08/06/2009

Bilan des Européennes

Le résultat des élections Européennes est une profonde déception pour les Démocrates. C’était sans doute la dernière possibilité de changer un régime politique à la dérive qui tend vers une concentration des pouvoirs toujours plus importante par des moyens institutionnels. La berlusconisation du pays est en marche, mais elle a sans doute passé son point de non retour.

 

Le Mouvement Démocrate n’est actuellement pas dans une situation politique qui lui permette d’offrir aux Français une alternative aux dérives que l’on constate. Faute d’alternative politique dans le cadre des institutions, il est désormais à redouter que la société française réponde à la violence des dérives du pouvoir par la violence tout court.

 

Nous avons une grande responsabilité dans cet échec : nous avons désigné nos candidats trop tard, nous avons commencé la campagne en avril plutôt qu’en janvier, nous n’avons pas trouvé de media alternatif pour expliquer nos idées alors que les medias ont boycotté cette campagne, nous avons trop confié de responsabilité à un seul homme. Nous nous sommes laissé embrigader dans des polémiques ridicules et montées en épingles par le microcosme. Nous avons laissé les medias ne relayer de notre campagne que nos positions nationales et occulter tout notre projet européen. Nous devrons travailler pour nous remettre en cause.

 

La campagne a été trop faible pour influencer réellement le scrutin. Les électeurs ont été influencés par les programmes télévisés des jeudis (débat), vendredi (Home) et samedi (débarquement), illustrant notre incapacité à leur expliquer nos propositions durant les 6 mois qui ont précédés. Hier soir une personne résumait joliment la situation : « au XXème siècle, les journaux influençaient l’opinion mais chacun avait son journal, au XXIème siècle ce sont les télés qui influence… mais tout le monde n’a pas sa télé ». Nous devons désormais beaucoup mieux utiliser pleinement internet comme un media de pluralité politique comme aux Etats-Unis.

 

La catastrophe politique est généralisée : le Parti Socialiste est en morceau. Il devra faire le choix qu’il s’est refusé à faire et qui l’écartèle entre la politique gauchiste qu’il promet dans ses projets ou une  politique social démocrate qu’il met en œuvre. L’UMP a apporté à nouveau une nouvelle démonstration qu’elle est dans l’incapacité de gagner un second tour comme à tous les scrutins depuis sa création il y a 7 ans (à l’exception des présidentielles de 2007). Le Parti des Verts n’a pas plus d’élus, il a disparu corps et âmes dans une alliance de circonstance entre des personnes qui ont des opinions très diverses et qui n’est pas reconductible pour l’avenir (Jose Bové et Eva Joly ne peuvent pas proposer un projet de région ou de société). Ils risquent de payer cher un succès illusoire sur la durée. L’extrême gauche et l’extrême droite ont disparu alors que le mode de scrutin leur était très favorable. Le Nouveau Centre n’a eu aucune voix. La disparition de la menace du Mouvement Démocrate pour l’UMP signe la mort du Nouveau Centre qui perd désormais toute utilité pour l’UMP. L’assistance respiratoire sera sans doute débranchée dans les prochaines semaines.

 

Sur le fond politique, le succès d’Europe Ecologie est une bonne nouvelle. C’est le Mouvement politique dont nous sommes les plus proches. Nous partageons des valeurs de démocratie, de protection de l’environnement, la volonté de construire l’Europe et un certain humanisme. Il est paradoxal de constater que de très nombreux électeurs d’Europe Ecologie m’ont assuré de leur soutien à Francois Bayrou pour les présidentielles. Mais ils n’ont pas eu conscience que leur vote réduisait la perspective de cette alternative. Des événements majeurs qui ne sont pas à exclure devront changer à nouveau la donne.

 

Localement, d’après les informations que j’ai à ce jour, le canton de Saint Julien est le seul canton du département à avoir placé le Mouvement Démocrate en 3ieme position. Nous remercions sincèrement tous ceux d’entre vous qui nous ont accordé leur confiance, et poursuivons notre travail au service de l’intérêt général.

Commentaires

Une longue explication pour un tout petit score ! Le fait d'avoir "trop confié de responsabilité à un seul homme" fait de vous les porteurs d'eau malheureux d'un leader à l'ego démesuré qui publie au moment fort de la campagne un livre parlant de lui et du Président de la République ! Et l'Europe dans tout cela ? A part vouloir dégommer Barroso et geler l'élargissement, on n'a pas vu d'ambition visionnaire d'un parti pourtant issu de la démocratie chrétienne fondatrice de cette grande idée !

Écrit par : Jean-Bernard Busset | 09/06/2009

Vous n'avez surtout rien compris.
Les peuples en ont assez de l'électoralisme. Et votre campagne tardive n'aurait rien changé. Ceci d'autant moins que vous avez centré votre campagne sur la France où vos loupés sont notoires.
Les peuples veulent du travail, de la nourriture et de l'air pur. Point barre. Et s'ils veulent un élu, ils le veulent capable de faire bouger les choses dans ce sens. Il est donc normal qu'ils se tournent vers ceux qui, par leurs actions, sont le plus capables à faire baisser le chômage en permettant aux entreprises de retrouver la croisance. Et il est normal qu'ils se tournent aussi vers ceux qui se préoccupent des ressources et de l'air.

