01/09/2009

Les dérives de l'élection directe du Président de la République

A l'approche de l'élection le 16 septembre prochain d'un nouveau Conseiller fédéral certains commentateurs et politiciens carressent l'idée d'une élection du Conseil Fédéral au suffrage universel direct. A l'exemple de la France, du Brésil, des Etats Unis (via l'intermédiaire un peu particulier des grands électeurs), du Gabon, de l'Iran et de quelques pays dans le monde.

L'élection du chef de l'Etat par le suffrage universel direct est dans le monde une exception parmi les démocraties plutôt qu'une norme. Dans l'Union Européenne, très peu d'Etats y ont recours. Ceux qui élisent leur chef d'Etat au suffrage universel direct confient l'essentiel des pouvoirs au Premier Ministre comme au Portugal. En Grande Bretagne, en Belgique, en Allemagne, en Italie, en Espagne, en Hollande, au Danemark, en Grèce, en Irlande... pour ne citer que ces quelques pays, le chef de l'exécutif est élu par le Parlement.

L'élection du chef de l'exécutif au suffrage universel direct à deux avantages : elle augmente considérablement la diffusion de la presse durant l'année électorale. On y parle de sondage. Des partenaires civils ou sexuels des candidats. Les plus grandes idées politiques se façonnent dans la contrainte de ce qui fait un bon titre de presse : de la provocation en 4 mots. On y aborde alors des idées aussi fondamentale que "passer les quartiers au Karcher"... La presse people bénéficie alors de tirages bien supérieur à la presse d'opinion. Elle couvre alors pendant plus de 12 mois l'actualité sentimentale de couple aussi fictifs que Nicolas et Cécilia ou Ségolène et François.

Le second avantage d'une telle élection c'est d'accorder une notoriété planétaire à ses dirigeants : les chefs d'Etat élus au suffrage universel sont connus de manière totalement disproportionnée. Lula, Ahmadinejad, Obama ou le futur chef d'Etat du Gabon seront bien plus connu à travers le monde que le Premier Ministre Japonais qui vient de démissionner. Et alors ?

En revanche, l'élection au suffrage universel direct ne permet pas un débat sur les idées et les propositions. Cinq candidats ne peut pas à eux seuls animer un débat politique sur des dizaines de sujets avec plusieurs dizaines de millions de citoyens comme peuvent le faire 3000 candidats parlementaires. Le résultat c'est qu'un pays se retrouve avec un chef d'Etat avec une légitimité fondée sur la notoriété de son couple fictif que tous les électeurs connaissent 100 fois mieux que ses idées. Celui ci applique alors un programme qui n'a souvent plus d'actualité 6 mois plus tard alors que le contexte mondial a changé.

Fort de cette légimité il annonce de manière unilatérale des décisions dont il a eu l'inspiration durant le déjeuner qui précède la conférence de presse comme la nomination des Présidents de l'audiovisuel public, comme le retour de la France dans le commandement intégré de l'Otan. D'autres fois il décide contre l'avis des experts qu'il a pourtant nommé comme le mode de scrutin inique proposé pour l'élection des conseillers territoriaux ou contre l'avis de sa majorité parlementaire comme sur les institutions, le bouclier fiscal ou la loi Hadopi.. mais ceux ci finissent par voter quand même faute de légitimité propre. Il décide de supprime le juge d'instruction afin de contrôler aussi le pouvoir judiciaire après avoir controlé le législatif et les médias. Rare sont les décisions qu'il prend qui étaient dans le programme.. que peu d'électeurs ont lu car ils savent que les candidats se sentent peu liés par ces programmes. Il décide seul, sans l'avis du peuple qui par paresse délègue tout pouvoir à ce monarque absolu élu.

Ce chef de l'exécutif élu au suffrage universel direct s'approprie la souveraineté du pays au détriment du peuple en violation de la constitution.

La légitimité disproportionnée confère à l'exécutif un pouvoir exhorbitant par rapport au Parlement. Le lien direct avec les électeurs est alors rompu. Les parlementaires ne consultent plus les citoyens dont ils ne peuvent pas se faire les portevoix au Parlement. Bon exemple de cette dérive, Claude Birraux tiendra ce vendredi une permanence à Saint Julien. La première permanence depuis 2 ans.. et à laquelle se rendront peut être 4 ou 5 des 30 000 habitants du canton. Voilà à quoi se limite l'écoute par le pouvoir de la population de Saint Julien.

Appliqué à la Suisse un tel mode d'élection conduirait à nier les minorités. Un tel mode de scrutin pousserait des partis dans des formes d'opposition qui conduirait à des initiatives incessantes, des blocages permanents... et de manière ultime inévitablement à un abandon de la démocratie directe.

Je pense au contraire que la France doit abandonner l'élection du Président de la République au suffrage universel direct pour retrouver un fonctionnement démocratique sain. Seul le peuple souverain peut avoir autant de pouvoirs entre les mains.

Commentaires

Analyse intéressante. L'idée de ce passage par le suffrage universel est un peu d'en l'air, et c'est bien d'en débattre.

Je vous rejoins sur ce point important: "Appliqué à la Suisse un tel mode d'élection conduirait à nier les minorités.".

Écrit par : hommelibre | 01/09/2009

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