16/03/2009

D’une agglomération transfrontalière à une agglomération binationale

Depuis maintenant plusieurs années on qualifie Genève d’agglomération transfrontaliere. Une agglomération qui passe la frontière. C’est le cas des dizaines de milliers d’habitants de l’agglomération qui comme dans toutes les agglomérations du monde circulent dans un gigantesque mouvement de va et viens quotidien de l’intérieur à l’extérieur de l’agglomération pour travailler, se divertir et consommer.

Pendant longtemps, les politiques n’ont pas pris la mesure de ce changement. Freiné par les contraintes administratives, ils ont continué à administrer leurs territoires de manière quasi indépendante. La politique est restée cloisonnée alors que la frontière disparaissait peu à peu dans le quotidien des gens.

Les uns et les autres ont profité des quelques avantages de ces blocages. Les campagnes genevoises ont profité du report de la pression urbaine sur le Genevois français. Les communes françaises se sont tues contre ces aberrations d’aménagement en échange des fonds frontaliers.

Aujourd’hui nous sommes au pied du mur. Les avantages sont terminés. Nous sommes maintenant face aux inconvénients. L’agglomération Genevoise est la seule agglomération au monde dont la campagne se situe entre sa banlieue et son centre ville. Cela induit une paralysie des transports. Une incapacité durable à pouvoir développer un réseau performant et rentable de transports en commun. Et au final, une grande illusion avec une campagne genevoise certes belles, mais paralysée par les embouteillages et la pollution. Nous avons tellement voulu protéger la qualité de vie que nous l’avons détruite.

Les politiques essaient de collaborer enfin a un avenir commun– plus par obligation et par incitation financière confédérale que par désir-. Pendant ce temps là, l’agglomération continue de prendre un pas d’avance.

Nous passons petit à petit d’une agglomération transfrontalière à une agglomération binationale. On compte environ 40 000 français qui résident dans le Genevois Suisse et à peine moins de Suisses dans le Genevois français.

Mais surtout toutes les familles de longue date qui résident dans l’agglomération ont un parent originaire de l’autre partie du territoire. Les règles de la démographie permettent de prévoir une augmentation exponentielle génération après génération du nombre de binationaux. Sans même compter les nouveaux mariages franco-suisses, les binationaux qui représentent 15% de la population des deux cotés de la frontières deviendront majoritaires dans quatre générations. Les petits enfants d’Eric Stauffer rigoleront de l’incurie des propos de leur ancêtre.

En 2001, un actif sur deux de Saint Julien travaillait à Genève. Aujourd’hui c’est près des deux tiers.

Une agglomération binationale doit se penser différemment d’une agglomération transfrontalière. Nous devons imaginer les nouveaux processus de décisions. Nous devons trouver des financements pour des équipements binationaux. Nous devons réfléchir au droit de vote – tout particulièrement des très nombreux confédérés du Genevois français qui votent dans un village alémanique où leur famille n’a plus été depuis plusieurs décennies plutôt qu’à Genève où ils travaillent quotidiennement. Nous devons aussi trouver des solutions pour permettre aux habitants qui ne travaillent pas à Genève de pouvoir vivre correctement.

De nombreux élus de part et d’autre de la frontière cachent leur double nationalité comme un tabou. En France je connais quelques Maires Suisses, un Conseiller régional. Il y en a bien d’autres que je ne connais pas. En Suisse on ne compte plus les binationaux parmi les magistrats, députés et conseillers municipaux. En mars dernier j’avais proposé à un membre du Conseil Municipal de Genève, électeur à Saint Julien, d’être candidat pour devenir aussi et en même temps Conseiller Municipal de Saint Julien. La personne avait jugé que les esprits n’étaient pas encore murs pour un tel symbole. Je pense au contraire qu’un tel symbole aurait permis de faire murir les esprits pour rattraper le retard qu’a pris la politique sur la vie des habitants du Genevois franco-suisse.

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