28/08/2009

La crise du logement à Genève et en Europe

Genève construit seulement 0,6% de logements nouveaux par an alors que la population du Genevois franco suisse augmente de 1,5%. Pour répondre seulement à la croissance de la démographie le déficit de production de logements est donc de 0,9% par an. Soit environ 4000 Genevois qui sont obligés de quitter le canton pour se loger décemment à des prix abordables. Les blocages et les oppositions aux constructions condamnent 4000 Genevois par an à l'exil.

 

Pourtant ce calcul simple est sous estimé. Pendant très longtemps on a pensé qu’il suffisait de construire des logements dans les mêmes proportions que la croissance estimée de la population. On pensait, assez logiquement, que s'il y avait 1,5% d'habitants en plus il suffisait de construire 1,5% de nouveaux logements. On s'est rendu compte de l'erreur.. et des conséquences dramatiques de cette erreur sur l'accès au logement.

 

Ce calcul totalement néglige la fragmentation des ménages. Il y a de moins en moins de personnes par logement. La proportion de célibataires, de divorcés et de veufs augmente dans la population. Il faut un logement pour hébergé un célibataire ou un veuf ou une veuve. Des familles divorcées doivent avoir deux logements pour accueillir leurs enfants. Un habitant de Saint Julien m’expliquait que ses petits enfants avaient trois chambres : l’une chez leur mère, l’une chez leur père et une chez leurs grands parents. Ce cas est de moins en moins une exception et nécessite plus de logements pour une population qui serait stable.

 

Les statistiques montrent que le nombre moyen de personne par logement baisse depuis 40 ans de façon continue et régulière. En 1968 dans le canton se Saint Julien il y avait environ 3,3 personnes par logement. En 2006, le tiers des ménages étaient composés d’une seule personne. Cela a fait baisser le nombre moyen à 2,3 personnes par logement. En 40 ans, il y a en moyenne une personne de moins dans chaque logement. Il faut donc beaucoup plus de logement pour loger un même nombre d’habitants.

 

Même si la population du Genevois franco suisse était stable, il faudrait quand même construire 1% de logements nouveaux par an pour répondre à la fragmentation des ménages… ou réduire cette fragmentation par des programmes d’incitation à la colocation des célibataires et des veufs comme cela existe dans certaines communes.

 

Au total, avec ses 0,6% de logements nouveaux construit chaque année, le canton ne répond pas du tout aux besoins de la croissance démographique créé par l’attrait de multinationales et sa croissance naturelle. Le canton ne répond même pas aux besoins d’une population dont les ménages se fragmentent. Il faudrait construire 2,5% de logements nouveaux par an à Genève pour répondre aux besoins de sa population : 1% de fractionnement des ménages + 1,5% de croissance démographique = 2,5%. Il n'y a que 0,6% de nouveaux logements soit un déficit de 1,9%. 1,9% de la population du canton c’est 8600 Genevois contraint de quitter le canton faute de logements décents à des prix abordables. Vers le canton de Vaud et le Genevois français.

 

Ce ne sont pas les nouveaux arrivés qui eux ont les moyens, mais les Genevois les plus jeunes, les plus modestes et les plus faibles. Ils doivent s’installer dans le Genevois français, utiliser leur voiture pour aller travailler et encombrer un peu plus les routes.

 

L’exode massif des jeunes Genevois est l’un des principaux problèmes du canton. Comment construire suffisamment de logements a Genève pour loger les habitants ? Comment développer un système de transport en commun efficace qui permette à chacun de se déplacer alors qu’il ne pourra pas y avoir vraiment de routes nouvelles ? Comment repenser la politique économique de Geneve pour créer localement des emplois pour ceux qui n’en ont pas plutôt que d’importer des emplois de cadres de multinationales avec les cadres qui occupent ces emplois ?

Commentaires

Cette évolution, qui fait que les pauvres ne peuvent pas vivre au centre-ville, n'a rien de spécifique à Genève, c'est une évolution qui a lieu dans toutes les villes du monde. C'est logique, car par simple géométrie, les emplacements proches du centre sont rares, donc il deviennent chers.

Construire des logements, c'est bien joli, mais avec quel argent?
L'argent public, il n'y en a pas, car Genève est gérée aux quatre horreurs, pour le populisme et pour le court-terme, avec pour résultat une dette énorme. On peut mentionner des services comme l'Hospice Général (qui paie des appartements en ville, y compris à des morts pourrissant dans leur lit, tout en offrant des bureaux de ministre à ses cadres), on peut mentionner le doublon Ville-Canton, et on en passe.
L'argent privé, il pourrait y en avoir (les caisses de pensions sont friandes de revenus locatifs), mais Genève est l'un des pires endroits possibles pour un propriétaire d'immeuble locatif, et donc les caisses de pensions vont construire des locatifs ailleurs en Suisse.

Il faut ajouter à tout cela que Genève pratique des taux d'imposition, sur le revenu, et sur la fortune, parmi les plus punitifs de Suisse, ce qui favorise l'exode de ceux qui ont les moyens (on en retrouve beaucoup dans le canton de Vaud voisin).

Enfin, pour ce qui est de l'importation de cadres, les choses iraient peut-être mieux si Genève faisait tout pour assurer une formation digne de ce nom, mais justement, elle a l'école publique la pire de Suisse.

Certes, c'est embêtant pour les jeunes, mais si l'on se soucie des jeunes, il faudrait commencer par ne pas leur laisser un niveau de dette par habitant comparable à celui de pays mal gérés, comme la France. Il est bien possible que la meilleure chance, pour un jeune Genevois, ce soit d'aller tenter sa chance ailleurs!

Écrit par : Antoineb | 28/08/2009

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