19/10/2009

20'000 Suisses installés en France : tout n'est pas positif

Dans une inteview à la presse ce week end, David Hiller, président Vert du Conseil d'Etat, se réjouissait du brassage de population entre le Genevois Suisse et le Genevois français. Il estimait que d'ici 10 ans la proportion de Suisses installés en France doublerait allant même jusqu'à dire que c'était le sens du projet d'agglomération.

Il y a sans doute dans ces propos une simplification dû à la synthèse de faire tenir une interview en quelques lignes. Certains aspects du brassage des populations du Genevois franco suisse sont positifs. Ce brassage a effectivement lieu depuis plusieurs siècles maintenant -même Soli Pardo le comprendra un jour lorsqu'il aura vécu suffisament longtemps dans le Genevois franco suisse. Une majorité de vieux Genevois français et suisse ont un ancêtre ou un neveu de l'autre nationalité. 15% d'entre eux sont binationaux, même des candidats MCG, un chiffre qui ne peut qu'augmenter exponentiellement à chaque génération. On oublie aussi souvent qu'il y a 40 000 français résidant à Genève - des binationaux en majorité. Dans notre agglomération binationale, où nous nous influençons les uns et les autres, la nationalité a de moins en moins de pertinence.

Mais il y a aussi des aspects négatifs terribles qu'il ne faut pas négliger.

Les Genevois qui s'installent dans le Genevois français ne le choisissent pas. Ils y sont contraint face à la pénurie de logements à Genève. Une pénurie organisée par un immobilisme auxquels trop peu de responsables politiques s'attaquent. Cet exode des jeunes genevois est la conséquence de leur situation désespérée dans le canton. Ils vivent dans des appartements à la fois trop petits et trop chers. Le jour où la génération des papy boomers se décidera à construire des logements pour leurs enfants, ceux ci s'installeront près de leurs parents. Aujourd'hui ils s'exilent sous la contrainte de la pénurie de logements à Genève.

Il y a des aspects dramatiques pour les habitants du Genevois français. Tous ceux qui ont des revenus en euros n'ont plus les moyens de vivre. Les prix exhorbitants de l'immobilier détruisent leur pouvoir d'achat. Seuls ceux dont le mari ou la femme travaillent en Suisse peuvent encore se permettre de rester dans la région. Pour les autres, la vie devient insupportable. Ils se voient refuser des crédits immobiliers parce qu'ils ne travaillent pas en Suisse et doivent quitter leur commune de naissance. Des infirmières célibataires qui travaillent doivent compter sur la soupe populaire pour nourrir leur enfant. Les fonctionnaires demandent leur mutation dès que possible. Ils finissent toujours par l'obtenir. Les administrations locales, l'hôpital, la gendarmerie, les collèges et toutes les entreprises privées peinent à recruter et à fidéliser faute de pouvoir offrir un pouvoir d'achat décent. Une activité économique et publique du Genevois français ne peut pas se développer de manière autonome avec une telle contrainte foncière.

Il y a encore des aspects dramatiques pour l'ensemble des habitants du Genevois franco suisse. En exilant sa population au delà des réseaux de transports en commun, le canton de Genève condamne tout le Genevois à l'engorgement des voies publiques, à la polution, et à la paralysie. Le coût de ces engorgements est astronomique pour la santé publique, pour la qualité de vie de tous et en terme économiques ils se chiffrent en centaine de millions de francs suisses par an.

Genève est la seule agglomération au monde à mettre sa campagne entre son centre ville et sa banlieue. C'est peut être joli... mais ça devient invivable pour tous les habitants du Genevois franco suisse.

Contrairement à ce qu'affirme M. Hiller, le sens du projet d'agglo c'est de créer des emplois en France où il y a des logements, de construire des logements à Genève où il y a des emplois et de rattraper le retard en construisant des transports en commun. Les élus français aimeraient que les engagement de construction de logements à Genève du premier projet soient tenus.. avant de signer le second projet d'agglo. Les très faibles statistiques de livraison de logements conduisent de plus en plus d'élus français à penser que Genève fait semblant de participer au projet d'agglo. Il faut maintenant des résultats concrets : c'est à dire des livraisons de logements pour la jeunesse Genevoise.

