16/10/2009

Les arguments des sceptiques du projet d'agglo

Jusqu'à il y a quelques années, les élus français et suisses s’ignoraient superbement. Ils se côtoyaient dans les instances transfrontalières telles que le Conseil du Léman ou le Comite Régional Franco Genevois. Deux organismes qui de l’aveu de quelques participants sont plutôt des lieux pour faire connaissance que des lieux de débats et de décision sur l’avenir de notre région.

 

Le résultat est là : Genève attire des employés sans construire de logement, le Genevois français a construit des logements sans créer d’emploi… et nous sommes tous paralysés dans des transports incapables de faire face à une demande exponentielle. Les jeunes genevois sont mal logés dans des logements trop chers. Les jeunes et les seniors sont toujours sans emploi. Les salariés en euros sont pénalisés par une inflation immobilière qui détruit leur pouvoir d’achat. Les entreprises du Genevois français peinent à se développer faute de pouvoir assurer un pouvoir d’achat suffisant à leurs salariés.

 

Nous pouvons continuer comme ça, en s’ignorant, ou même en se méprisant. Nous en connaissons le résultat : plus de logements en France, plus d’emplois à Genève … et toujours plus d’embouteillages pour tous. A ce rythme, il ne nous faudra plus beaucoup de temps pour détruire ce qu’il reste de la qualité de vie du Genevois.

 

Une autre solution est possible. Elle consiste à coordonner les politiques de Genève et du Genevois français. Construire suffisamment de logements dans le canton. Créer suffisament d’emplois coté français. Construire les infrastructures de transport en commun digne d’une agglomération telle que la nôtre – comme l’on fait Bâle ou Lyon.

 

Une majorité d’élus a compris que nous devons changer nos méthodes et travailler ensemble pour bâtir une agglomération qui ne laisse personne de coté : ni les seniors sans emplois, ni les jeunes sans emploi ni logement, ni les salariés en euros sans pouvoir d’achat. Mais il y a des sceptiques de part et d’autre de la frontière. Coté Français ce sont les représentants de l’Etat en particulier. Ils doutent de la sincérité du canton de Genève à tenir les engagements du premier projet d’agglo : construire plus de logements.

 

Chaque nouvelle publication de statistiques de construction leur donne raison, mois après mois. Les documents distribués par les Libéraux dans la campagne Genevoise s’opposant aux constructions et caricaturant outrageusement le projet d’agglo leur donne aussi raison. Il fait douter beaucoup d’élus français sur la sincérité de l’engagement du canton.

 

Ces prochaines années, l’intensité de la coopération politique transfrontalière pour améliorer la qualité de vie du Genevois franco suisse sera proportionnelle au score en faveur du CEVA. Un vote positif sur le CEVA le 29 novembre donnera un signal clair sur la volonté des Genevois de préserver ensemble notre qualité de vie au travers du projet d’agglo et décoincera quelques élus. Un vote négatif inciterait les élus Genevois à poursuivre l’immobilisme actuel, et les élus français à se contenter de gérer a posteriori les conséquences dramatiques des politiques Genevoises.

 

Les prochains mois aussi seront décisifs sur la question du logement. Coté français quelques élus commencent à suggérer que la signature du second projet d’agglo sera conditionnée à la tenue par le canton de Genève des engagements pris lors du premier projet sur la construction de logements. Cette signature est nécessaire pour permettre à Genève de toucher les subventions fédérales sur ces grands projets. Sans l’accord du Genevois français les fonds fédéraux iront à Bâle, Zurich et Berne.

 

Le magot des fonds frontaliers conservés par le canton est un magot tentant pour l’Etat français en situation de faillite. Un refus sur le CEVA signifierait que le canton abandonne sa responsabilité de centre d’agglo et donnerait un prétexte tout trouvé pour l’Etat de dénoncer la convention fiscale et de passer au régime commun. Cela se traduirait pour le canton de Genève par une perte de rentrées fiscales d’environ 610 millions de francs suisse par an (un peu moins de 10% des recettes du canton) et de 168 millions de francs suisse pour l’ensemble des communes du Genevois français (un peu plus de 10% pour la commune de Saint Julien).

 

Il n’est plus temps d’attendre ou d’hésiter. Dans 4 ans, l’extrême gauche fera sans doute son retour au Parlement cantonal et réduira un peu plus l’influence des partis de proposition. Les partis de Gouvernement n’ont plus que 4 ans pour améliorer la qualité de vie de tous les Genevois en prenant le taureau des problèmes du Genevois franco suisse par les cornes : construire suffisamment de logements à Geneve, mettre en place un moratoire sur l’importation de cadres de multinationales tant que la question du logement ne sera pas réglée, aider les entreprises locales à créer des emplois pour les chômeurs Genevois jeunes et seniors, construire les infrastructures de transport en commun qu’on aurait déjà du construire, créer plus d’emplois dans le Genevois français.

