23/10/2007

La Suisse est-elle à vendre ?

Avec 52% des dépenses publicitaires, l'UDC arrive largement en tête de tous les mouvements politiques. Il est temps de s'interroger sur les sources de financements politiques et sur le rôle de l'argent dans le débat public en Suisse. Ce montant de dépenses publicitaires est d'autant plus inquiétant qu'il laisse supposer que certaines rédactions ont probablement accru la couverture éditoriale de l'UDC dans l'espoir de récupérer une plus grande part de cette manne publicitaire.

De ce point de vue là, la loi de financement électorale française est intéressante. Les dépenses publicitaires politiques sont encadrées par la loi : elles ne peuvent pas dépasser un certain plafond qui dépend du nombre d'habitants. Environ 50 centimes d'euros par habitants pour des élections législatives, pour chaque candidat.

Soit 4.5 millions d'euros par parti à l'échelle de la Suisse pour toute la campagne... montant dépensé par l'UDC pour le seul mois de septembre.

Ce plafond de dépenses évite les surenchères à l'américaine. Cela évite que la capacité à lever des fonds soit un critère aussi déterminant que la capacité à avoir des idées comme c'est le cas outre atlantique.

La publicité commerciale est interdite en France dans les 4 mois qui précèdent une élection. Seule la communication directe est autorisée.

Ensuite, les entreprises ne peuvent pas financer des campagnes.

Dans une démocratie, ce sont les électeurs qui doivent donner leur opinion.. pas les entreprises. Cela évite les dérives de corruption qu'on a pu observer en France dans les années 80 avec le PS et le RPR.

Enfin, les personnes physiques ne peuvent contribuer qu'à hauteur d'un montant maximal de 4600 euros. Cela évite qu'un milliardaire puisse se payer un mandat. Un mandat de député... ou un mandat de Conseiller Fédéral. Car la politique ne doit pas pouvoir s'acheter.

L'Etat rembourse les dépenses à hauteur de 50% du plafond maximal pour tous les candidats qui dépassent 5% des voix. Les autres 50% peuvent provenir de dons et d'apports du parti.

La loi de financement politique française n'est pas parfaite, car il faut substituer à tout cela un financement publique, et asseoir ce financement sur des règles équitables. Elles ne le sont pas à ce jour en France. Mais au moins la France évite les excès américains de surenchère et les dérives suisses où un milliardaire se paie une élection fédérale.

Commentaires

Cher Antoine, tu poses là un vrai problème, que personne n'a osé aborder en Suisse. Mais il est clair qu'il y a eu des pressions de l'UDC sur la position des médias, à travers la manne publicitaire.
Le poids de leur budget leur en donnait la capacité, et ils auraient eu tort de s'en priver. Ils ont même été extrêmement direct en menaçant de fonder un quotidien dévoué à leur cause. Il a suffit de l'énoncer pour voire la plupart des grands médias de ce pays changer de ton, sur l'affaire du procureur comme sur l'affiche.
Du jour au lendemain, Blocher était blanchi et ses moutons avec.
Un quotidien de plus dans le paysage, c'était forcément un pourcentage de lecteurs et surtout de pub en moins, donc des licenciements, voire des fermetures de journaux....

Écrit par : Philippe Souaille | 24/10/2007

Les commentaires sont fermés.