Dans les campagnes électorales, les slogans de presque tous les partis sont favorable à la construction de plus de logements à Genève... mais les discours deviennent ensuite beaucoup plus ambigüs, comme David Hiller dans cette interview, comme Mark Muller qui affirme qu'il faut se donner le temps de construire des logements alors que Genève a déjà 30 ans de retard, ou encore Sandrine Salerno, Conseillère administrative en ville de Genèe qui affirmait un jour que Genève devait financer des logements en France.

Il est effectivement positif que le brassage de population se poursuive mais il serait indispensable que ce soit de manière libre et pas sous la contrainte, tant pour les jeunes Genevois actuellement contraint à l'exil par la génération au pouvoir que pour les Français payés en euros contraint de céder leur logement faute de pouvoir le payer.

Commentaires

Ce n'est pas avec les Verts que nous allons voir se construire des logements à Genève! Ils ne veulent même pas déclasser des zones agricoles, alors que le cantons a besoin de doux ou trois cités comme le Lignon. Les salariés bossant sur France, ne sont pas que victimes de vilains Suisse fuyant la crise du logement. Beaucoup de nouveaux venus du reste de la France (salariés sur Suisse) participent à cette crise en venant s'établir dans le 01 ou 74, attirés par les salaires genevois.

Écrit par : Riro | 19/10/2009

@Riro,

Les Genevois qui emménagent en France n'ont rien de "vilain" ;-) Ils font comme tout le monde, il font comme ils peuvent pour se loger dans la situation de pénurie entretenu par les paralysies cantonales et les ambiguités politiques qui laissent faire. Mais vous avez raison, l'inflation immobilière n'est pas uniquement créée par les Genevois qui s'installent dans le Genevois français mais bien par tous les salariés qui afflux vers Genève, dont près d'un millier par an le font parce que leur entreprise déménage attirée par les avantages fiscaux accordés par le canton.

En ce qui concerne les Verts Genevois j'ai la naïveté de croire qu'ils commencent à comprendre que l'opposition aux déclassement qui permettraient les constructions de logement se traduit dans les fait par un exode de population en partie dans des villas individuelles et toujours en dehors des réseaux de transport. Une politique totalement contre productive pour la protection de l'environnement. J'attends de voir que cette prise de conscience se traduise en acte avec des déclassements réels plutôt que de continuer de voir les légumes Genevois pousser au milieu des embouteillages.

Amicalement,

Antoine Vielliard

Écrit par : Antoine Vielliard | 19/10/2009

Si David Hiller est cohérent, il fera financer un moyen de transport pour tous les salariés de Genève qu'il se réjouit de voir s'installer en France. Car je suis persuadé qu'il ne se réjouit pas en se disant qu'il a donné la patate chaude au voisin.

Écrit par : rm | 19/10/2009

Vos remarques sont pertinentes, mais appellent deux questions :
1) Comment encourager des entreprises à s'implanter sur France compte tenu de la fiscalité qui y est pratiquée (sauf pour l'innovation) et des contraintes sociales ?
2) Comment imaginer un vrai développement du logement à Genève tant que l'échelon communal y est si présent (le plan directeur de la Ville de Genève voulait prévoir une moyenne d'environ 300 logements par an sur son territoire communal pour les quinze prochaines années... Il est facile et TRES démagogique de proposer du financement d'habitations sur France...) ? Seul un canton-ville permettrait une vision plus globale de l'aménagement.
En résumé, il me semble que seul un rapprochement de nos législation nationale - même sur un régime d'exceptions liées à la zone du Genevois - permettrait un vrai démarrage d'un projet transfrontalier.

Écrit par : Trésor | 19/10/2009

Mais ce rapprochement est lui-même utopique, à mon avis. En tout cas pour le moment.