Commentaires

Ce projet n'existera jamais, idem pour le ceva, jamais on ne fraternisera avec les fr!!! Vive le MCG, petit MCG va grandir, grandir...

Écrit par : hervé | 18/10/2009

@hervé:

Et sur le fond des questions évoquées par ce billet nous n'avez rien à dire? Alors évitez, s.v.p., de gaspiller de la bande passante pour répandre vos inepties. C'est justement parce qu'il n'a pas de projet valable que de plus en plus de gens sont mécontent! Et refuser de collaborer (personne vous demande de fraterniser) au niveau du bassin (et donc avec les gens "de l'autre coté") sous prétexte qu'ils aient pas la même nationalité est particulièrment idiot quand on sait que 40% des habitants de Genève ne sont pas suisse et de plus en plus de frontaliers pas français...

Mercie à A.V. pour ce éclairage intéressant & bonne semain à tous.

Écrit par : aaa | 18/10/2009

"Une majorité d’élus a compris que nous devons changer nos méthodes et travailler ensemble pour bâtir une agglomération qui ne laisse personne de coté": je n'en suis pas persuadé. Il y a peut-être beaucoup d'élus qui en fait disent une chose, et essayent surtout de donner aux autres la patate chaude. La vérité est peut-être que les travailleurs frontaliers ne sont pris en compte d'une manière importante que par les élus locaux. Cela n'est pas vraiment relayé aux niveaux où se prennent les grandes décisions. Une solution serait peut-être, pour les maires de l'agglomération (côté français, j'entends) de se regrouper en une seule communauté de communes, afin de mener à bien des projets spécifiques, en demandant au Département des tranferts de compétences, même. Mais pour le moment, j'ai le sentiment que ces élus attendent trop de Genève, d'un côté, et, de l'autre, n'osent pas assez, vis à vis d'Annecy, de Lyon et de Paris. Dire qu'on n'agira que si les Genevois font ceci ou cela est un peu ridicule, à mon avis. Il faut agir si on a les moyens d'agir, sans se soucier de ce que font les autres. C'est aussi un enjeu psychologique: les élus aimeraient être traités d'égal à égal par les élus genevois, mais cela peut être plus leur honneur ou leur vanité qui est concernée, que le bien de la population en général, j'ai le sentiment. Mon avis est que l'agglomération frontalière française forme une entité distincte de Genève même, et qu'elle doit se regrouper pour agir, sans forcément essayer de participer aux affaires genevoises. Ce regroupement peut permettre de créer des pôles à même de peser de facto, comme jadis l'agglomération regroupée autour de Carouge.

Écrit par : rm | 19/10/2009

(En d'autres termes, il faudrait aussi que les habitants de Saint-Julien et d'Annemasse - et leurs élus - apprennent à se contenter de Saint-Julien et d'Annemasse, et de ne voir dans Genève qu'un agréable surplus, et non l'objet principal de leurs désirs.)

Écrit par : rm | 19/10/2009

CQFD, REMI. Vous êtes la preuve vivante (quoiqu'en infiniment plus sympathique et civilisée) que le conservatisme à tendance repli sur soi existe des deux côtés de la frontière.

Écrit par : Philippe Souaille | 19/10/2009

Bonjour Remi,

Les elus locaux font beaucoup pour la population : construction de logements pour les jeunes, augmentation des transports en commun, premier Schema de Coherence Territorial...etc...etc... Mais ces politiques sont reduites a neant en quelques mois tant que le canton de Geneve ne tiendra pas les engagements contractes dans le premier projet d'agglo. Le quart des logements construits sont occupe par des habitants de Geneve qui ne trouve pas a se loger. Les bus sont encombres en quelques mois par les habitants qui ont du s'eloigner de leur lieu de travail.

Du coup les habitants du Genevois francais ne voient pas beaucoup d'amelioration de leur quotidien.

On peut se concenter de Saint Julien et d'Annemase comme vous le dite. C'est meme ce qui s'est fait depuis 30 ans avec le succes que l'on constate chaque jour sur la crise du logement et les embouteillages. On se contente alors de gerer les consequences dramatiques des politiques Genevoises plutot que de les corriger dans un sens qui correspond plus a l'interet general du Genevois franco suisse.

Cordialement,

Antoine Vielliard

Écrit par : Antoine Vielliard | 19/10/2009

Bah, Philippe, les beaux sentiments, c'est bien joli, mais les reproches qui n'en finissent jamais, sur la non tenue des engagements concernant les logements, cela ne va nulle part. Comme le disait Thomas A Kempis: faites une fois un reproche, mais ensuite, n'insistez plus; apprenez à supporter les défauts des autres. Les discussions deviennent un peu vaines. Ce n'est pas qu'il faut les arrêter, mais qu'il ne faut plus compter sur elles pour faire avancer les choses.