Écrit par : Lambert | 09/06/2009

C'est sûr que Bayrou se préoccupe de ses aventures avec Sarközy d'une manière bizarre. C'est devenu byzantin, ou comme un débat entre Calvin et Castellion. Bayrou est obsédé par Sarközy parce qu'inconsciemment, il reconnaît à Sarközy la capacité à gouverner, et qu'il aurait voulu le faire à sa place.

Écrit par : R. Mogenet | 09/06/2009

@Jean Bernard Busset,

Monsieur, je comprends que vous ne l'ayez pas percu. Pourtant notre projet européen était là.. mais cela n'a aucunement intéressé les médias qui n'ont invité nos responsables nationaux que sur des sujets nationaux. Pour ce qui est de l'Europe, notre électorat dimanche a été le plus Européen -d'après les enquêtes qui ont été réalisés. Pour ce qui est du score de l'UMP, et de votre analyse qui semble lié cela aux électeurs qui veulent des emplois, il est intéressant de noter que le seul groupe de population au sein duquel l'UMP fait un score plus élevé que la moyenne ce sont les retraités. L'UMP fait des scores très significativement plus faible chez les actifs. Cela semble contredire votre analyse.

Pour ce qui est d'être des porteurs d'eau, je veillerai à ne jamais l'être. J'ai peut être fait des erreurs de ce point de vue là. Mais je veille à ne dire que ce que je pense. En particulier je vous invite à lire Abus de Pouvoir, vous constaterez que le sujet est très éloigné du résumé que vous en faites.

@Lambert,

Si vous parlez de loupé notoire vous devriez les souligner de manière plus spécifique. Nous n'avons jamais promis que nous irions chercher la croissance avec les dents à peine quelques mois avant que la France n'entre dans la pire récession de toute son histoire. Ce n'est pas de la faute du Gouvernement me direz vous très justement... effectivement le Gouvernement n'a aucune influence sur la croissance. Les promesses qui ont été faites étaient prétentieuses et mensongères.

@Rémi Mogenet

Bayrou ne se préoccupe pas de Sarkozy mais de l'élection présidentielle. Il a fait le diagnostic que c'est le seul levier qui permette en France de changer un régime politique à la dérive. Cela explique qu'il en fasse un enjeu politique central. Nous avons fait l'erreur de mélanger trop les enjeux, pourtant au lendemain du vote on s'aperçoit à quel point le choix qui a été fait est autant un choix européen qu'un choix de société pour la France.

Cordialement,

Antoine Vielliard

Écrit par : Antoine Vielliard | 10/06/2009

Être obsédé par la présidentielle traduit le désir de mettre fin à la présidentialisation du régime, Antoine? Comment peut-on croire une chose pareille? Même si Bayrou est sincère en le croyant, c'est simplement qu'il ne voit pas ce qui l'ainime spontanément, pulsionnellement. Or, en politique, ce n'est pas forcément l'idée abstraite, qui compte: la théorie; ce qui compte, c'est l'action concrète, qui dépend de la pulsion spontanée. Il ne faut pas s'imaginer que parce qu'on est président, on se met à agir rationnellement. Les pensées rationnelles ne suffisent pas: elles peuvent très bien être inopérantes. Bayrou en a d'ailleurs fait la démonstration dans son débat avec Cohn-Bendit. Mais la réalité est qu'il est faux que tous les problèmes soient liés à la présidentialisation du régime. Beaucoup de problèmes sont simplement liés au poids excessif de l'administration. Or, ce problème est culturel: c'est l'importance trop grande accordée à la politique même. Ce n'est pas en s'énervant sur des questions politiques qu'on résout ce problème!

Écrit par : Rémi Mogenet | 10/06/2009

Non c'est plus simple que cela... on ne peut venir à bout de la présidentialisation du régime qu'en le touchant au coeur de son fonctionnement.

Cordialement,

Antoine Vielliard

Écrit par : Antoine Vielliard | 10/06/2009

Mais tout citoyen est au coeur du fonctionnement, M. Vielliard. On met fin à la présidentialisation du régime en montrant qu'on n'accorde aucune importance au statut de Président, comme l'a fait Cohn-Bendit, et non en se formalisant qu'un tel titre existe. Votre raisonnement rappelle celui de ceux qui affirment que pour faire la paix, il faut commencer par intensifier la guerre. C'est malin. On pourrait aussi bien dire que pour mettre fin à trop de viande dans la nourriture, on va commencer par manger toutes les troupeaux qui existent. Le moyen n'est pas le bon, et puis c'est tout. Car compter sur l'efficacité d'un Président pour mettre fin aux prérogatives de la Présidence, c'est dès le départ contradictoire. Si au moins Bayrou cherchait à devenir le président de l'Europe fédérée pour mettre fin à l'omnipotence de la présidence française! Mais devenir omnipotent en France pour supprimer l'omnipotence en France, c'est simple en paroles, et très compliqué en pratique, à mon avis!

Écrit par : Rémi Mogenet | 10/06/2009

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