Écrit par : rm | 19/10/2009

Ne vous inquiétez pas antoine...il y a les journaux.. les politiques..et la réalité..
Je suis patron à Genève.. et je peux vous dire que pour nous autres cela fait maintenant quelques années que nous faisons des développements transfrontaliers de nos activités, et qu'une partie de nos emplois sont créés sur le 74.
Cela est simplement logique.. Genève souffre du plein emploi depuis 15 ans.. et il est impossible de trouver des travailleurs... au début on les a fait venir de la zone frontalière, puis d annecy, puis de aix les bains.. et maintenant on importe des francais (non savoyards)que l on entasse dans des cités dortoirs coté 74.............. Mais on a aussi compris la limite de cette stratégie.. D'abord les implantés venus d'ailleurs ne s'intègrent pas aussi bien que les savoyards dans les nos sociétés, et deuxièmement les couts salariaux explosent. car le coût de la vie est maintenant le même à St ju que à Genève..
Sans compte que le cout de l'espace industriel est très élevé à Genève.
Maintenant, on tend donc à relocaliser des usines dans le 74, pour se rapprocher de la main d'oeuvre, utiliser les fortes compétences locales du réseau de sous traitance et les espaces disponibles. Sur Genève, on ne garde que les postes à très forte valeur ajoutée qui peuvent difficilement s'accomoder des conditions sociales et fiscales de la France.
Le seul Hic... c'est que nous avons hérité d'une population sur Genève qui n'est pas adaptée au nouveau modèle économique et qui se retrouve incapable de s'intégrer.. Et que, second problème, l'absence de logement ne permet pas au jeunes de s'établir...

Écrit par : olivier | 19/10/2009

Très cher Monsieur Vieillard,

Vous affirmez que les entreprises sont attirées à Genève par des avantages fiscaux. Ce que vous dites est assez facile. La France est incapable de créer les emplois nécessaires à raison d'une gestion hasardeuse, par exemple, en créant un enfer fiscal, le (rare) contrat de travail à vie et la perpétuelle négation de l'état de droit, dont sont d'ailleurs victimes bon nombre de nos concitoyens.

S'agissant des logements, je vous prie de considérer qu'il ne s'agit pas d'un problème genevois mais bien d'un problème européen. Vos concitoyens européens ont envahis, envahissent et continuent à envahir Genève et la Suisse. Pour Genève, je vous invite à considérer qu'à Genève résident 115'000 de vos concitoyens. Dans ces conditions, il n'est pas interdit de penser que nos 20'000 concitoyens frontaliers ainsi que leur familles, ne trouve pas sans un logement à raison de cette (sympathique) invasion.

Avant d'accuser les autre, posez-vous la question de savoir si la Suisse est à l'origine du chômage français qui contraint vos concitoyens à l'exil extérieur et intérieur.

Écrit par : adsl | 19/10/2009

adsl,

La Suisse est ENTIEREMENT responsable d'attirer tout ce monde venu de l'extérieur. Tout simplement du fait de faire venir des Entrerprises par un appât fiscal. Ces Entreprises du tertiaire ont besoin de gens hautement qualifiés qu'elles ne trouvent pas sur le territoire Genevois. Souvent ces Entreprises, comme Procter par exemple sont venues avec "leurs cadres". Vous ne pensez tout de même pas que des Entreprises qui n'ont besoin que des gens du tertiaire, vont pouvoir engager les chômeurs issus de "Elna", "Motosachoche" et autres chômeurs qui travaillaient sur des machines ! Pensez que même l'élu MCG ne trouve pas de boulanger en Suisse. Que faire ? ...importer le pain et ne plus en fabriquer à Genève ?

Encore une question, étant donné que la Suisse a tellement de boulot, pourquoi y-a-t-il tous ces frontaliers suisses qui envahissent chaque jour le Liechtenstein ?

Écrit par : Café | 20/10/2009

adsl,

ps. étant donné qu'on est si bien en Suisse...que foutent les 178.000 Suisses en France ? Je vous signale que la France héberge la plus grande communauté Suisse de l'Etranger ! Etant donné que je pense que ces Suisses ne vivent pas tous d'amour et d'eau fraîche, on pourrait aussi leur demander de laisser leur poste de travail, car la France a déjà assez de chômage, ne pensez-vous pas ?