Et, Antoine, ma foi, si les élus français le long de la frontière doivent se contenter de gérer les conséquences de l'action politique genevoise, le mieux, c'est qu'ils s'en fassent une raison, et procèdent dans ce sens du mieux qu'ils peuvent. Il est clair que les élus locaux français n'ont pas les moyens de corriger ce que font ou laissent faire les élus genevois, et il ne faut pas s'en vexer. L'élu français qui veut avoir plus de moyens doit pour le moment se tourner vers Annecy, Lyon ou Paris. Contrairement à ce que suggère Philippe Souaille, qui se fie aux apparences, je suis bien favorable, en principe, à ce que les Français voisins puissent se tourner vers Genève. Mais dans les faits, ce n'est pas le cas, et ce n'est pas parce qu'on est favorable à ce que des navettes entre la Lune et la planète Mars existent, que cela va arriver! Ce n'est même pas parce que les élus genevois disent que c'est possible que c'est le cas! (Et même si Philippe n'est pas élu, ce qu'il dit à cet égard n'est pas différent.)

Au sein de l'agglomération, donc, la seule solution, pour avoir du poids, ce n'est pas de croire aux belles idées de Philippe, mais, pour le moment, de constituer une agglomération cohérente, avec à sa tête Borrel, par exemple, qui ne soit pas restreint à Annemasse, mais englobe aussi Saint-Julien, qui doit à cet égard aussi accepter de se rallier à Annemasse avant de penser à s'adresser aux Genevois. Il ne faut pas seulement se concerter, il faut aussi s'unir.

Pour ce qui est de l'amélioration du quotidien des habitants du Genevois, je pense, honnêtement, que les revenus des salariés de Genève restent très élevés, et que la solution passe par un meilleur partage et une meilleure redistribution des richesses.

Écrit par : rm | 19/10/2009

RestreintE (erratum).

Écrit par : rm | 19/10/2009

Me voilà quasi convaincu. C'est vrai qu'un rapprochement officiel des communes de France Voisine (74 et 01 ou une pour le 74 et une pour le 01) dans une entité à créer pourrait permettre, côté français, de mener les débats avec plus d'efficacité. Et pourquoi pas, s'insérer dans le projet d'assemblée transfrontalière qui pourrait se dessiner à la Constituante.
Mais l'Etat centralisateur et Jacobin laissera-t-il faire cela ?

Écrit par : Philippe Souaille | 19/10/2009

Bonjour Philippe,

Tes attentes et celle de Remi Mogenet ont ete devancees et depassees... les communes et communautes de communes sont actuellement en train de voter le passage de l'ARC en Syndicat Intercommunal. Ce syndicat intercommunal regroupera toutes les communes et communautes de communes du Genevois francais en une seule institution - Ain et Haute Savoie.

Le debat a ete tres mouvemente dans certaines communautes de communes... pas tant sur l'objectif de simplifier le dialogue franco suisse a l'agglo mais plutot parce que la demarche a ete mal geree, avec peu de debat, peu de dialogue et de maniere trop rapide.

Cordialement,

Antoine Vielliard

Écrit par : Antoine Vielliard | 19/10/2009

Oui, Philippe, l'Etat jacobin n'interdit absolument pas les regroupements libres de communes pour plus d'efficacité: il les encourage, au contraire. Je suis bien content, Antoine, que ce syndicat intercommunal se soit mis en place, et qu'il soit interdépartemental est une belle ambition. Ensuite, naturellement, il faudra être solidaire de la direction générale donnée à ce syndicat, afin qu'il pèse vraiment. Et à mon avis, il ne s'agit pas de s'imposer à la volonté des élus genevois, mais de créer des actions coordonnées à l'intérieur même de la partie française de l'agglomération. Regardez Carouge, qui, finalement, dans ses choix qui admettaient la liberté religieuse, est citée aujourd'hui comme communauté d'avant-garde, est devenue sous le duché de Savoie chef-lieu d'une province, et a, au XIXe siècle, finalement concouru à l'avènement de James Fazy et à la chute des remparts. Or, au départ, Carouge, il faut bien l'admettre, n'a pas cherché du tout à se faire en coordination avec Genève. On peut suivre une ligne juste sans chercher à ce qu'elle soit approuvée par autrui. Cela finit par donner des résultats. Si c'est en coordination, tant mieux. Mais si ce n'est pas le cas, il ne faut pas annoncer qu'on ne fera plus rien, je crois.

Écrit par : rm | 19/10/2009

Concouru: je voulais plutôt dire contribué (erratum).

Écrit par : rm | 19/10/2009

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