29/01/2009

La dictature soft à la Française

Depuis quelques mois maintenant, on assiste à une lente dérive des institutions qui sont de moins en moins républicaines.

La démocratie se fonde sur la souveraineté du peuple et sur l’existence de pouvoirs et de contre-pouvoirs qui s’assurent de manière constante que c’est au nom et pour le peuple que le pouvoir est exercé.

1)      Absence de représentation populaire

Lors des élections législatives, le Parti Socialiste et l’UMP ont détourné le mode de scrutin pour réduire à néant la représentation des courants de pensée verts, communistes et centristes. 44% des électeurs du premier tour des Présidentielles ne sont pas ou presque représentés au Parlement.  En toute logique, ils ne reconnaissent aucune légitimité à une institution prétendument représentative mais qui ne les représente pas.

2)      La disparition du Parlement

La France était déjà allé loin dans la négation des pouvoirs du Parlement. En réduisant l’expression parlementaire à la seule expression d’une majorité qui soutient aveuglément le pouvoir et à celle d’une opposition qui s’oppose tout aussi aveuglément, le Parlement français poursuit sa décente vers le néant politique. Son rôle de contrôle du pouvoir, de législateur de terrain qui redonne du bon sens à la rédaction des lois et d’écoute des citoyens est laissé vacant par des députés absentéistes, cumulards et aux ordres. Les Hauts Savoyards n’ont plus de députés à Paris, c’est le pouvoir qui a des députés en Haute Savoie.  L’opposition déserte une Assemblée nationale qui n’a de nationale que le nom.

3)      La mise à pied des médias

Les medias par leur force de diffusion et leurs moyens d’investigation exerce l’un des nouveaux pouvoirs. Sa faiblesse économique l’a privé des ressources d’investigation sur son contenu, mais il garde sa force de diffusion.  La disparition des ressources propres du service public permet de ne garder en France qu’un seul média télévisuel de masse. Contrôlé par les amis du pouvoir dont le chiffre d’affaire dans le BTP dépend en grande partie des commandes publiques. La télévision publique sera bientôt soumise par le vote par l’Assemblée nationale de ses ressources. Elle ne pourra plus informer sur l’actualité politique en toute indépendance.

4)      La mise à pied de la justice

La proposition de disparition du juge d’instruction si elle pourrait avoir quelques justifications dans un autre contexte est inacceptable lorsqu’elle ne s’accompagne pas de l’indépendance par rapport au pouvoir du procureur qui le remplacera.  Il reviendra alors seulement à des individus dépendants du pouvoir politique de décider de la poursuite des investigations. L’absence d’avancées sur la mise en accusation de Jacques Chirac malgré les charges lourdes de corruption qui pèse contre lui et malgré la condamnation passée de son co-accusé Alain Juppé en dit long sur ce que serait cette nouvelle justice. La France, où la corruption n’est pas maitrisée, dériverait un peu plus. La prolongation exceptionnelle du poste du procureur de Paris qui a prononcé le renvoi en correctionnel de Dominique de Villepin en est une nouvelle preuve.

5)      La disparition de l’exécutif

C’est le paradoxe de la dérive dans laquelle on est. Même la fonction de Premier Ministre a disparu. Celle de ministre se limite au rôle d’un marionette pour les médias. Marionnettes qu’on renvoie d’un signe de tête  conduire des listes aux européennes – situation plus enviable mais aussi monarchique que l’embastillage !

6)      La grâce et la disgrâce nominative

La grâce nominative dont a bénéficier M. Marchiani au mois de décembre montre les dérives absolutistes du pouvoir. La disgrâce dont est victime le préfet de la Manche après le responsable de la police corse montre à quel point l’appareil d’Etat passe petit à petit du statut de fonction publique à fonction politique.

Je ne parlerai pas ici des projets qui ont été abandonnés par une mobilisation générale, comme les fichiers Edvige qui fichait et listait des informations sur la vie personnelle de toutes les personnes engagées en politique.

A l’opposé le Grenelle de l’Environnement a montré ce que pouvait apporter une concertation large. On oublie parfois que la discussion collective et la concertation font normalement partie du quotidien de l’activité d’une démocratie. Une démocratie qui fonctionne en France devrait être un Grenelle permanent. Le Parlement est sensé en être le lieu.

Ces dérives interpellent tous ceux qui sont attachés à la République. Tous ceux qui estiment qu’un pays doit se rassembler sur des valeurs fondamentales –comme les valeurs de la République- pour avancer collectivement.

Les dictatures ne restent jamais soft très longtemps. Elles finissent toujours par se durcir lorsque les contre pouvoirs deviennent faibles. Les dictatures conduisent ensuite à des révolutions.

17:14 Publié dans France | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : dictature soft, modem |  Facebook | | | |

Commentaires

J'apprécie votre analyse dépourvue de polémique ; elle reflète le mouvement auquel vous appartenez qui mérite respect pour son courage politique.
On se rend compte peu à peu que la constitution de la Ve république lorsqu'elle n'est pas incarnée par des hommes d'exception (il n'y a pas eu de femmes à ce jour) est source de dérives. certes, le général, Pompidou ou Mitterand ne sont pas exempts d'entorses à la démocratie, (l'ORTF, les écoutes téléphoniques....) mais aujourd'hui on patauge dans le marécage. Une révision de la loi électorale s'impose pour permettre une vraie représentation de ce 44% dont vous parlez.
Quant à la disparition du juge d'instruction je serais mal placé pour en parler....genève y court à grands pas.
pierre losio
député

Écrit par : pierre losio | 29/01/2009

@ pierre losio :

" Quant à la disparition du juge d'instruction je serais mal placé pour en parler....genève y court à grands pas. "

Oui, mais encore faut-il rappeler qu'à Genève, cela découlerait - encore au conditionnel - de l'harmonisation du Code de procédure pénal actuellement en cours en Suisse. Cette harmonisation est une bonne chose en soi puisque nous vivons actuellement avec autant de Codes de procédure qu'il y a de cantons ...
Maintenant, il est vrai que le modèle adopté - ou en voie de l'être - serait inspiré de celui de Zurich, avec instruction à charge et à décharge, sauf erreur (?) ....

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 30/01/2009

@jean d'Hôtaux
......et la suppression du jury que j'ai combattue la semaine dernière au Grand Conseil ; sans succès. Le peuple tranchera au mois de mai puisqu'il s'agit d'une modification constitutionnelle.
L'harmonisation du CPP signifie la disparition de l'oeuvre de D.Poncet.
Reste à savoir, dans le cas du jury populaire, si son maintien à Genève est compatible avec l'unification de la procédure pénale. Le Conseil fédéral dit que non....mais ce n'est pas lui qui dit le droit, c'est le Tribunal fédéral. La constitution fédérale (art.123) stipule : "l'organisation judiciaire et l'administration de la justice....sont du ressort des cantons, sauf disposition contraire de la loi". Le nouveau CPP fixe les grandes lignes de l'organisation judiciaire. Il n'indique en rien que le jury populaire doit être supprimé ; il rend son maintien compliqué c'est vrai. Le respect du fédéralisme et la raison commandent donc que ce soit la LOJ genevoise qui trouve une solution praticable pour le maintien d'un jury ou d'une forme de jury d'émanation populaire.
p.losio

Écrit par : pierre losio | 30/01/2009

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