faut décentraliser les programmes d'Education, et les adapter davantage au public qu'on a face à soi quand on enseigne. Voilà pourquoi il me paraît nécessaire que la zone frontalière française soit initiée à la culture genevoise, par exemple.)

Écrit par : rm | 28/10/2009

@Philippe : Les Liberaux sont diverses effectivement. Je crains simplement les positions de quelques un de leurs dirigeants. J'espere comme toi que les autres Liberaux ne se laisseront pas aller a ces derives. Comme en France l'evolution de la droite vers l'extreme droite laisse entraine le depart de quelques uns.

@HommeLibre :
Au dela des effets de manches et de la politique spectacle, la seule politique qui vaille en terme d'insecurite doit etre a la fois de prevention et de justice. Les gesticulations du President de la republique, ancien Ministre de l'Interieur, recordman du monde du nombre de loi sur l'insecurite, n'ont rien change au probleme. Le travail contre l'insecurite est un travail de longue haleine qui comprend des politiques sociales, de logement, d'emploi. En faire un theme central de campagne n'apporte rien a ce travail quotidien qui ne peut pas cohabiter avec la simplification abusive des contraintes de la communication. C'est effectivement une technique de campagne d'extreme droite.

Le debat sur l'identite national est un debat culturel, intellectuel ou philosophique... mais pas un debat politique. L'identite nationale est en perpetuelle evolution.

Quant a votre troisieme paragraphe qui assimile les violences des banlieues aux beurs de 2ieme ou 3ieme generations... c'est un amalgame aussi reducteur que de qualifier tous les elus UMP de corrompus simplement parce que Charles Pasqua (UMP), Jean Tiberi (UMP), Alain Carignon (UMP), Didier Balkany (UMP), Manuel Aeschliman (UMP), Georges Fenech (UMP), Pierre Bedier (UMP), Xavier Dugoin (UMP), Alain Juppe (UMP), Jean Francois Mancel (UMP), Jacques Chirac (UMP), Jean Francois Lamour (UMP), Jacques Masdeu Adreus (UMP), Serge Dassault (UMP), Jacques et Laurent Dominati (UMP)... etc... ont eu des problemes ou ont ete condamnes par la justice. La grande majorite des elus UMP sont honnetes et sinceres meme s'ils ont souvent tort ou n'ont pas le courage de leur opinion. De meme l'ecrasante majorite des beurs de 2ieme ou 3ieme generation n'ont pas grand chose a voir avec les emeutes de banlieue.

Cordialement,

Antoine Vielliard

Écrit par : Antoine Vielliard | 28/10/2009

Oui, il faut que le peuple croie que l'Etat est juste, en plus de bienveillant.

Écrit par : rm | 28/10/2009

@ rémy:

Un Etat bienveillant: n'est-ce pas lui attribuer un rôle symbolique parental et déresponsabilisant? Je veux bien qu'il ne soit pas "méchant", mais qu'il soit juste et responsable. Sans être non plus trop intrusif ou béquille. On ne peut attribuer à l'Etat ce qui est de la responsabilité individuelle. L'Etat ne gère pas notre vie, il ne fait qu'organiser et préserver les conditions pour qu'elle se déroule le mieux possible. Ce qui, j'en conviens, est loin d'être le cas partout et dans tous les domaines. Mais l'Etat n'est pas responsable des comportements criminels des individus.

@ Antoine:

Je n'ai pas généralisé la violence des banlieues françaises à la totalité des Beurs, ce qui serait abusif, inexact et réducteur j'en conviens. Mais avez-vous écouté le rap de beurs qui appellent à détruire ou à niquer la société française? Pourtant en effet tous sont loin d'être des casseurs irresponsables.

Écrit par : hommelibre | 28/10/2009

John, la question n'est pas ici, d'abord, celle des principes théoriques. Machiavel disait qu'en pratique, le peuple n'obéissait au prince que s'il était persuadé que l'action du prince était bienveillante, généreuse. Et puis organiser les conditions de vie crée des contraintes. Pourquoi les accepter si on n'est pas persuadé que c'est pour le bien de tous, y compris soi-même? D'ailleurs, inversement, pourquoi vouloir répandre la justice, si ce n'est par amour pour l'humanité? Pourquoi une telle lubie, après tout? Dire qu'on veut juste améliorer la vie pratique, c'est bien joli, quand on fait partie des plus aisés, mais avec ceux qui n'en font pas partie, cela ne prend pas. Il faut bien qu'ils regardent l'Etat comme oeuvrant pour l'ensemble de l'humanité par amour pour l'humanité en général, parce qu'il a foi en l'humanité et en son avenir. C'est ce qui réellement lui donne de l'autorité.

Quant aux criminels, l'Etat en est bien responsable, puisque c'est justement son rôle de les mettre en prison. A partir du moment où il en a la responsabilité effective, il serait quand même assez stupide de ne pas chercher à ce que le crime même n'apparaisse pas. Or, cette forme de prévention passe bien par la foi en une loi qui a été fondée non pas seulement pour améliorer le quotidien du plus grand nombre possible, mais dans l'amour même de l'humanité en général, dans le désir d'une société universellement plus juste.

Ensuite, cela n'empêche pas qui que ce soit de dire qu'il lui semble que telle loi a été créée dans un esprit peu conforme à la véritable justice. Mais on n'attend pas de l'Etat qu'il soit parfait: on s'attend juste à ce qu'il soit humain. Si cette humanité passe par l'image du père, eh bien, il n'y a qu'à la répandre: ce n'est pas si grave. Le chef de famille est bien le représentant de la loi chez lui. Ce n'est pour autant qu'il doit agir comme une machine sans âme.

Écrit par : rm | 28/10/2009

Les commentaires sont fermés.