Écrit par : Café | 20/10/2009

@Olivier,

La création d'emploi par des entreprises du Genevois suisse dans le Genevois français existe : l'exemple le plus visible en est l'ouverture de Vitam'parc et ses plus de 200 emplois. Mais cela ne compense pas, ou que très partiellement la difficulté qu'on les entreprises du Genevois français à développer leurs affaires vu la faiblesse du pouvoir d'achat de leurs employés en raison du coût du foncier. Les élus du Genevois français ont une part de responsabilité dans ce phénomène. Beaucoup considère que le taux de chômage en Haute Savoie est acceptable puisqu'il est parmi les plus faibles de France. Ils oublient que ce chômage touche essentiellement des jeunes, parfois bien diplômés qui ratent ainsi leur entrée dans la vie professionnelle et des seniors en fin de carrière qui consomment leur patrimoine avant de commencer leur retraite.

@ADSL
La note n'est pas une accusation mais une description des phénomènes pervers de notre agglomération qui conduisent à détruire notre qualité de vie à tous. Le diagnostic que vous faites sur la situation fiscal en France, je le partage. La dépense publique en France est trop importante, inefficace à bien des égards (cf notes sur la gestion municipale à Saint Julien) et déficitaire en plus.

Mais Genève choisit d'attirer autant de cadres. Les régimes fiscaux offerts aux multinationales sont des régimes dérogatoires.. que le canton n'accorde pas à ses propres entreprises. Les employés de ces multinationales auraient bien aimé pouvoir rester travailler là où ils étaient plutôt que de laisser famille et amis derrières eux. Le canton poursuit cette politique avec l'idée que cela améliore sa situation budgétaire. Je pense que le calcul est faux car il n'intègre pas les coûts publics de cette expansion à marche forcée. Mais surtout c'est une politique au service du budget cantonal plutôt qu'au service des habitants du canton. Le calcul ne prend pas en compte les embouteillages et l'inflation immobilière créée par ces 1000 nouveaux cadres de multinationale par an.

Cordialement,

Antoine Vielliard

Écrit par : Antoine Vielliard | 20/10/2009

@CAFE

Vos chiffres sont erronés, celui que vous mettez en avant est celui des Suisses de France y compris les doubles nationaux. Les Suisses qui ne sont pas Français sont beaucoup moins nombreux.

Par contre il y a en Suisse plus d'un million d'européen qui ne sont pas suisses dont environ 80'000 Français qui ne sont pas suisses.

Ces chiffres ne doivent pas étonner si l'on oublie pas que la France ne compte que 5.8 % d'étranger dont au demeurant seulement 34.9 % d'européen. Alors que la Suisse compte plus de 20 % d'étranger.

A échanger la population européenne de Suisse avec les Suisses d'Europe, la Suisse se dépleuplerait, il n'y aurait plus de problème de logement et son économie ... s'effondrerait. Pour mémoire le logement est très accessible en ex-RDA.

@VIEILLIARD

Je ne suis -et de loin pas toujours d'accord avec lui- mais je crois que l'édito de Marseille dans le Point met en exergue que nous sommes pas sorti de l'auberge.

http://www.lepoint.fr/actualites-chroniques/2009-10-20/un-budget-abracadabrantesque-par-jacques-marseille/989/0/387241

Écrit par : adsl | 20/10/2009

adsl,

Si vous voulez jouer aux chiffres, nous pourrions aussi dire que près de la moitié des Suisses vivant en Suisse sont bi-nationaux, à commencer par nos politiciens. (il y a eu un numéro spécial de l'Hebdo à ce sujet). Toujours est-il que les chiffres donnés sont ceux qui se trouvent sur le site de l'Ambassade de Suisse à Paris. Vous pouvez vérifier. Vous voyez votre argument ne tient pas la route. Car si nous enlevons tous les Suisses qui sont bi-nationaux...il ne resterait plus grand monde...oui, peut-être ceux qui viennent de très loin et qui n'ont le droit de garder qu'une nationalité....suivez mon regard...

Écrit par : Café | 21/10/2009

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